Le gouvernement Macron ajoute l’indignité à l’incapacité (021504/20) Version imprimable
mercredi, 15 avril 2020

 

Ilan Tsadik

 

Le bilan de la pandémie ce mercredi en France : "une cloche de Notre Dame a sonné à 20 heures". Ding-dong en stéréo sur toutes les chaînes TV de l'Hexagone.

 

Circulez, il n'y a rien à voir. Ou presque : le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, a indiqué aujourd'hui qu'il y avait eu, depuis le 1er mars, 17 167 décès dus au Covid-19. [Regarder l’intégralité de l’intervention journalière du Professeur Salomon] (si vous y tenez vraiment).

 

Pourquoi le 1er mars, en lieu et place du décompte quotidien ? Pourquoi pas, dans le fond ?

 

C'est-à-dire qu'il y a eu en France 1 438 morts depuis hier, mardi, mais cela, Salomon ne l'a pas dit. C'est le résultat d'une soustraction du chiffre des décès communiqué hier - 15 729 - de celui communiqué aujourd'hui.

 

Si c'est vrai, la France pleure presque autant de morts de la pandémie au quotidien que les USA (1 502). Et vrai, ça l'est probablement. Mais Paris est la seule capitale de pays occidental à dissimuler régulièrement les bilans de la maladie, ou à les communiquer dans un mode illisible. En imputant la faute tantôt à des pannes d’ordinateurs, tantôt à des week-ends trop longs.

 

Le Professeur Salomon a ainsi cru bon d'expliquer que "la hausse [exorbitante] des chiffres par rapport à la veille est causée par un rattrapage de saisie de données à l'issue d'un long week-end de trois jours". Cela ne l’a pas empêché pourtant de commenter plusieurs graphiques incorporant ces bilans tronqués, et dont ils savait donc qu’ils étaient faux par une marge énorme. Puisqu’il l’a dit : ces chiffres sont le résultat d’un rattrapage. Donc ils sont faux. Donc ils ne reflètent pas la réalité. Pourquoi alors en faire l’analyse en public ?

 

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L’homme est un descendant direct du Capitaine Alfred Dreyfus

(celui de droite, le Professeur Salomon)

 

La France est également le seul pays industrialisé à avoir connu un "long week-end de trois jours". Les autres ont correctement communiqué leurs bilans.

 

Avant le "rattrapage" à la hausse en question, la France comptait déjà le second plus haut chiffre de décès quotidiens sur la Planète. Avec des chiffres incomplets.

 

Ce n'est pas joli de se moquer d'une population déjà si douloureusement frappée par une épidémie et anxieuse pour son avenir, notamment parce qu’elle doute de la capacité de ceux qui la gouvernent de gérer une crise de cette ampleur et de lui dire la vérité.

 

On ne va pas épiloguer sur ce mode opératoire, ni le qualifier avec précision. Par respect pour nos lecteurs et leur intelligence. On s’étonne tout de même que le Professeur Salomon se prête à cette sinistre pantalonnade. De même que les confrères journalistes tricolores, mais cela, ça ne nous étonne pas du tout.

 

Notre analyse ? Non seulement Emmanuel Macron et ses ministres n'hésitent pas à bidouiller les statistiques pour que les Français ne sachent pas que, jour après jour, ils sont parmi les principales victimes du COVID-19 dans le monde. La France se rapproche désormais des chiffres globaux de l'Italie et de l'Espagne, où la maladie est (réellement) en baisse. 578 morts en Italie aujourd'hui et 324 en Espagne !

 

Mais l'autre raison de demander à Jérôme Salomon de se parjurer, c'est que le 11 mai, il faudra bien commencer à revenir à la vie "normale". Or c'est une décision strictement politique, non médicale. Car à consulter l'évolution du nombre des décès, rien ne vient justifier cette décision, bien au contraire.

 

La raison c'est que la France n'a plus d'argent et ne sait plus où en trouver, et qu'il va falloir vivre avec la pandémie. Masques ou pas masques, tests ou pas tests.

 

Le gouvernement a aussi annoncé aujourd'hui par la bouche d'Edouard Philippe le versement d'une prime unique de… 1 500 euros "pour tous les personnels des services de santé qui gèrent la crise sanitaire dans les départements les plus touchés et dans les services ayant accueilli des patients Covid-19 dans les départements les moins touchés".

 

1 500 euros pour s'être exposé deux mois durant à la maladie et à la mort ? 1 500 euros pour n'avoir pas pu embrasser ses enfants durant tout ce temps ? 1 500 euros, pour s'être mesuré à une épidémie mondiale sans disposer des moyens nécessaires de se protéger et d’administrer les soins ? 1 500 euros, pour avoir lutté jour et nuit, souvent des jours durant sans prendre la moindre pause ?

 

Cette "prime" justifie-t-elle un commentaire de notre part, en plus de celui que je viens de donner ? Sûrement pas. Pas de sous. La faillite de l'Etat. La perte des pédales d’un gouvernement débordé et apeuré.

 

On apprend au moment de clôturer cet article que "plus d'un tiers des marins du porte-avions français Charles de Gaulle ont été testés positifs au Covid-19 depuis leur retour anticipé en France dimanche, après la découverte de contaminations à bord" (ministère français des Armées). Soit 668 marins, dont 31 ont dû être hospitalisés à Toulon.

 

Aucun doute, tous les signes l'indiquent, c'est vraiment le moment de programmer le déconfinement. A commencer par le retour des enfants à… l'école. Brillant gouvernement qui, au lieu de procéder à un état des lieux de la pandémie pendant la première semaine de mai décide près d’un mois à l’avance de ce qu’il va faire. S’il fallait une évidence à mes conclusions, en voici une qui ne laisse pas beaucoup d’espace à l’imagination.