Les 2 derniers fugitifs recapturés à Djénine. La Palestine effondrée Version imprimable
dimanche, 19 septembre 2021

 

(info # 011909/21)

Par Jean Tsadik et Sami el Soudi

                                                                             

avec Ilan Tsadik

 

Très tôt ce dimanche matin, entre une heure et deux heures, un commando israélien a cueilli à Djénine les deux derniers fugitifs - Iham Kamamji et Munadil Nafiyat [photo] – de l’évasion du pénitencier de Gilboa, il y a treize jours de cela.

 

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Kamamji (à gauche) et Nafiyat juste après leur arrestation

Source : Shin-Bet

 

Le commando a encerclé la maison dans laquelle les fuyards s’étaient réfugiés depuis quelques jours, entourés par deux complices locaux. Les quatre hommes se sont rendus sans combattre ; ils ont été immédiatement emmenés pour interrogatoire dans un bureau du Shin-Bet, le service du contre-espionnage et de la Sécurité générale.

 

L’intervention à Djénine [50 000hab.], la ville (et le camp de réfugiés [12 000hab.]) la plus violente et abondamment pourvue en armement clandestin de l’Autorité Palestinienne (AP). Kamamji est originaire du bourg de Kufr Dan [6 000hab.], à 4km à l’ouest de Djénine, où vit encore la plus grande partie de sa famille. Celle-ci n’était pas au courant de sa présence à Djénine.

 

L’extrémité Nord de Djénine est située à 4km de la ligne verte [la limite entre Israël et la Cisjordanie], et son extrémité Nord-Est, à 12km du pénitencier de Gilboa, sis de l’autre côté de ladite ligne évidemment.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Comme nous l’avions imaginé, ces deux fugitifs se sont dirigés immédiatement après leur évasion vers le territoire de l’AP. Contrairement aux quatre autres qui avaient opté pour le Nord, en territoire israélien, espérant à tort trouver de l’assistance auprès des populations musulmanes rurales de Galilée et de Nazareth, Kamamji et Nafiyat ont pu bénéficier de collaborations locales.

 

Cela n’empêche nullement qu’ils ont été donnés aux Israéliens par d’autres Palestiniens, probablement de Djénine. Une unité du Renseignement de l’Armée, disposant de moyens de haute technologie, avait préalablement vérifié que les deux hommes recherchés se trouvaient effectivement dans le bâtiment indiqué, de même que l’emplacement précis dudit bâtiment.

 

Tsahal a eu recours cette nuit à un procédé de diversion afin de surprendre les deux individus recherchés. Vers une heure du matin, l’Armée israélienne a envoyé un important contingent de soldats, de façon totalement découverte, dans le camp de réfugiés de la ville palestinienne.

 

Ce camp se trouve à l’ouest de Djénine. Les organisations terroristes palestiniennes ont cru que les Israéliens venaient procéder à l’arrestation de personnes soupçonnées d’activités terroristes qui se cachent dans le camp. Des sympathisants du Djihad Islamique, du Hamas et du Fatah ont accueilli les soldats à coups de pierres et de cocktails Molotov.

 

Au même moment, dans la partie orientale de la cité, soit à l’opposé géographique du camp de réfugiés, des unités d’élite du Shin-Bet et des commandos du Yamam, [des policiers du corps des Garde-Frontières] ont encerclé la planque des deux terroristes en goguette.

 

Leur action était sécurisée par les commandos Kharouv de la brigade Kfir, qui opèrent en permanence en Judée-Samarie (Cisjordanie).

 

Après des tirs de semonce, la force d’intervention a invité les fugitifs à se rendre. Quelques minutes plus tard, les deux hommes sortaient de la maison sans armes, les mains en l’air. Voir la vidéo exceptionnelle de l’arrestation, filmée et commentée par des Palestiniens de Djénine :

https://twitter.com/i/status/1439400219670634502

 

La nouvelle de l’arrestation de Kamamji et Nafiyat s’est répandue à Djénine telle une traînée de poudre. En quelques minutes, des dizaines de miliciens et de sympathisants des organisations terroristes palestiniennes tiraient avec des armes à feu en direction des soldats en train de quitter la ville, et leur lançaient des grenades artisanales.

 

Aucun soldat israélien n’a été atteint, alors qu’un porte-parole de l’hôpital local a fait état de trois blessés dans les rangs palestiniens.

 

Toute l’opération a été planifiée et orchestrée par le Brigadier Général Yaniv Alalouf, le chef de la division Judée-Samarie de Tsahal, et par le colonel Arik Moyal.

 

Au sein de Tsahal et de la Police, on se prépare à d’éventuels tirs de roquettes à partir de Gaza et à des tentatives d’assassinats ciblés dans les villes israéliennes. Les batteries du Dôme de Fer sont en alerte maximale dans le pourtour élargi de la bande côtière palestinienne.

 

La rage suscitée par un fort sentiment d’impuissance prévaut chez les Palestiniens. Et ce ressenti a beaucoup de raisons d’être.

 

Il découle du fait que l’évasion qui a eu lieu le cinq septembre courant a d’abord été accueillie par la population et les milices terroristes islamiques comme un véritable triomphe. Des condamnés à perpétuité avaient réussi à se faire la malle de l’une des prisons les plus sécurisées d’Israël.

 

C’était un pied de nez envoyé à l’Etat hébreu, le signe qu’il est possible de faire libérer d’autres détenus, et surtout, l’évasion était pressentie comme une victoire de l’ingéniosité palestinienne-arabe sur la sophistication inopérante de l’ennemi israélien.

 

Lors de l’annonce de l’évasion et depuis, aucun organisme palestinien n’avait évoqué l’éventualité que les fuyards soient repris. Avec l’arrestation des deux, puis des quatre premiers prisonniers, on ne parlait plus que de ceux qui étaient encore au large, en faisant d’eux de plus grands héros encore du fait qu’ils réussissaient durablement à échapper à la chasse à l’homme lancée par les Israéliens.

 

Une traque qui a impliqué des milliers d’hommes ainsi que des moyens extraordinaires. Pour les deux camps il s’agissait d’un bras de fer plus symbolique que tout autre chose. L’enjeu se situant très au-delà de la dangerosité pratique des échappés.

 

Leur arrestation, côté palestinien, est à la mesure de l’enthousiasme que leur évasion avait suscité. D’autant plus qu’elle concerne six fuyards, répartis en trois groupes de deux, et qu’ils ont été tous récupérés dans des environnements très différents.

 

Les premiers, Mahmoud Aradeh et Yakub Kadari, dans une grande ville musulmane d’Israël, Nazareth, où aucun des habitants ne leur est venu en aide. Les seconds, Zakaria Zubeidi et Mohammed Aradeh, dans un terrain vague, à proximité du village arabe d’Umm al-Ghanam en Galilée. Et les troisièmes, Iham Kamamji et Munadil Nafiyat, au cœur même de l’Autorité Palestinienne, dans la ville-symbole de Djénine, sujet de fierté et d’arrogance du Djihad, du Hamas et du Fatah, le point d’appui principal des milices islamiques armées en Samarie.

 

Le pire de tout, pour l’ethos palestinien, en plus du fait du constat que les Israéliens sont capables de faire ce qu’ils veulent, partout où ils le souhaitent dans l’ensemble de la "Palestine", est qu’ils n’ont pas même perdu un seul combattant dans l’aventure.

 

Pire encore que le pire de tout est la constatation qui s’impose que, dans les trois cas, la capture des héros-fugitifs n’a été rendue possible que grâce à la coopération de musulmans avec ceux que l’on appelle en Cisjordanie arabe, selon le lexique consacré, les "forces d’occupation".

 

Pour le Palestinien lambda, ces observations mènent à deux constatations guère plus réjouissantes l’une que l’autre mais distinctes. 

 

Premièrement, cela signifie durablement que les Arabes israéliens sont effectivement devenus des Israéliens arabes, que ce sont des traîtres et qu’il n’est pas/plus possible de les considérer comme faisant partie de la cause palestinienne, avec tout ce que cela implique.

 

Ensuite, cela indique qu’au sein même du territoire qui était jordanien avant la guerre de 1967, la "Palestine politique et revendicable", plus rien ni personne n’est sûr. Là également, les collaborateurs avec l’ennemi sont légions, soit par appât du gain – des récompenses en espèces, mais le plus souvent des remises d’avantages pour soi ou pour un membre de sa famille -, soit parce qu’ils font l’objet d’une multitude de chantages issus de comportements inavouables que le Shin-Bet sait exploiter au maximum.

 

Dans les deux cas, la généralisation de ces constatations est à mettre en équation avec la marginalisation de la cause palestinienne, principalement dans le monde arabe, et partant, sur l’ensemble de la planète.

 

On a certes voulu minimiser la portée des Accords d’Abraham, mais la cause palestinienne reposait essentiellement sur le refus par les "frères arabes" de la normalisation des relations avec Israël. On n’était pas capables de vaincre militairement l’ennemi sioniste, mais tant que les trois non de Khartoum prévalaient : pas de paix avec Israël, pas de reconnaissance d’Israël, pas de négociation avec Israël, on repoussait l’échéance et on restait unis autour de l’objectif commun.

 

Un jour viendrait immanquablement, par des moyens politiques – le retrait d’Israël de Cisjordanie – ou militaires, par l’union des Arabes, où on obtiendrait gain de cause. L’abandon par Israël de la Cisjordanie contre sa reconnaissance dans une situation fragilisée et non-défendable, avec une frontière passant à 18 kilomètres de Tel-Aviv. Véritable invitation, le moment opportun, à la campagne suivante aboutissant à la destruction définitive de l’entité sioniste.

 

La réincarcération en treize jours de traque, dans les conditions où elle s’est réalisée, des six héros-fugitifs de la cause palestinienne va, vous l’aurez compris, largement au-delà d’un fait divers presque banal, assurément exempt intrinsèquement de signification stratégique : l’évasion de six prisonniers sécuritaires et leur recapture.  

 

Il est intéressant à ce propos de mentionner les noms des signataires de la résolution de Khartoum : l’Egypte, la Syrie, la Jordanie, le Liban, l’Irak, le Maroc, l’Algérie, le Koweït, et le Soudan.

 

Quatre des neuf signataires sont devenus les alliés militaires d’Israël, deux ont cessé d’exister en tant qu’entités étatiques homogènes, un, le Koweït entretient officieusement des relations "normales" avec Israël, et le dernier, l’Algérie, est une dictature militaire anachronique, dont l’orientation diplomatique a moins d’influence sur le monde que la République Sérénissime de Saint-Marin.

 

Les Arabes ont "effondré" la cause palestinienne, au point que les Palestiniens – à commencer par leurs dirigeants – ont cessé d’y croire. Ne reste que des bandes mafieuses qui s’habillent du manteau politique afin de justifier leurs crimes. Et qui n’hésitent jamais à échanger des informations avec Israël.

 

La faute à ce que la Palestine est une création de la Guerre Froide, la justification politique de l’intention des pays arabes d’éradiquer Israël sans passer pour des résurrections de nazis.

 

Maintenant n’ayant plus les mêmes finalités et s’étant aperçus qu’Israël, loin d’être un ennemi juré était un allié fiable et précieux, les Arabes ont changé d’avis. Et la cause palestinienne n’est plus qu’un épiphénomène pour nostalgiques du panarabisme et antisémites indécrottables, broyés dans un processus irrémédiable.

 

C’est maintenant que les Palestiniens deviennent effectivement des réfugiés.

 

La fuite des six prisonniers était un regain d’espoir, une sorte de résurgence. La puissance écrasante d’Israël, sa méthode, son efficacité y ont mis un terme. Pour les Palestiniens, il aurait mieux fallu que l’évasion n’ait pas lieu. Le plus désespérant pour eux a été l’annonce faite par le ministre hébreu de la Défense, Benny Gantz, il y a une semaine environ, affirmant que tous les fugitifs seraient repris, que ce n’était qu’une question de temps.

 

Une prédiction aussitôt confirmée sans nuances par la Ména. Quel autre pays peut être à ce point certain de remettre la main sur des évadés en fuite vers les quatre points cardinaux, protégés par des milices armées constituées de milliers de membres qui n’ont aucune autre activité que celle de s’opposer à Israël depuis des décennies ? Que valent ces milices, à quoi servent leurs armes ?

 

Le Hamas avait publié, il y a deux jours, une déclaration avertissant Israël des conséquences de toute opération militaire à Jénine, puisque les deux derniers évadés "pourraient s'y trouver".

 

Le Jihad Islamique Palestinien, auquel tous les fugitifs étaient affiliés à l’exception de Zakaria Zubeidi, avait juré d'empêcher par la force la capture de ses deux hommes par les forces israéliennes.

 

Les deux milices ont été inexistantes. Transparentes. Incapables du moindre geste pour protéger leurs héros.

 

Mais Israël ne peut pas céder au triomphe. Certes, treize jours durant, l’Etat hébreu a mis en œuvre toute son intelligence accumulée pour écœurer les Palestiniens, et impressionner ses ennemis potentiels au-delà des frontières. Cela, c’est Israël des lumières, le redoutable, plus fort que dans le film Fauda, celui qui impose le respect, l’admiration presque.

 

Puis il y a Israël de la corruption, de la combine et de la médiocrité. Celui qui a permis aux terroristes assassins de s’évader presque facilement de son pénitencier de haute sécurité. Pour les Palestiniens, c’est une débâcle. Pour les Israéliens, c’est un triomphe succédant à une débâcle, mais ne l’effaçant pas.

 

La déroute – et non pas la bavure – de gardiens qui dorment dans les miradors, de leurs confrères censés fouiller les cellules toutes les heures et demies, et qui ne le faisaient plus. De l’autorisation donnée aux fuyards de se regrouper dans la même cellule la veille de l’évasion. D’un creusement de tunnel qui dure dix mois, implique onze détenus et passe toutefois inaperçu. D’un autre maton qui avait commandé pour les fugitifs du matériel qui leur faisait défaut pour réaliser leur fuite et qui, en attendant les résultats de l’enquête, a été mis à pied.

 

Des enseignements d’une évasion précédente qui n’avaient pas été mis à profit, d’aménagements de sécurité qui avaient été bâclés et qui ont permis l’évasion. De la cheffe du système pénitencier israélien, le Major General Katy Perry, qui refuse catégoriquement de prendre ses responsabilités et de démissionner après la débâcle constituée par les circonstances de cette échappée. Sans oublier un ministre de l’Intérieur condamné au pénal, Aryé Makhlouf Dery, ayant purgé vingt-deux mois de prison, et qui avait été à nouveau nommé par la suite ministre de l’Intérieur. C’était un système complet de faillite programmée qui a mené à cette défaillance, il ne s’agit pas d’un acte isolé ni d’une prison gérée différemment des autres.

 

Pour le ministre de la Sécurité Publique du nouveau gouvernement, Omer Bar-Lev, les choses ne doivent pas s’arrêter avec la recapture des terroristes, mais "ce qui n'a pas fonctionné doit être corrigé".

 

Bar-Lev a déclaré qu’il demanderait qu’une commission d'enquête gouvernementale se penche sur l'évasion.

 

Le ministre a ajouté dans une approche qui nous semble frappée du sceau du bon sens : "La traque s'est terminée avec succès, mais la mission n'est pas encore finie ; nous devons nous assurer qu'un événement comme celui-ci ne se répète pas à l'avenir".

 

Il proposera très prochainement la création de la commission d'enquête au gouvernement "afin d'examiner les circonstances qui ont conduit à cette évasion".

 

Le cabinet ferait bien d’accéder à sa proposition. Et de prendre les mesures nécessaires à rapprocher le bel Israël et Israël de la défaillance. En réparant le système de la défaillance. Sinon, des événements de ce genre se reproduiront. Et même des plus fâcheux. L’intelligence ne l’emportant pas chaque fois à plate couture.