Le respect n’est pas négociable (011704/21) Version imprimable
samedi, 17 avril 2021

 

Par Jules Mazouz

 

Le 1er avril dernier, après un mois de promesses non tenues et deux articles de rappel de notre part, Météo Consult et la Chaîne Météo (TV) avaient enfin modifié leur erreur qui géolocalisait l’agglomération de Métula au Liban. Je pouvais finalement rédiger un article qui s’est intitulé : "Métula est de retour en Israël..".

 

J’étais satisfait d’avoir participé à remettre la synagogue au milieu du village. Un peu comme on se sent lorsque l’on a fini de faire le ménage et que l’on apprécie du regard une maison propre et bien rangée. Ce n’était certes ni l’Affaire Dreyfus ni la Controverse de Nétzarim, mais pour le respect dû aux choses et aux gens, et pour dissiper les arrière-pensées qui ne manquaient pas de commencer à se manifester, j’avais refermé la boîte de Pandore.

 

J’y étais parvenu juste avant que quelqu’un ne l’ouvre en dépit de l’interdiction de Zeus, et que ne s’en échappent les fléaux qui ruinent l’humanité, la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion et l'Orgueil.

 

Mais j’allais devoir déchanter. Dans ce monde et la période délicate que nous traversons, il n’y a pas de place pour la satisfaction. Le temps est au qui-vive et à l’attention. Jamais il ne dort le gardien d’…

 

Je n’en voulais pas spécialement à Météo Consult et à mon interlocutrice, Madame Karine Braz, ni même aux deux entités météorologiques qui appartiennent au Figaro, lui-même propriété du Groupe Industriel Marcel Dassault (GIM Dassault), dirigé par Charles Edelstenne.

 

De plus, comme ils avaient enfin pris la décision de ramener notre rédaction en Israël et qu’ils se montraient tout à coup réactifs, tout allait pour le mieux, du moins en étais-je convaincu.

 

C’est alors que, peu après mon papier du 1er avril, plusieurs lecteurs s’adressèrent à la rédaction de la Ména afin de l’informer – c’était le monde à l’envers – que Métula figurait bien désormais en Israël lorsque l’on tapait Métula sur leurs moteurs de recherche ; mais que dans leur base de données, notre village préféré figurait encore dans le district de Marjayoun au Liban.

 

Pour ne rien arranger, d’autres localités israéliennes, à l’instar de Manara et Margaliot dans le Doigt de la Galilée, apparaissaient dans le même répertoire. Pour couronner le tout, lorsque l’on cherchait le temps qu’il y faisait, on se retrouvait "au Liban", ou alors, ces conurbations étaient apatrides, n’étant rattachées à aucun pays. C’était pire encore à mes yeux, car je n’ai trouvé aucune autre ville au monde sur Météo Consult et la Chaîne Météo (TV) qui n’avait pas d’attribution nationale. Uniquement des localités israéliennes, cela ne pouvait plus être simplement le fait du hasard.

 

J’informais Madame Braz de la découverte de nos lecteurs et pus apprécier la fermeté de sa détermination, car dès le lendemain, les escobarderies étaient corrigées. Cela ne valait pas de vous déranger avec un nouvel article sur ces péripéties, puisque, comme dit le diction : Tout est bien qui finit bien.

 

Je pouvais donc annoncer à ma rédaction que tout était maintenant okay, et qu’il ne restait qu’à recevoir les excuses des intéressés, que nous leur avons réclamées et leur réclamons encore, pour clore définitivement le dossier.

 

Prudent, le rédac chef procéda, avant de tirer des feux d’artifice, à une seconde vérif et il demanda également à nos deux camarades du service cartographique, des spécialistes, de l’accompagner dans cette recherche.

 

Bien leur en prit. Rebelotte ! D’autres localités israéliennes, notamment au sud du lac de Tibériade, étaient attribuées à la Jordanie, comme Gesher [photo], ou étaient privées de rattachement national, à l’instar d’Ashdot Yakov [photo].

 

meteocon_gesher.jpg

 

meteocon_ashdot_yakoov.jpg

 

C’était irritant, mais pas suffisamment pour me faire perdre mon sang froid. Retour à Madame Braz, toujours aussi affable, et nouvelles corrections sous 24h. Seul point d’achoppement : elle me proposa de procéder à un examen de toutes les villes israéliennes, ce que je refusai naturellement de faire. Expliquant que ce n’était pas mon boulot, que je travaillais à la Ména, non chez Météo Consult. Mais surtout, je ne me rappelle pas si je l’ai dit ou si je l’ai pensé très fort, il était exclu pour moi de créer une exception israélienne. C’était aux géographes du Groupe Industriel Marcel Dassault, qui s’étaient trompés sur toute la ligne et uniquement en ce qui concerne l’Etat hébreu, de corriger leurs fautes. En réattribuant les villes israéliennes à leur pays, comme ils l’avaient fait pour le reste du monde.

 

Autant que nous puissions nous en rendre compte – l’expérience rend prudent – l’incident est clos. Grâce à l’attention de nos lecteurs et à notre opiniâtreté, les relations avec le GIM Dassault sont sauves. Enfin, elles le seront lorsqu’il aura présenté ses excuses aux habitants de Métula et aux Israéliens. Ce que nous espérons qu’il fasse rapidement, car nous comptons des amis sincères – pas uniquement, il y a aussi des adversaires – au Figaro. Et certains de nos camarades de la Ména appartiennent aussi au monde de l’aviation, donc nous ne recherchons que le respect mutuel et la cordialité.

 

Est-ce tout ?

 

Non.

 

Avant d’écrire ce compte-rendu, je me suis demandé s’il était opportun, au moment où les Juifs français sont terriblement préoccupés par la décision de la Cour de cassation consistant à confirmer l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré, qui, en avril 2017, à Paris, avait agressé et défenestré une femme française de confession juive de 65 ans, Sarah Halimi.

 

Je ne vais pas revenir sur les considérants de cette affaire, d’autres intervenants, et notamment des spécialistes du droit, l’ont fait correctement. Et nous, vous nous connaissez depuis vingt-et-un an, à la Ména, lorsque qu’une information est correctement présentée par d’autres, nous laissons Tornado à l’écurie. Nous ne pensons pas que la répétition ajoute à la prise de conscience.

 

La plus haute juridiction de la justice française a confirmé qu’un meurtrier ayant tué sous l’emprise de la drogue une femme sans autre mobile que sa judéité et avec une férocité barbare ne doit pas rendre compte de son acte devant un tribunal.

 

Alors que si vous êtes à l’origine d’un accident sur la route après avoir fumé du Hashish, votre responsabilité s’en trouve aggravée. Alors qu’un dégénéré marseillais a été justement condamné à de la prison ferme pour avoir défenestré son chien.

 

J’ai lu ce matin l’article rédigé au sujet de cette décision de justice par le grand-rabbin de France Haïm Korsia sur le Figaro. J’avoue qu’il m’a laissé sur ma faim.

 

D’abord, parce que je l’ai cherché sur l’édition électronique du quotidien et qu’elle n’y figure pas sur cinq colonnes à la une. Pour être plus précis encore, même en déroulant le site au-delà de la moitié de son contenu, je n’ai pas vu l’article du grand-rabbin. Si la rédaction de Métula ne me l’avait pas signalé ce matin, je n’aurais eu aucune chance de le lire.

 

Pourtant il est très récent, il a été publié hier. Le moins que l’on doive en déduire est que la nouvelle n’accapare pas l’intérêt supérieur de la rédaction du Fig, voire celui des Français.

 

Ensuite, parce que la consultation de l’article est réservée aux abonnés et que pour un commentaire de cette nature, cela me surprend beaucoup.

 

Et puis, parce que c’est à nouveau un Juif qui s’émeut d’un double crime – celui de Traoré et celui de la justice – commis sur un Juif en France. Haïm Korsia a probablement réclamé une tribune et on la lui a donnée. Point. Que cela ne remue pas les océans et ne provoque pas de Tsunami !

 

Il aurait fallu des éditoriaux des faiseurs d’opinion à en inonder les media. Des gens fréquentables qui marchent les yeux ouverts, comme Michel Houellebecq, Michel Onfray, Eric Zemmour, Caroline Fourest, j’en passe, il y en a quelques autres…

 

Mais ils étaient occupés ailleurs, même si ce sont des amis sensibles et émotifs.

 

Et pour finir, le texte du grand-rabbin, qui dit tout ce qui doit être dit, ponctuant sur un "France, mon pays, notre pays, pays de paradoxes parfois mais toujours de raison et d’espoir, réveille-toi.".

 

La France n’entendra pas car il manque un point d’exclamation. Erreur de grammaire, erreur de ton. Ce ne sont pas les Juifs qui excluent la France, c’est la France qui exclut ses Juifs de sa solidarité nationale.

 

Restent les Juifs avec les Juifs.

 

Il manque à la lettre du grand-rabbin la révolte et la transcendance. Ce qu’il a écrit, tous les Juifs ayant un certificat d’étude le savent, et les non-juifs s’en foutent. Le Covid incontrôlable, le gouvernement incompétent, c’est autrement préoccupant.

 

Pourtant ils manquent quelque chose de fondamental. Ce qu’il s’est passé cette semaine ne ressemble à rien d’autre. Les citoyens français juifs, irréprochables depuis vingt siècles, présents chaque fois que les autres Français démissionnaient, sont profondément troublés par deux choses :

 

Si l’on peut massacrer une vieille dame juive et la défenestrer sans être puni, la République ne répond plus de notre sécurité.

 

Si nos compatriotes ne se mobilisent pas par millions et spontanément face à deux actes d’une telle gravité – et pas moins que par millions ! – c’est que nous ne sommes pas ici chez nous. Qu’on nous haït ici pour ce que nous sommes et pas à cause de ce que nous faisons.

 

C’est que les temps sombres de Drancy mais qui restent gravés dans tous les cerveaux juifs, pendant lesquels la vie d’un chien valait plus que celle d’un Juif sont revenus. De la dégradation de Dreyfus à l’imposture du faux assassinat de Mohammed Dura, en passant par les lois d’exception de Vichy et l’assassinat de Georges Mandel dans la forêt de Fontainebleau, la France ne respecte donc ses Juifs que durant des laps de temps limités.

 

Les Juifs se demandent si c’est dans son ADN. Les Juifs se demandent si les gouvernants et les intellectuels ne souhaitent pas, consciemment ou non, qu’ils s’en aillent ?

 

Le meurtre non jugé de Madame Sarah Halimi, l’apathie des Français, l’absence de réaction des responsables politiques, des avocats et des juges juifs. L’absence de vrais leaders dans la communauté. La profusion d’associations qui ne servent à rien et qui ne font rien que quémander des honneurs. Le doute. L’horizon complètement bouché.

 

Les gens me parlent. J’ignore si cela intéresse quelqu’un, mais suite à cette cascade malheureuse d’événements, cent mille Juifs vont quitter la France dans les douze prochains mois. Quatre-vingt-dix-mille pour se rendre en Israël. L’exode, c’est fini, quel que soit le prix à payer.

 

Et deux-cent mille envisagent sérieusement cette option, à laquelle ils n’auraient jamais songé auparavant. Dans vingt ans il ne restera rien en France de la communauté la plus républicaine et fidèle du pays.

 

Après la Controverse de Nétzarim, la démonstration du non-attentat contre le carré juif du cimetière de Pantin, la rectification des cartes de Météo Consult et de la Chaîne Météo, et des tas d’autres interventions, la Ména a imposé le respect des Juifs un autre jour où les Juifs français n’y étaient pas.

 

Moi j’ai compris pourquoi il fallait investir tant d’énergie pour obtenir que Métula soit reconnu tel un village israélien. Les autres villes aussi. Jusqu’au bout. Sans lassitude. Sans compromis. Parce que le respect ne se négocie pas. Dès que l’on transige, il disparaît, et l’on peut dès lors jeter des Juifs par les fenêtres ou les pousser dans des trains à bestiaux.

 

Nous attendons des excuses.