L’intervention pathétique de Binyamin Netanyahu (010801/19) Version imprimable
lundi, 07 janvier 2019

 

Par Stéphane Juffa © Metula News Agency

 

En Israël, lorsqu'un Premier ministre convoque les caméras de toutes les chaînes de télévision pour un direct impromptu à 20h en annonçant une déclaration dramatique, c'est en principe afin de parler de la signature d'un traité de paix avec l'Arabie Saoudite ou de la déclaration de guerre contre l'Iran. Pas pour se payer, comme ce fut le cas ce lundi soir, une plaidoirie juridique pro domo devant tout le pays. Pas pour appeler de ses vœux qu'une partie de la procédure soit elle aussi télévisée. Pas pour dire aux juges et aux policiers comment ils doivent mener les enquêtes qui le visent, en EXIGEANT d'eux [לדרוש] des décisions de droit et d'opportunité. Venant du chef de l'exécutif, de n'importe quel exécutif, cela procède même d'une injonction dangereuse faite au pouvoir juridique.

 

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La mine tourmentée ce soir

 

Le clou de ce médiocre spectacle fut tout de même l’affirmation de Bibi selon laquelle il aurait pu clore les procédures ouvertes contre lui en annonçant le retrait d'Israël sur les frontières de 1967. Il a tenté de faire croire qu'il était le seul patriote du pays et qu'Israël était dirigée par des forces de gauche occultes autant que traîtres à la nation. Particulièrement, que les chefs de la Police et le procureur général sont des gauchistes corruptibles, qui veulent par-dessus tout "rendre" Jérusalem-est aux Arabes.

 

En réalité, le chef sortant de la Police, Roni Alsheikh, et Avichai Mandelblit sont non seulement des religieux conservateurs portant kippa, mais aussi, ils n'auraient jamais été nommés à ces postes sans l'appui diligent de Binyamin Netanyahu.

 

Mauvais camarades, ils préfèrent l'intérêt de leur pays et leur intégrité professionnelle au renvoi d'ascenseur. Il reste des hommes honnêtes dans toutes les sphères de la société israélienne, résistant à toutes les pressions et toutes les ignominies ad hominem décochées par Netanyahu et sa clique.

 

Je suis l'actualité israélienne d'assez près pour affirmer ne jamais avoir observé la moindre pression sur M. Mandelblit afin qu'il inculpe le Premier ministre. De toutes façons, après avoir démontré sa détermination face aux manœuvres d'intimidation du clan Bibi, la tombe du père d’Avichai Mandelblit vient par exemple d'être saccagée, je doute que ses décisions seront influencées par qui que ce soit.

 

La manœuvre de ce soir fut particulièrement pathétique. Elle n'a été dictée par aucun fait d'actualité, par aucun événement à caractère d’urgence, ni même par un développement quelconque dans les procédures lancées contre Netanyahu.

 

Elles sont le fait d'un homme visiblement aux abois, dont l'immunité dépend d'un nouveau mandat. Jamais, à ma connaissance, un Premier ministre israélien n’avait ainsi tenté d'instrumentaliser la télévision pour son seul intérêt personnel.

 

Les procédures en cours contre lui n'ont strictement rien à voir avec la politique. Prétendre le contraire implique une volonté de faire obstacle à la marche de la justice et de s'opposer à la quiétude de son application.

 

Netanyahu, en agissant de la sorte pour sauver sa peau à tout prix, précipite l'éthique exigée de la part du gouvernement d'une démocratie comme Israël profondément dans la fange. Avec à la clef des préjudices à la moralité publique dont la restauration prendra des années.

 

Sans présumer des décisions d'Avichai Mandelblit et éventuellement des juges, il y a fort à parier que l'intervention de ce soir n'aura pas fait que du bien au Premier ministre. Certes, pour les partisans du cercle des proches acquis à sa personne, il sera toujours "Bibi mélekh Israël" (Bibi roi d'Israël), mais pour remporter les prochaines élections, vu la concurrence de tous bords, il aura besoin des voix des électeurs centristes et de ceux de la droite extérieure au Likoud. Ce soir, il les a pris pour des andouilles, et l'histoire a montré que tous les politiciens qui avaient pris les Israéliens pour des andouilles étaient revenus bredouilles au soir des élections. L'avenir nous dira si l'histoire se répète ou naan et quel rôle aura joué ce one-man-show sordide.