La situation des Kurdes se dégrade (011210/19) Version imprimable
samedi, 12 octobre 2019

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, samedi 13h50 à Kobané et à Métula, 12h50 à Paris

 

Hier, à partir de la fin de l’après-midi, l’Armée turque a bombardé à l’artillerie lourde sans discernement la ville de Kobane [40 000hab.] dans laquelle je me trouve. Les habitants ont vécu un véritable enfer et des centaines d’entre eux ont pris le risque d’évacuer la ville sous les obus en direction du Sud.

 

Les YPG ont réagi en bombardant une grande base de l’Armée turque de l’autre côté de la frontière qui a brûlé durant des heures [no.3 carte], dont voici une vidéo.

 

L’ennemi s’est également aventuré à bombarder intentionnellement la base de la Coalition internationale établie sur la colline de Mishtenur Hill [carte] située à 5km environ au sud de Kobane.

 

Cette base abrite principalement des militaires américains mais également des forces spéciales européennes. Deux soldats français ont été blessés durant ce bombardement.

 

Washington a invité la Turquie à "éviter toute action pouvant conduire à une riposte immédiate" et indique que ses forces "ne se sont pas retirées de Kobane".

 

Cela indique que le détachement américain dont nous avions indiqué en exclusivité qu’il s’était positionné à Kobane au premier jour du conflit s’y trouve encore, ce qui n’a pas empêché l’artillerie turque d’arroser copieusement la cité.

 

Le commandement U.S. local a aussi émis un avertissement à Ankara :

 

Le Capitaine américain Brook DeWalt a émis un communiqué dans lequel il déclare qu’ "une zone où les Turcs sont informés de la présence de forces américaines a été bombardée". Il a précisé que "ce tir d'artillerie n'a pas fait de blessés parmi les soldats américains".

 

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Les Américains sont revenus ce matin [samedi] en force réoccuper leurs positions

à Mishtenur Hill, qu’il s avaient abandonnées hier soir par mesure de précaution

 

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a réagi en affirmant que "l'offensive se poursuivrait en dépit des avertissements américains".

 

Suite à ce sérieux incident, des chasseurs-bombardiers ainsi que des hélicoptères de la Coalition ont survolé Kobane à basse altitude et à plusieurs reprises sans ouvrir le feu, ce qui a tout de même eu le mérite de faire baisser l’intensité des pilonnages turcs.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation militaire, ce vendredi à la mi-journée

 

Globalement, la situation militaire des forces kurdes sur le terrain se dégrade. L’ennemi, soutenu par ses supplétifs islamistes de l’ex-al Qaëda, est parvenu à effectuer une percée significative à l’est de Tel Abyad sur une trentaine de kilomètres, réussissant à couper l’autoroute M4 reliant Hasaké à Alep, importante pour les communications des YPG [no.1 sur la carte]. Les agresseurs s’en sont alors pris à des automobilistes civils, tuant plusieurs d’entre eux et empêchant les autres d’utiliser l’autoroute.

 

Des forces de la Coalition internationale, soutenues par des blindés, se sont positionnées sur la même autoroute un peu plus à l’Ouest, dans le but d’empêcher tout élargissement de cette nouvelle tête de pont [no.2 sur la carte]

 

A Ras al Ayn les Turcs sont parvenus à enlever la zone industrielle située à l’est de la ville. On se bat au sol à l’intérieur des deux villes de Ras al Ayn et de Tel Abyad sous le couvert de bombardements d’artillerie incessants. L’aviation et l’artillerie turques sont en train d’écraser sous les bombes le marché central de Ras al Ayn.

 

Le village de Tel Halfa, à l’ouest de Ras al Ayn, repris hier aux Turcs par les YPG a à nouveau été conquis par l’ennemi.

 

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Une vue de la zone industrielle de Ras al Ayn passée sous contrôle turc

 

Un officier des YPG à Ras al-Aïn a affirmé que ses forces avaient "repoussé l'avancée ennemie sur trois fronts" et fait état de "féroces combats en cours à la mi-journée" [samedi].

 

Le bilan des pertes que nous avons établi selon les diverses informations qui nous parviennent fait état, depuis le premier jour de l’agression ottomane, mercredi dernier, de 160 combattants kurdes et alliés tués ainsi que 32 civils. Les envahisseurs ont perdu environ 330 soldats et mercenaires, ainsi que 18 civils.

 

L’ennemi a en outre capturé ce samedi les villages de Nus Tal, Rajm Unwah, Al-Khuwayn Kabir, Al Khuwayrah Saghir, Al-Ghugayr, Al-Shawkan situés entre Tel Abyad et Ras al Ayn. Ce qui porte à une trentaine le nombre des villages frontaliers conquis par l’ennemi et ses janissaires depuis le début de l’affrontement.

 

Le commandant en chef des FDS [Forces Démocratiques Syriennes sous commandement YPG] , Mazloum Abdi a déclaré hier : "Si les USA sont incapables de trouver une solution pacifique avec la Turquie, nous leur demandons d'empêcher la Turquie d'utiliser notre espace aérien, car nous pourrons ainsi nous défendre".

 

Mazloum Abdi partage sur ce point l’avis exprimé depuis deux jours par l’analyste stratégique Stéphane Juffa, qui est également le rédacteur en chef de notre agence de presse, qui déclare que la seule décision qui pourrait équilibrer la confrontation serait la proclamation de l’interdiction de survol de la Syrie et des zone avoisinantes aux avions turcs par la Coalition américano-européenne, avec, si nécessaire, la participation d’Israël.

 

Selon Juffa, les avions turcs ne disposent pas de la technologie de pointe des grandes armées européennes, des USA et d'Israël, ils ne soutiennent pas la comparaison.

 

Toujours selon notre rédacteur en chef, "toutes les autres mesures et sanctions visant le régime d’Erdogan arriveraient trop tard pour empêcher la conquête du Rojava et le massacre des Kurdes par les Turcs et leurs supplétifs islamiques.

 

L’interdiction de survol, quant à elle, pourrait être imposée quasi-instantanément en considération des forces en présence et de leur positionnement actuel", a précisé Juffa.

 

 

Dernières minutes (par Perwer Emmal) :

 

Les YPG ont repris aux Turcs le contrôle total de l’autoroute M4 [no.1 sur la carte], chassant les soldats turcs et les ex-al Qaëda de la tête de pont qu’ils avaient établie cette nuit. L’ennemi a subi d’importantes pertes humaines et matérielles lors de cet assaut kurde qui s’est terminé à 13h locales.

 

Les Peshmergas de la poche d’Afrin ont renouvelé il y a quelques minutes leurs bombardements sur la garnison turque de Mari [carte].

 

 

Développements militaires, politiques, diplomatiques et déclarations (par Ilan Tsadik) :

 

Selon des sources vérifiées, des appareils non-identifiés ont mené hier quatre raids meurtriers contre des installations iraniennes dans la zone de la frontière entre la Syrie et l’Irak, à proximité d’Aboukamal.

 

Les dégâts sont importants, il y a de nombreux morts et blessés dans les rangs de l’Armée iranienne, ainsi que dans ceux de ses milices supplétives irakienne et libanaise chiites.

 

Les sources arabes attribuent l’opération à Israël.

 

Juffa note : "Il y a énormément de trafic militaire aérien sur tout le nord de la Syrie, entre les appareils russes, coalisés, turcs et israéliens. On a déjà évité de justesse des combats aériens entre ces armées. Les avions, qui ne coordonnent pas leurs interventions, et qui sont souvent du même type, se croisent fréquemment à quelques centaines de mètres de distance, parfois moins. La situation est terriblement explosive", conclut notre spécialiste des question aéronautiques, "elle pourrait gravent se dégrader en conséquence d’un incident".

 

Le Président Macron a appelé tôt ce matin Donald Trump pour lui dire "qu’il fallait faire quelque chose dans l’urgence afin de stopper l’avance turque".

 

Le tyran Recep Erdogan a adressé une menace directe à l’Europe alors qu’il s’adressait à des membres de son parti. Il s’est exprimé en ces termes : "Salut l’Union Européenne, réveillez-vous ! Je le répète : si vous essayez d’entraver notre opération là-bas en la traitant comme une invasion, notre tâche sera simple : nous ouvrirons nos portes et vous enverrons 3,6 millions de migrants".

 

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