Le Khe’l Avir a frappé une grande base de missiles sol-air en Syrie (011612/21) Version imprimable
jeudi, 16 décembre 2021

 

© Metula News Agency


Jeudi à la mi-journée à Métula et aux Beaumes-de-Venise dans le Vaucluse

 

La nuit dernière [mercredi à jeudi], à 00h50, le Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, a, selon nos propres recoupements, attaqué et détruit en Syrie une vaste position de missiles anti-missiles au service de l’Armée régulière de Bashar al Assad.

 

La position détruite était située à al Shahba [carte], à 62km au sud de l’Aéroport International de Damas.

 

Ce raid intervient une journée seulement après que la Ména a enregistré (mardi) l’arrivée de nombreux camions transportant hommes et matériel à Shahba.

 

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al Shahba

Service cartographique © Metula News Agency

 

Les gouvernementaux ont tenté de faire croire qu’il s’agissait de renforts acheminés dans cette zone pour combattre la rébellion chronique qui ne s’épuise pas dans la région élargie de Deraa, dans le sud du Golan syrien.

 

Mais la situation géographique de Shahba ne correspondait pas à un axe intéressant pour affronter l’opposition armée de Deraa, d’autres alternatives étant bien mieux adaptées à cette fin.

 

D’autre part, on aurait assisté au mouvement de blindés et de formations d’infanterie si l’objectif avait été la rébellion à Deraa, ce qui ne correspondait pas à la nature du chargement décrit par des sources fiables proches de l’opposition au régime alaouite des al Assad.

 

A Métula nous sommes parvenus à la conclusion selon laquelle le régime prévoyait d’installer de nouvelles batteries antiaériennes dans le périmètre de Shahba, mais que Tsahal ne lui a pas laissé le temps de déployer.

 

Il est possible qu’il se soit agi de prototypes de missiles sol-air iraniens ou de matériel originaire de Russie.

 

Ce qui nous semble certain est que l’état-major israélien n’avait pas l’intention de voir les gouvernementaux syriens et leurs alliés contester notre supériorité aérienne absolue dans la région, ni leur donner l’opportunité de recueillir des informations relatives à l’efficacité ou la non-efficacité de ces nouveaux systèmes.

 

Au vu des quantités de matériel en voie de déploiement, on était en présence d’un effort financier important de la part du régime syrien.

 

Selon les informations diffusées par les media gouvernementaux et déchiffrés par nos soins, ainsi que par la presse arabe et l’opposition syrienne, toute la nouvelle position antiaérienne de Shahba, qui incluait plusieurs batteries, radars et autres équipements, a été totalement anéantie.

 

D’autre part, des servants de cette position ont été tués et d’autres blessés par dizaines. Le régime reconnaît la perte d’un officier, mais ce bilan nous paraît nettement en-dessous de la réalité. Ce, à l’aune du volume de l’opération israélienne de cette nuit et du nombre de missiles tirés par les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David.

 

SANA, l’organe d’information de la népotie des al Assad, a fait état du tir de "grappes" et de "rafales" de missiles adressées par l’ennemi israélien, ce qui illustre qu’un grand nombre d’entre eux a été lancé.

 

Al Shahba se situe également à 72km à l’est du point le plus proche du territoire israélien dans le Golan-sud et à 113km de la rédaction de Métula.

 

Dans un registre différent, le Washington Post, citant des responsables de l’Administration U.S. s’exprimant sous le couvert de l’anonymat, a publié un important article lundi dernier [13 décembre] :

https://www.washingtonpost.com/national-security/israel-syria-chemical-weapons/2021/12/13/8ed0b02c-59ea-11ec-a808-3197a22b19fa_story.html

 

On y apprend que le 8 juin dernier, le Khe’l Avir avait attaqué et détruit trois positions militaires à proximité des villes de Damas et de Homs.

 

La Ména avait retracé ces raids au cours desquels un colonel syrien avait notamment trouvé la mort.

 

Ce qui était particulier lors de cette attaque était que les objectifs détruits n’avaient aucun lien avec la présence iranienne en Syrie, et qu’ils faisaient tous trois partie d’anciennes unités de fabrication de gaz de combats que le régime avait été contraint d’abandonner huit ans auparavant sous la pression militaire internationale.

 

Pour le Renseignement hébreu, il était clair qu’Assad tentait de réhabiliter ces fabriques et qu’il fallait impérativement les détruire.

 

La première frappe répertoriée par le Washington Post un an auparavant, le 5 mars 2020, avait visé et oblitéré une villa située au sud-est d’Homs, qui avait précédemment servi de plaque tournante dans la production d’armes chimiques.

 

L’anéantissement de ladite villa était directement lié à l’importation, un an plus tôt, de phosphate tricalcique ou TCP, employé pour divers usages, et notamment comme complément alimentaire. Le TCP est aussi l’un des composants essentiels du gaz sarin et d’autres agents neurotoxiques.

 

Entre 1980 et 2014 la Branche 450 du Centre d’Etudes et de Recherches Scientifiques syrien recourait au TCP pour confectionner des armes chimiques que le régime dictatorial des al Assad avait largement mises à profit pour tuer des opposants syriens lors de la Guerre Civile.

 

On estime à 200 le nombre d’attaques au gaz conduites par l’Armée gouvernementale, tuant des milliers de rebelles mais aussi des civils.

 

A l’occasion d’une intervention internationale, 1 300 tonnes d'agents chimiques avaient été transportées hors de Syrie lors de la première moitié de la décennie écoulée pour être détruites dans des incinérateurs à bord d'un navire américain spécialement modifié en Méditerranée.

 

Ce qui n’avait pas empêché, non plus que deux frappes ordonnées par Donald Trump sur des fabriques de production de gaz de combat, le dictateur-oculiste d’avoir à nouveau recours à l’arme chimique en 2017 et 2019.

 

L’article du Washington Post est certes intéressant, à l’instar de celui du New York Times de vendredi dernier qui dévoilait deux attaques de Tsahal en Iran contre une fabrique de centrifugeuses et une autre de missiles balistiques.

 

Mais dans les deux cas, ces canaux officieux de l’Administration Biden ébruitent ainsi, sous le couvert de l’anonymat et à la poursuite d’objectifs strictement politiques, des informations confidentielles qui avaient été transmises par Israël à la Maison Blanche sous le sceau du secret.

 

Nous sommes persuadés à Métula qu’au sein du Renseignement hébreu, de l’Armée et du gouvernement, qui se sont refusés à commenter ces informations, on est excédé par la légèreté avec laquelle le gouvernement américain fuite des secrets opérationnels sans, bien sûr, que Washington ne se synchronise avec eux.

 

Au vu des dégâts que des révélations de ce type peuvent occasionner, particulièrement dans la lutte contre l’atome iranien – les fuiteurs ne prenant aucune précaution pour dissimuler la responsabilité israélienne dans ces opérations – il est probable que la communication entre Jérusalem et Washington s’appauvrisse, ou que les services d’outre-Atlantique soient briefés plus tardivement et de façon moins complète au sujet des interventions de Tsahal à venir.