Le missile sol-sol syrien visait des skieurs israéliens (022001/19) Version imprimable
dimanche, 20 janvier 2019

 

© Metula News Agency

 

Métula, 00h, 23h à Paris

 

Nous sommes enfin en mesure de décrire les événements qui se sont déroulés ce dimanche entre Israël et la Syrie. Ce, avec plusieurs heures de retard, tant nos sources d’informations attitrées se sont montrées discrètes dans un premier temps, et tant ce qui s’est passé fut inhabituel et a surpris (presque) tout le monde.

 

Le premier acte de la journée a eu lieu à midi-cinquante aux abords de l’aéroport international de Damas. Le terme "aux abords" est important dans notre narratif, car l’aéroport lui-même n’a pas été touché par les frappes attribuées au Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, par des sources étrangères.

 

Les choses étaient rendues difficiles pour les pilotes hébreux, car la Russie avait averti Jérusalem qu’elle se livrait ces jours à des travaux d’entretien sur les voies d’accès aux pistes (taxiways) et sur les aires de chargement des marchandises.

 

Les Iraniens, conscients du fait que les Israéliens ne bombarderaient pas l’aéroport international pour ne pas risquer de blesser des membres du contingent de Poutine, entendirent tirer profit de la situation en organisant un vol de la compagnie perse Mahan Air de l’aéroport de Téhéran à celui de Damas. Le client principal de Mahan Air est la Force Qods [Fars. : Jérusalem] des Gardiens de la Révolution Islamique (GRI), l’avion utilisé était l’Airbus A310 immatriculé EP-MNX ; il transportait vraisemblablement du matériel destiné au Hezbollah libanais ainsi qu’au corps expéditionnaire des GRI, et, peut-être, des responsables de haut rang de ces deux corps.

 

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L’Airbus iranien EP-MNX (archives)

 

L’Airbus se trouvait en phase d’approche, au-dessus de la localité d’Otaybah, à 8km de la piste 23, lorsque le raid israélien a été déclenché. Pour les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David, il s’agissait principalement de dissuader l’A310 de se poser, tout en épargnant les soldats du Tsarévitch.

 

Leur tactique consista très probablement à pilonner quelques entrepôts d’armes situés non pas sur l’aéroport mais dans sa proximité immédiate. Ce qui permit aux Russes et aux Syriens de claironner que tous les missiles tirés par les appareils hébreux avaient manqué l’aéroport international car ils avaient été interceptés par la défense antiaérienne de Bashar al Assad.

 

C’est risible, mais cela correspond bien à la tactique d’intoxication – plus c’est gros mieux c’est – prisée par Moscou. En tout état de cause et comme l’on peut s’en persuader en regardant la manœuvre effectuée par l’EP-MNX sur l’image radar de Flightradar24, l’avion civil effectua un 180 (demi-tour) par la gauche et regagna l’Iran, où il se posa sur l’aéroport de Kermanshah.

 

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Le relevé radar de la route de l’Airbus et de son 180

 

C’était l’une des premières fois qu’un raid du Khe’l Avir sur Damas se déroulait en plein jour, et la première opération militaire majeure depuis l’entrée en fonction du nouveau chef d’état-major de Tsahal, le Général Aviv Kochavi.

 

Les choses auraient pu en rester là si, pour la première fois depuis le début de la Guerre Civile, les responsables syriens n’avaient pas décidé de riposter contre Israël par le tir d’un missile sol-sol tiré à partir de l’une des bases de la région d’al Kiswah [voir carte], à 36km de la frontière israélienne dans le Golan et à 7km au sud-ouest de Damas.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Map Pro

 

Ce qui est extrêmement grave au sujet de cette riposte est qu’elle visait la station de ski du mont Hermon où glissaient au même moment 5 000 skieurs, tous civils. Si le missile avait atteint sa cible, il pouvait coûter la vie à plusieurs dizaines d’innocents.

 

L’Armée alaouite d’Assad a tenté de magouiller son crime en lançant le missile sol-sol depuis une rampe posée à proximité immédiate d’une batterie de missiles sol-air afin de faire croire qu’il s’agissait de l’un de ces missiles tirés contre l’un des avions du raid sur l’aéroport international de Damas. Il est survenu à plusieurs reprises qu’un gros missile sol-air syrien, après avoir manqué sa cible, poursuivit son chemin sur plusieurs dizaines de kilomètres, à haute altitude et à vitesse élevée. [Voir la vidéo du tir du missile syrien sur la station de ski du Hermon].

 

Mais après vérification des services de Tsahal, il est à présent établi qu’il s’agissait bien d’un engin sol-sol visant intentionnellement la station de ski.

 

Fort heureusement, les dispositifs antiaériens israéliens présents sur le mont Hermon identifièrent l’intrus et lancèrent deux missiles dans sa direction. Les skieurs, surpris, certains apeurés, purent pour certains filmer l’interception du missile en vol dans une déflagration assourdissante, qui fit craindre aux villégiateurs que les télésièges allaient s’effondrer. [Voir la vidéo de skieurs surpris par le tir des deux intercepteurs].

 

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L’instant de l’interception du missile syrien (dans le rond rouge)

 

Le Khe’l Avir lança immédiatement un nouveau raid sur la position d’al Kiswah d’où était parti le missile syrien et sur les installations avoisinantes. Des témoins oculaires joints au téléphone par le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, lui ont rapporté qu’un gigantesque dépôt de munitions souterrain avait explosé et qu’il n’en restait strictement rien.

 

Ce n’est, de loin, pas la première fois que le Khe’l Avir bombarde la zone d’al Kiswah, qui regorge de positions et d’infrastructures militaires gouvernementales, iraniennes et du Hezbollah.

 

Cette nuit, l’Armée d’al Assad a été placée en état d’alerte maximal dans la crainte d’une réplique massive de Tsahal. La tension est grande dans la région, et les spécialistes de la Ména sont également persuadés que les Israéliens entendront frapper très fort leurs ennemis dans le but de les dissuader de lancer des projectiles en général, et, en particulier, prenant des civils pour cibles. Dans ces conditions, pour obtenir l’effet dissuasif convoité, les représailles seront sans doute très douloureuses pour les Syriens et leurs alliés.

 

Ce que nous ignorons est si l’opération aura lieu cette nuit alors que l’ennemi est sur ses gardes, ou si Tsahal optera de frapper lors des prochains jours, lorsque son attention aura décru.