Le coup du bélier (info # 012510/14) Version imprimable
samedi, 25 octobre 2014

 

Par Stéphane Juffa

 

Avec Yaël Bensimhoun et Ilan Tsadik

 

Voici le premier paragraphe d’une dépêche du "Monde avec AFP" concernant l’attentat de mercredi, intitulée "Israël : un bébé tué dans une attaque à la voiture bélier à Jérusalem" :

 

"Une voiture a foncé sur un groupe de piétons, mercredi 22 octobre, à un arrêt de tramway à la limite de  Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est. Le drame, qualifiée de « terroriste » par les autorités israélienne, a tué un bébé de trois mois et blessé neuf personnes, dont l'un est en état critique et deux ont été sérieusement touchés, selon les secours".

 

Les parents de la jeune défunte, tout comme les rescapés, pourront toujours saisir la justice contre Volkswagen, le fabriquant de la "voiture" assassine, ou contre "le drame", qui a tué le bébé et blessé neuf personnes.

 

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La berline, coupable selon Le Monde avec AFP de l’assassinat collectif  de Jérusalem

 

On découvre dans le second paragraphe que le "chauffeur de la voiture", qui tentait de s’enfuir, a été stoppé par un policier, et que, "grièvement blessé, l’homme est mort dans la soirée".

 

On ne sait toujours pas, à ce stade de la lecture, qu’il s’agit d’un terroriste palestinien, cela viendra dans la suite de l’article. Cette manière d’annoncer les choses constitue un véritable outrage à la profession, doublé d’un manque de respect caractérisé aux dépens des victimes et du public.

 

Mais à la Ména, nous avons l’habitude de cette sémantique frelatée aux lourds relents d’antisémitisme de la part de ces auteurs. A l’AFP, cela fait même l’objet d’une circulaire interne, déjà ancienne, qui impose des "règles rédactionnelles pour le traitement de la copie sur le conflit israélo-palestinien".

 

Ainsi, dans cette directive que nous nous sommes procurée, on apprend pourquoi ce sont toujours les "voitures" et les "drames" qui tuent des Israéliens et des Juifs et jamais des Palestiniens ou des Arabes.

 

Les ordres des commissaires politiques sont on ne peut plus clairs dans ce sens, comme dans l’extrait suivant de la directive :

 

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Dans l’exemple, illustratif du désir des gardiens de la doxa, le tueur, c’est l’ "attentat suicide" lui-même et non le "kamikaze" palestinien.

 

D’ailleurs, pour ceux qui s’étonnent encore de ne trouver le mot terroriste qu’entre guillemets et, le plus souvent, en italiques – deux précautions valant vieux qu’une – dans les journaux français, la directive de l’AFP fournit sur ce point également la clé du mystère : il n’existe et n’existera jamais de terroristes arabes.

 

Ce, quand bien même ils assassineraient deux cents personnes au cœur de Tel-Aviv. Voici la raison par laquelle l’AFP explique ce choix :

 

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Ce serait donc par souci de ne pas susciter d’éventuelles critiques contre la "neutralité" et l’ "impartialité" de l’AFP, que ses responsables ont, une fois pour toutes, décidé qu’il n’y aurait pas, dans la presse qui reprend ses câblogrammes (la quasi-totalité des media francophones !) de terroristes palestiniens.

 

On a employé le conditionnel au début du paragraphe qui précède, parce qu’on ne croit absolument pas à cette explication. Ce, pour deux raison : premièrement, pour qu’elle tienne la route, il faudrait encore que l’agence semi-officielle française ait fait la démonstration que les "opérations militaires ou les liquidations menées par l’autre camp israélien" procèdent effectivement du terrorisme. Or l’AFP n’a jamais apporté la preuve de cette hypothèse, même sous forme d’esquisse, ce qui fait d’elle un argument inutilisable pour décider d’une ligne éditoriale aussi radicale que celle figurant dans la directive.

 

La seconde raison tient au fait que, dans notre métier, la crainte d’éventuelles critiques – surtout quand on fait correctement son travail – ne saurait en aucun cas justifier de la distorsion volontaire, a priori, permanente et systématique, de faits d’actualité. On est ici ni plus ni moins en présence d’un aveu de mauvaise foi et de bidonnage prémédité de la vérité aux dépens d’une nation et de ses intérêts.

 

Les commissaires politiques de l’agence française stipulent spécifiquement, dans leur ordonnance, de n’utiliser le mot "terroriste" qu’en le mettant "dans une citation attribuée à un responsable". D’où l’explication des guillemets et des italiques dans les dépêches de l’AFP et les media français. Maintenant vous savez pourquoi !

 

Evidemment, cela donne l’impression, à la lecture, que les seuls à considérer les terroristes palestiniens comme des terroristes sont les officiels israéliens. Comme dans l’extrait qui ouvre cette analyse : "Le drame, qualifiée de « terroriste » par les autorités israélienne".

 

Et pardonnez-leur en passant leurs très nombreuses fautes de français - "qualifiée", "israélienne" et "(…) neuf personnes, dont l'un est (..)" -, car c’est vraiment la moindre d’entre leurs malversations.

 

En renonçant, par prudence, à l’emploi du mot "terroriste", ils s’exemptent de l’obligation qui est faite aux journalistes de qualifier l’actualité qu’ils rapportent. Nous, évidemment, de demander : et vous, si vous n’êtes pas certains des choix sémantiques des "autorités israéliennes", AFP, Le Monde, Libération, Figaro, et autres complices de désinformation délibérée, comment désignez-vous un individu qui lance son véhicule contre des passants innocents (même juifs !) ? Ce, sachant que le fait de s’auto-exonérer d’une qualification appropriée déroge de vos obligations déontologiques et favorise objectivement, dans le cas précis, la propagation de l’antisémitisme.

 

En plus de ce qui précède, nous ne croyons absolument pas à la raison injustifiable avancée par les gardiens de la bienpensance de l’AFP afin d’interdire à leurs rédacteurs – nooon, ce ne sont pas des journalistes ni des reporters – l’emploi du vocable "terroriste" pour décrire un terroriste palestinien.

 

Nous sommes persuadés, au-delà de tout doute sensé, qu’il s’agit d’un parti-pris politique et antisémite découlant de l’adhésion à caractère génocidaire des responsables rédactionnels de l’AFP à la théorie néo-existentialiste tirée de Fanon, selon laquelle le conflit israélo-palestinien n’est pas une guerre entre deux légitimités difficilement conciliables mais une guerre de décolonisation menée par l’oppressé palestinien contre le colonisateur juif israélien.

 

Lors, selon le principe fanonien, l’oppressé n’est JAMAIS un terroriste mais quelqu’un qui combat pour retrouver l’honneur qui lui a été confisqué. Et dans ce cadre donné, même si l’opprimé commet des crimes abominables, il reste un combattant de la liberté et ne saurait, en aucun cas, mériter le qualificatif "terroriste".

 

Nous tenons comme preuve à la base de notre conviction le choix forcené de l’AFP et de ses acolytes d’employer le terme "colonie" au lieu d’implantation pour parler des villages de peuplement israélites en Cisjordanie. Ce, alors que la Ména a démontré scientifiquement que "colonie", en français, est inapproprié et que son usage itératif dénote d’une intention de stigmatiser plutôt que d’informer. A en croire la circulaire interne, on pourrait utiliser le terme colon, car "il n’y en a pas d’autre qui soit satisfaisant tant en anglais qu’en français". Au temps pour les settlers, messieurs les liars !

 

Autre chose. Quand elle cite les "autorités israéliennes" à propos des terroristes, l’AFP devrait tout de même s’abstenir d’inventer des citations qu’elles n’ont pas prononcées. L’agence semi-publique a remis le couvert d’une traduction incomestible ce mercredi, en faussant grossièrement les propos du ministre israélien de la Sécurité Intérieure, Itzkhak Aharonovitch, tenus sur la scène de l’attentat. M. Aharonovitch a déclaré : "Au demeurant nous parlons d’un attentat par écrasement (à l’aide d’un véhicule)", pigua drissa, en hébreu ; nous avons publié sur Youtube l’intégralité de l’intervention du ministre, que nous a confiée le porte-parole du ministère, rebuté par l’usage que l’agence de presse francilienne en avait fait et par sa façon de procéder.

 

L’AFP a en effet rapporté que M. Aharonovitch avait exprimé : "C'est un attentat à la voiture bélier selon les premiers éléments de l'enquête…", contrevérité aussitôt reprise par l’ensemble de ses perroquets suiveurs de la francocacophonie.

 

C’est grave. Non seulement de modifier les paroles de quelqu’un à son insu, mais de se servir de cette prévarication afin de booster la falsification du récit. Car une voiture bélier, ce n’est pas cela du tout ; c’est "une automobile qui est projetée sur la façade d’un établissement afin de la démolir pour y pénétrer et finalement commettre un cambriolage ou un braquage (…)" (Wikipédia).

 

Comme au Moyen-Age, les béliers servent à forcer un passage en détruisant des obstacles qui empêchent une progression. Or le terroriste, Abd al Rahman al Chaludi, ne cherchait à se rendre nulle part, mais simplement à tuer des individus en vertu de leur appartenance nationale et religieuse.

 

Une attaque au bélier n’a donc pas pour finalité de tuer, tandis qu’un attentat par écrasement recèle pour unique objectif d’assassiner le plus d’êtres humains possible.   

 

Lors, dans le sillon incertain de l’AFP, on a vu pulluler les titres et les narratifs relatifs au pseudo-attentat "à la voiture-bélier", une formule autrement adoucie en comparaison d’un attentat par écrasement, qui pouvait faire ombrage à la cause de son auteur et figurait une drôle de méthode, tout de même, pour recouvrer son honneur, de la part d’un oppressé.

 

Mais les "attentats à la voiture-bélier", ça n’existe pas, c’est une invention des journaleux-fonctionnaires de l’Etat français, une voiture utilisée pour tuer devient une arme, c’est comme une Kalachnikov-girafe ou une Katioucha-bambi.

 

Dernier point de ce papier, il concerne la première alerte de l’AFP à propos de l’attentat, lancée à 17h27 heure de Paris, alors qu’il était 18h27 à Jérusalem. Avec pour annonce : "ALERTE – Jérusalem : la police tire sur un conducteur ayant renversé des piétons avec sa voiture".

 

Tirer sur un conducteur, même s’il a renversé des piétons, est constitutif d’un meurtre, car renverser des piétons, fortuitement, même si cela découle d’une faute de conduite, n’est pas un crime.

 

De plus, l’ontologie des journalistes nous oblige à aller toujours vers l’élément le plus identifiant (qualifiant un sujet le plus précisément d’après l’acte qu’il a commis) d’un personnage que nous mentionnons dans un article. Ainsi, il ne viendrait à l’idée de personne d’écrire qu’un "peintre en bâtiments allemand a opté pour la solution finale de la question juive". On aura l’obligation de rapporter que "le dictateur nazi, Adolf Hitler a décidé de…".

 

Dès lors qu’il est devenu un assassin, Abd al Rahman al Chaludi a, du point de vue de l’information, cessé d’être un "conducteur" pour devenir un meurtrier et un terroriste ; tout comme les piétons, qui, dès qu’ils ont été écrasés par cet individu, sont devenus des victimes, des morts et des blessés.

 

C’est une vraie règle. Elle existe afin de ne pas créer artificiellement le trouble dans l’esprit du consommateur de nouvelles. Parce qu’en cette occasion, en se soustrayant à cette loi, l’AFP procède, pour la énième fois dans sa couverture du conflit israélo-arabe, à l’inversion des rôles des victimes et des criminels.

 

Chaludi devient de la sorte la victime des tirs de la police, alors que les vraies victimes sont expurgées de leur rôle et deviennent des figurants.

 

Cette inversion procède de la pire malversation qu’il soit possible de commettre dans le métier que nous exerçons.

 

Sûr que l’escroquerie permanente de l’Agence France Presse dans sa narration du différend israélo-arabe, ainsi que le suivisme consentant pratiqué par la quasi-totalité des confrères de l’Hexagone, constituent le vecteur principal de l’incitation à la haine antisémite en France, qu’elle est responsable de la multiplication des agressions contre les Israélites dans ce pays ainsi que de la décision d’un nombre toujours plus grand parmi eux d’émigrer en Israël.

 

Parce qu’en plus du reste, cette propension à salir sans cesse l’Etat hébreu schlingue l’injustice, rappelle – comment pourrait-il en aller autrement – Dreyfus et Vichy, Radio Paris et Je suis partout, et que cette puanteur française est devenue irrespirable.

 

Nous l’exprimons en forme de conseil à messieurs Valls et Hollande, dont nous ne doutons pas de la sincérité en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme : rien ne sert de vouloir placer un flic derrière chaque Juif, vous n’aurez jamais assez de flics.

 

Il est encore possible d’infléchir la courbe de l’antisémitisme en France. Il faut, pour cela, punir les chiens enragés de l’antisionisme, occupés à bidouiller l’info pour assouvir leur impatience. Convier tous les confrères à leur devoir de réserve et à leur obligation d’honnêteté. Leur rappeler que la diffusion intentionnelle d’informations que l’on sait fausses participe non pas d’une erreur mais d’une faute, et que celle-ci doit être sanctionnée. Leur faire savoir que les mots et les images tuent bien plus que les fusils. Il faut mettre en pratique les excellentes chartes éthiques dont disposent les confrères français. Même lorsqu’il s’agit d’Israël et des Juifs.