L’opération géniale (012008/21) Version imprimable
vendredi, 20 août 2021

 

Par Jean Tsadik


en concertation avec Stéphane Juffa et avec l’aide de Michaël Béhé


Métula, samedi 21h40, 20h40 à Sault, la capitale de la lavande

 

Mon ami et camarade de la Ména Stéphane Juffa a rédigé hier une analyse importante, qui se terminait sur une double constatation majeure et mal connue du public. Israël, du point de vue stratégique, fait actuellement face à deux énormes défis très difficiles à gérer.

 

Le premier est constitué par le fait que l’Iran ne se situe plus qu’à huit semaines du point de non-retour dans son projet visant à se doter de l’arme atomique. Et que l’Etat hébreu ne trouve pas pour le moment d’alliés occidentaux disposés à intervenir militairement à ses côtés pour anéantir à temps cette menace qui concerne la Terre entière.

 

L’autre défi participait de cela que les Russes, encouragés en cela par l’indécision de Joe Biden, avaient intimé à Israël de cesser ses raids sur la Syrie, au risque de provoquer une confrontation directe entre les deux pays.

 

Jérusalem se trouvait coincée entre deux périls capitaux menaçant gravement sa sécurité : entrer en conflit avec la seconde puissance militaire mondiale, ou permettre à l’Iran d’armer efficacement le bras de sa milice supplétive du Hezbollah libanais, ainsi que de ses propres soldats à proximité de la frontière d’Israël.

 

Juffa se demandait comment le nouveau gouvernement et Tsahal allaient d’abord se sortir du pétrin russe. Il précisait, fort de sa compréhension des forces en présence, qu’au cas où l’afflux d’armes persanes risquerait de modifier les équilibres tactiques en sa défaveur, Israël prendrait le risque d’un affrontement avec Moscou. Car il ne pouvait pas faire autrement, et qu’entre les deux maux, c’était encore le moindre.

 

D’autre part, vous imaginez bien que depuis que l’administration Poutine a lancé ces avertissements dans la direction d’Israël, la Théocratie chiite a envoyé toutes les armes et les munitions qu’elle pouvait en Syrie, pour renforcer son contingent, et qu’elle s’apprêtait à transporter une large partie de celles-ci au Liban afin de renforcer le Hezbollah.

 

Pour les stratèges Israéliens c’était une question de temps – la stratégie est toujours une affaire de temps – jusqu’à ce qu’ils trouvent une idée géniale qui leur permettrait d’anéantir les cargaisons iraniennes en amoindrissant au maximum le risque d’une confrontation avec la force d’intervention russe en Syrie.

 

Posée de la sorte, l’équation semblait insolvable. Et elle l’était… presque. 

 

Pendant que nos plus brillants cerveaux réfléchissaient à comment résoudre la quadrature du cercle, les entrepôts d’armes débordaient de marchandises vénéneuses dans la région de Damas-capitale, au nord de celle-ci, dans les caches des monts Kalaoun, et au sud de la région de la ville de Homs [carte].

 

En fait, toute la zone géographique à partir de laquelle le réseau routier existant permet d’acheminer des camions vers le Liban.

 

Cette semaine, le temps pressait davantage encore, car à partir de mercredi, il devenait clair que les Iraniens, secondés par leurs miliciens supplétifs libanais et aidés par l’Armée gouvernementale syrienne de Bashar al Assad, préparaient un méga-convoi en direction du pays aux cèdres.

 

A partir de mercredi soir, confluant à partir de plusieurs entrepôts situés dans toute cette zone, la caravane routière prenait forme. Elle était censée passer par Qousseir [carte] pour rejoindre ensuite la ville de Hermel au Liban [carte], et de là, aller remplir les magasins du Hezbollah éparpillés dans tout le pays.

 

se_beyrouth.jpg

Les lieux pertinents de l’opération

Service cartographique © Metula News Agency

 

Hier soir (jeudi) le convoi était en route et s’approchait de la frontière libanaise. C’était le moment d’agir pour le Khe’l Avir. Mais comment s’y prendre pour ne pas avoir à faire face ni aux Soukhoï ni aux missiles S-400, présentés par Moscou comme le système d’interdiction aérienne le plus efficace de l’époque actuelle.

 

Notre rédacteur en chef n’aura pas eu à attendre plus de quelques heures pour recevoir une réponse à son interrogation, ainsi que la confirmation de ses hypothèses. C’était presque magique au niveau du timing – à croire que la Ména se trouvait dans la confidence des dieux, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

 

Les stratèges de Tsahal avaient découvert la solution et elle était incontestablement géniale. Ils avaient réussi à conjuguer la nécessité d’oblitérer les armes envoyées par Khameneï, le Guide suprême de la Théocratie khomeyniste, tout en réduisant le risque de confrontation avec les Russes pratiquement à néant.

 

La solution était… géographique.

 

C’est en considérant que la plupart des avions et l’essentiel des S-400 du contingent russe sont concentrés autour de l’aéroport de Khmeimim, dans la province de Lattaquié [carte], que les stratèges hébreux ont imaginé leur parade.

 

Certes, au niveau de l’approvisionnement et de la logistique, il est préférable d’avoir tout son corps expéditionnaire au même endroit. La pensée russe est économique. C’est aussi bien plus aisé de le défendre que de soumettre ses soldats, répartis dans d’innombrables petits fortins et sur les routes pour y parvenir, aux coups de la résistance armée syrienne.

 

Okay, mais cela a aussi ses inconvénients.

 

Il suffisait en fait de positionner nos avions lanceurs de missiles au sud-est de Beyrouth afin de neutraliser totalement le dispositif de Poutine. Je vais m’expliquer dans quelques lignes, étant clairement établi qu’en matière de distances, des chasseur-bombardiers positionnés à la verticale de l’est du Golan, donc en territoire israélien, auraient été plus proches d’une quarantaine de kilomètres de la zone prioritaire à bombarder – Damas et le nord de celle-ci – qu’à partir de la région de Beyrouth.

 

De plus, il est toujours plus safe de manœuvrer depuis chez soi que dans un ciel ennemi.

 

C’est pourtant depuis le sud-est de la capitale libanaise, qu’à 23 heures la nuit dernière (jeudi à vendredi), les F-16 ont largué leurs missiles.

 

Une grosse opération à en juger par les explosions (vidéo ci-dessous) qui ont secoué la capitale syrienne. Surtout, elle a duré près de 20 minutes. Une éternité pour une action de ce genre.

 

Visionner la vidéo :

https://twitter.com/i/status/1428454262518996998

 

Il est vrai qu’en raison de la menace lancée par le ministère russe de la Défense, le Khe’l Avir s’était abstenu de frapper les entrepôts d’armes iraniennes en Syrie depuis près d’un mois. Le dernier raid s’étant produit durant la nuit du 22 au 23 juillet au nord de la ville de Qousseir [carte].

 

La nuit dernière, deux dizaines d’objectifs ont été pulvérisés, entre Damas et Homs.

 

Mais également le convoi qui ne se trouvait plus qu’à quelques kilomètres de la frontière libanaise. Les habitants de Hermel en entendant les impacts des missiles ont eu la peur de leur vie.

 

Contrairement à la déclaration émise très rapidement par les media gouvernementaux syriens, prétendant à nouveau que la plupart des missiles hébreux avaient été interceptés, aucun ne l’a été. Tous ont anéanti leurs cibles, n’en déplaise aux organes de presse qui persistent à reproduire les délires de la junte syrienne. A lire le site de France 24, on aurait pu penser qu’il s’agissait d’un communiqué de l’Armée gouvernementale syrienne.

 

Laquelle Armée s’attendait à une éventuelle opération israélienne. Elle a tiré des grappes de dizaines de missiles de tout calibre et de tout modèle. Surtout des vénérables S-200. Même sur les avions qui opéraient dans le ciel libanais. Mais dans tous les sens, certains ont atterri au Liban, d’autres, sur la frontière israélo-jordanienne, à 120km plus au Sud.

 

Mais aucun n’a inquiété d’appareils frappés par l’étoile de David, ni approché l’un de leurs missiles.

 

A dire vrai, ce n’est pas eux que nous craignions. Comme nous l’avons souvent mentionné dans ces colonnes, les fusées aux mains de l’Armée d’Assad n’intègrent pas de technologie qui, même du point de vue strictement théorique, pourrait abattre un objet volant israélien. A part par hasard ou suite à une gigantesque faute d’un pilote israélien.

 

Le problème c’était les Russes.

 

Nous savions que leurs S-400 étaient armés, et leurs équipages de Soukhoï prêts à prendre l’air. Nos F-16, pour cette raison, étaient surplombés par des F-15, et possiblement des F-35 furtifs, qui assuraient notre suprématie aérienne, et partant la sécurité des avions lanceurs de missiles.

 

 

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Un F-15 israélien en train de tirer un missile

 

Mais le but de la manœuvre, je le rappelle à toute fin utile, n’était pas d’abattre des appareils décorés de l’étoile rouge à cinq branches, mais d’éviter la confrontation.

 

Ce que nous avons réussi à faire. Non pas grâce aux pilotes, mais aux stratèges.

 

Regardez la carte. Tracez une ligne droite entre l’aéroport de Khmeimim et le F-16 israélien. Elle passe par Beyrouth toute proche.

 

Si les Russes avaient tiré des S-400, ils auraient survolé la capitale libanaise. S’ils avaient manqué leurs cibles, ce qui aurait été le cas - nous avons d’excellentes raisons de penser que la technologie des missiles de Poutine a une voire deux générations de retard sur les contremesures israéliennes -, les S-400 se seraient abattus sur Beyrouth et auraient tué des dizaines de Libanais.

 

Alors que le Liban n’est pas en guerre avec la Russie, que Moscou n’est pas censé mettre ce pays et ses habitants en danger, et que l’opinion publique mondiale aurait très mal pris que les militaires du Tsarévitch tuent des civils innocents, déjà malmenés par une crise économique abominable.

 

Et si cela avait été le cas, les experts militaires de toute la planète auraient constaté définitivement que le système S-400, le fleuron de l’industrie de guerre russe, n’est qu’un inénarrable bluff. C’en aurait été, en plus du meurtre de civils innocents, la fin des ventes de ce "produit" en échange de milliards de dollars, à la Turquie, à l’Iran, et à d’autres acheteurs potentiels, y compris l’Arabie Saoudite.

 

Même constat en cas d’intervention des Soukhoï ou des Mig russes. Difficile d’imaginer une plus mauvaise publicité pour Moscou, que d’en voir une dizaine s’écraser en flammes sur les immeubles de Beyrouth. Sans qu’un seul appareil israélien ne soit endommagé. Et c’est très probablement ce qu’il se serait produit.

 

En choisissant l’emplacement du duel, les experts israéliens ont simplement  - ça a même l’air trivial après coup ! – empêché les Russes d’empêcher leurs pilotes d’agir. Contre les menaces que l’Iran, ses alliés et ses porte-flingues entendent faire peser sur les habitants de l’Etat hébreu.

 

Sacrée leçon pour les Iraniens, les Syriens et le Hezbollah. Au surplus, ils ont eu de grosses pertes. Au moins 4 morts et 3 blessés autour de Qara [carte] de l’aveu des autorités locales. Des miliciens chiites libanais occis par la chute d’un intercepteur syrien.

 

D’après Michaël Béhé à Beyrouth, qui a distinctement entendu le bruit des moteurs de nos avions, les raids de la nuit dernière ont causé entre 40 et 50 morts parmi nos ennemis. Et trois fois plus de blessés.

 

Et l’on imagine la rage qui doit animer Vladimir Poutine et les experts du ministère russe de la Défense. Ce n’est pas tous les jours que l’on reçoit une pareille leçon de stratégie.

 

Et rien n’empêche que les israéliens ne la reproduisent, vous l’allez voir. Je peux même vous dire que les appareils qui ont tiré les missiles volaient relativement bas : pour obliger les S-400 à plonger vers le sol si on les avait tirés.

 

Les aviateurs de Poutine, gagnés par la rage, pourraient être tentés d’organiser un raid de représailles contre Israël. Pour venger leur honneur auquel ils tiennent beaucoup. Mais ils n’ont ni le nombre (sur place, dans la région) d’avions nécessaires, ni la qualité des équipements et des équipages pour entreprendre une telle mission qui se terminerait en carnage. Et une attaque frontale contre Israël, même Joe Biden ne pourrait pas l’admettre. Surtout sans raison apparente.

 

Parce qu’en dehors des lecteurs de la Ména, personne ne connaît les raisons de cette rage.