La solide alliance de l’est de la Méditerranée (012708/21) Version imprimable
vendredi, 27 août 2021

 

Par Ilan Tsadik

 

Les ministres des Affaires Etrangères cypriote, grec et israélien se sont retrouvés le weekend dernier à Jérusalem. Respectivement Nikos Dendias, Nikos Christodoulidis et Yaïr Lapid se sont vus pour évoquer les problèmes du moment, la confrontation avec l’Iran et la menace turque. Ils ont aussi discuté des projets en voie de réalisation entre Nicosie, Athènes et Jérusalem.

 

Ils représentent le volet diplomatique de la plus solide des associations entre Etats de cette partie du globe. D’autres rencontres ont lieu régulièrement entre les chefs d’Etats de ces nations, et, plus fréquemment encore, entre les ministres, les officiers d’états-majors et les soldats de ces trois pays.

 

La coopération militaire est permanente, sur terre, dans les airs et sur l’eau.

 

Les ministres et les officiers ne s’appellent que par leurs prénoms. Suite à leur réunion de travail, Nikos Dendias a été reçu par le Président Itzkhak (Bouji) Herzog et par le Premier ministre Naftali Bennett.

 

Les media grecs ont largement couvert cette visite, de même qu’ils avaient amplement commenté la réception par la Marine israélienne, le 27 juillet dernier, des deux corvettes dernière génération de la classe Saar-6. Les INS Atzmaut [héb.: indépendance] and INS Nitzakhon [héb.: victoire] ; le préfixe INS signifiant Israel Naval Ship, ou Unité Navale d’Israël.

 

cig.jpg

De gauche à droite, Messieurs Christodoulidis (Chypre) Yaïr Lapid et Dendias (Grèce)

 

Entre amis on ne mâche pas ses mots. C’est ainsi que le ministre grec a notamment déclaré à Jérusalem, se référant principalement sans la nommer à la Turquie : "Il y a des pays dans notre voisinage qui, contrairement aux intérêts de leurs sociétés, essaient de faire revivre de vieux empires et de vieilles perceptions.

 

Littéralement ensablés dans le passé", a poursuivi M. Dendias, "ils utilisent beaucoup d’expédients. Les invasions militaires dans d'autres pays, l’ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays, la guerre asymétrique, la guerre par procuration. Et, bien sûr, parfois, ils instrumentalisent l'immigration, ce qui est totalement inacceptable.

 

Le sens de notre effort commun est qu'ils ne réussissent jamais !".

 

Les trois hommes et leurs délégations ont examiné des développements "extrêmement préoccupants dans notre région élargie" (Dendias dixit), en considération de la progression effrénée de la Théocratie chiite iranienne vers la bombe atomique et des évènements d’Afghanistan.

 

Le ministre hellène à complété sa réflexion approfondie en ces termes :

 

 "Toi, Yaïr [Lapid, ministre israélien des Affaires Etrangères], tu as énoncé cette formule : "le Cercle de vie", parlant des pays qui promeuvent la coexistence pacifique, la modération, la prospérité, le droit international. Ce, face au fanatisme religieux, au terrorisme, à l’arc de fondamentalisme qui s'étendent de l'Afrique du Nord à la Méditerranée orientale, et jusqu'en Asie centrale et en Afghanistan.

 

Les Talibans considèrent la Turquie comme leur allié ; ils ont clairement déclaré que la Turquie est un pays ami. Et le Hamas - le mouvement islamique basé à Gaza qui nie le droit d'Israël à exister - a également félicité les Talibans.

 

La dernière fois que j'étais ici, en mai, des roquettes ont été tirées contre Israël", a tenu à rappeler l’hôte grec. "J'avais alors été le premier ministre européen à venir ici pour condamner ces attaques et souligner le droit d'Israël à se défendre.

 

La meilleure façon de régler les problèmes d'aujourd'hui est de construire avec ses amis des ponts de stabilité et de prospérité pour tous, ouverts à tous les pays intéressés d'Europe, du Moyen-Orient, du Golfe et au-delà", a précisé le chef de la diplomatie athénienne.

 

Une partie de la conversation s’est focalisée autour de la possibilité d’institutionnaliser l’adhésion d’autres partenaires stratégiques existants à cette association.

 

Les délégations ont entendu une mise à jour des relations avec lesdits partenaires stratégiques de la part de Yaïr Lapid.

 

Jusqu’à présent, les trois membres de cette union sont des pays judéo-chrétiens très attachés au choix du mode de gouvernance démocratique. Ils discutent ensemble de la façon d’admettre dans un cercle aussi intime des entités tels les Emirats du Golfe, l’Egypte, le Royaume de Jordanie et celui d’Arabie Saoudite.

 

A la Ména, notamment grâce à notre relais à Aman Fayçal H., nous savons que le Prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, communément appelé MBS, est très intéressé par un rapprochement en direction de cette alliance qui ose dire son nom. Pour lui, il concrétiserait un renforcement du lien et de l’influence occidentaux, qu’il considère comme indispensable au développement de sa monarchie.

 

Ce, par opposition absolue avec la tentation islamiste. La semaine dernière, selon Fayçal H., MBS a ouvertement plaidé devant les autres responsables saoudiens pour une rupture totale avec le Hamas et la normalisation avec Israël. Mais, note Fayçal, des conseillers âgés et influents du Roi Salmane restent attachés à la perception fondamentaliste de l’islam, et propagent l’idée que la démocratisation du royaume saoudien et son ouverture aux influences occidentales et israélienne mettraient en danger sa pérennité.

 

Reste que la plupart de ces pays arabes sont dès à présent des alliés objectifs et actifs de l’entente tripartite du bassin est-méditerranéen, et qu’il n’est pas possible d’attendre que les vieilles idées se décantent dans le monde arabo-musulman pour envisager l’officialisation d’un rapprochement. Surtout face à l’Iran.

 

Reste aussi que ce que l’on envisage pour le moment c’est plutôt une association entre deux pôles qui ne se fonderaient pas en un seul : d’une part, l’entité visible formée par Chypre, Israël et la Grèce, de l’autre, celle, plus discrète, constituée par les monarchies de la péninsule arabe, les grands Etats sunnites et Israël.

 

L’Etat hébreu servant de charnière entre ces deux pôles.

 

Nikos Dendias demeure très optimiste quant à cette évolution. A Jérusalem il a eu cette phrase : "Nous pensons que d'autres pays finiront par partager les mêmes principes avec nous ainsi que les mêmes valeurs".

 

Sur notre rocher de Métula nous sommes d’avis que pour les mêmes valeurs ce n’est pas gagné, mais que l’alliance stratégique entre les deux pôles, avec des ramifications économiques et diplomatiques, est déjà très présente, et qu’elle constitue un facteur incontournable de la lecture de la situation est-européenne – moyen-orientale.

 

Le ministère grec des Affaires Etrangères a publié les remarques de son ministre dans leur intégralité. De nombreux media reprenant le communiqué in extenso.

 

J’ai consacré cet article-analyse à l’alliance du bassin est-méditerranéen car elle est méconnue dans la plupart des autres pays européens et aux Etats-Unis. Principalement par souci d’apaisement relativement à l’Iran et à la Turquie, et pour ne pas réveiller la curiosité du public quant à la pusillanimité des gouvernements face aux mouvements terroristes djihadistes et islamiques que sont le Hamas, le Hezbollah et les Talibans.

 

Cette alliance constitue cependant le jalon politique et stratégique de première ligne face à ces dérives.