Les Iraniens se sont mis dans le rouge (010108/21) Version imprimable
dimanche, 01 août 2021

 

Par Ilan Tsadik


Métula, dimanche soir

 

L’attaque du pétrolier MT Mercer Street dans la nuit de jeudi à vendredi par des drones-suicides dans la mer d’Oman continue à faire des vagues.

 

Le bâtiment battant pavillon libérien se rendait à vide de Dar es Salaam en Tanzanie à Fujaïrah aux Emirats Arabes Unis afin d’embarquer du brut, lorsqu’il a été pris pour cible par plusieurs drones iraniens non loin de l’ile de Masirah, à l’est du Sultanat d’Oman.

 

Le problème pour la Théocratie chiite réside en cela que deux membres du personnel du navire ont été tués lors de l’agression, le capitaine, de nationalité roumaine, et un agent de sécurité britannique.

 

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Le porte-avions USS Ronald Reagan (photo d’archive), le groupe aéronaval embarqué 5,

et le destroyer lance-missiles USS Mitscher escortent le Mercer Street endommagé

 

S’agissant d’un tanker japonais, immatriculé au Libéria, dont les citernes étaient vides, servi par un équipage international hétéroclite, exploité par une société britannique, dont l’unique lien avec Israël consiste en la nationalité des actionnaires de ladite compagnie, Téhéran a le plus grand mal à justifier le meurtre de deux marins par la guerre maritime épisodique qu’il livre à la flotte israélienne.

 

En fait, selon plusieurs sources concordantes, la plupart israéliennes, qui se sont exprimées tôt ce dimanche, les Pasdaran – les Gardiens de la Révolution Khomeyniste - ont trop bien réussi leur coup.

 

Leur intention se limitait à occasionner des dégâts superficiels à l’embarcation, comme ce fut le cas lors des quatre agressions précédentes qu’ils ont menées contre des bateaux liés d’une manière ou d’une autre à l’Etat hébreu.

 

Mais par manque de confiance dans l’efficacité de leurs drones, ils ont exagéré sur leur nombre et sur leur emport en explosifs. Si bien que plusieurs d’entre eux ont explosé au contact de la passerelle – le poste de pilotage d’un navire – ainsi que des appartements de l’équipage. Deux autres engins frappant encore le sommet de deux citernes de brut (selon les photos), n’engendrant pour leur part que des dommages relativement restreints.

 

C’était une bévue du genre qui peut engendrer une réplique diplomatique énergique de la part de la communauté internationale et surtout, des représailles militaires sérieuses en provenance d’Israël.

 

La Ména l’avait prédit dans sa première breaking dès que nous eûmes recueilli les informations fondamentales de l’attaque maritime ; le Premier ministre Naftali Bennett l’a confirmé en clair ce matin en conseil des ministres : "Nous enverrons un message de réponse aux Iraniens à notre façon".

 

A Métula, nous nous attendons à une riposte spectaculaire, sans proportion avec l’assaut contre le Mercer Street.

 

La Théocratie persane est visiblement déconcertée par la détermination de Jérusalem et de diverses autres capitales du Globe de ne pas ignorer l’incident.

 

Dans un premier temps, la junte cléricale a fait publier par l’une des chaînes d'information qu’elle contrôle, Al-Alam [ara.: le monde], que l'attaque constituait des représailles à la perte de deux combattants de la "Résistance" - à savoir des miliciens du Hezbollah ou des soldats iraniens - qui, selon Al-Alam ont été tués lors de l’attaque israélienne près de la ville syrienne de Qousseir, dans la nuit du jeudi 22 juillet au vendredi 23.

 

Nous sommes bien obligés d’admettre avec une honte certaine que la dépêche du media iranien a occasionné un immense éclat de rire ce matin des trois journalistes qui l’ont lue ensemble au petit déjeuner convivial à Métula.

 

Parce qu’à en croire l’organe de presse du gouvernement iranien, les deux héros sont morts lors du raid du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne, qui a avorté, car tous les missiles, selon un communiqué tout ce qu’il y a de plus officiel du ministère russe de la Défense, avaient été interceptés par la DCA [Défense Contre Avions] de Bashar al Assad.

 

Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire tel quel le communiqué russe, signé par le Contre-amiral Vadim Koulit :

 

"Les quatre missiles tirés par des avions israéliens et visant une ville - Qousseir  - dans le gouvernorat syrien de Homs ont été abattus par des systèmes de défense aérienne Bouk.

 

(…) Quatre "autres engins tirés par des avions de guerre israéliens dans le gouvernorat de Homs ont été abattus par l’Armée syrienne grâce à des systèmes antiaériens de fabrication russe".

 

La Ména était à nouveau le seul media suffisamment informé pour démentir le communiqué russe dans notre article "Les Russes et nous" du 24 juillet.

 

Nous y annoncions que le raid avait visé une position du Hezbollah à 5km au nord de Qousseir et précisions :

 

"Toutes les cibles ont été atteintes, c’était des systèmes de guidage GPS iraniens destinés à modifier au Liban des roquettes pour en faire des missiles intelligents. Et des missiles sol-air SAM russes ou leurs copies iraniennes pour gêner les avions israéliens dans le ciel du pays aux cèdres. Aucun missile, évidemment, n’a été abattu. Aucun avion n’a été dérangé dans son vol. Ils ont d’ailleurs lancé les missiles à partir du territoire libanais, à 9km de la piste abandonnée".

 

Mais le raid israélien ayant oblitéré des entrepôts qui, par mesure de précaution, n’étaient pas gardés par des miliciens ou des Pasdaran n’avait pas fait de victimes. Et ne donna donc lieu à aucun bilan humain de notre part.

 

Nous concevons que pour le lecteur lambda cette foire aux maquignons peut donner lieu à quelque confusion, que nous nous empressons de dissiper immédiatement :

 

  1. La nouvelle exclusive de la Ména était parfaitement exacte comme d’habitude : le Khe’l Avir a rempli sa mission en détruisant la cargaison d’armes envoyées par l’Iran au Hezbollah et en attente d’être transportées de Syrie au Liban.

 

  1. Le communiqué du ministère russe de la Défense est parfaitement controuvé, comme l’avait également annoncé la Ména en exclusivité.

 

  1. Les Iraniens qui, avec leurs supplétifs libanais constituaient la cible du raid, ont évidemment remarqué qu’il avait eu lieu. Ils n’auraient pas choisi un raid déjoué pour déclarer qu’ils ont lancé des représailles pour le venger. Cela aurait été complètement dérisoire.

 

  1. La Propagandastaffel de Khameneï a commis dans cette affaire deux erreurs d’endoctrineurs débutants : d’abord, à la place d’inventer des morts là où il n’y en eut pas, ils auraient pu prétendre venger le raid israélien qui, deux jours avant celui de Qousseir, avait fait au moins sept morts (comptabilisés par la Ména, et, plus tard, par l’AFP) dans la zone industrielle d’al Safir, à proximité d’Alep. Deux d’entre les morts au moins étaient des Pasdaran iraniens.

 

Seconde erreur, les propagandistes de la Théocratie perse aurait dû être plus attentifs à la diffusion des communiqués russes, notamment par l’indigne Spoutnik, afin de ne pas contredire le gouvernement de M. Poutine, leur demi-allié. Mais quand on est propagandiste de profession pour un régime dictatorial, on n’est pas forcément très éveillé.

 

Aux dernières nouvelles reçues de notre bureau de Beyrouth, les Iraniens, aidés des gouvernementaux syriens ont activement recherché vendredi et samedi deux corps non identifiés qu’ils auraient pu faire passer pour des miliciens libanais et/ou des Pasdaran en âge de combattre.

 

Du moins jusqu’à ce que la junte théocratique de Téhéran ne change de version. Cela s’est produit quelques minutes à peine avant l’ouverture du conseil des ministres israélien ce dimanche.

 

C’est le ministère iranien des Affaires Etrangères cette fois-ci, et non plus une soi-disant agence de presse, qui affirme désormais que "Téhéran n'est pas impliqué dans l'attaque du navire Mercer Street dans le golfe d'Oman". Dont l’Iran, quelques heures après l'incident, avait pourtant revendiqué la responsabilité.

 

"Le régime sioniste a tenté de créer un climat de terreur, ces allégations d'implication de l'Iran sont condamnées par Téhéran", a déclaré le ministère iranien.

 

Réagissant à ce changement de version, Naftali Bennett a insisté, pendant la réunion du cabinet, sur le fait qu’Israël n’était pas dupe du fait que l'Iran était coupable au-delà de tout doute sensé.

 

Depuis vendredi matin, le ministère israélien des Affaires Etrangères et son ministre Yaïr Lapid multiplient les interventions auprès des grandes puissances afin de faire condamner l’Iran au Conseil de Sécurité et que des dispositions pratiques soient également adoptées.

 

M. Lapid s'est entretenu samedi avec le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken au sujet de la réponse appropriée à l'attaque des drones iraniens. Les deux hommes ont discuté d'une réponse commune à cette agression, ainsi que de la formulation d'une action internationale plus élargie.

 

Le porte-parole du département d’Etat, Ned Price, a déclaré que "Messieurs Blinken et Lapid ont accepté de travailler avec le Royaume-Uni, la Roumanie [les pays dont les ressortissants ont été tués par les Iraniens] et d'autres partenaires internationaux pour enquêter sur les faits, fournir un soutien aux initiatives diplomatiques et envisager les prochaines étapes appropriées".

 

Aviv Kohavi, le chef d’état-major de Tsahal, vient de terminer une conversation avec son homologue britannique, le Général Sir Nick Carter pour envisager d’éventuelles mesures sécuritaires communes.

 

Ce qu’à la Ména on note avec inquiétude est que le Président Biden est nettement en retrait relativement au Secrétariat d’Etat [ministère des Affaires Etrangères] et au Pentagone [état-major U.S.] qui sont excédés par le comportement agressif de la Théocratie.

 

Dans l’entourage du Président, on a plutôt tendance à calmer les ardeurs, en avançant qu’il importe avant toute autre chose d’attendre les conclusions de l’enquête en cours pour accuser Téhéran.

 

Il semble que Joe Biden ait pris une attitude nettement négative à l’égard de Jérusalem. Ici, on est enclin à croire la version de certains observateurs selon laquelle M. Biden ne serait pas favorable aux interventions du Khe’l Avir en Syrie contre les Iraniens et leurs supplétifs. Ce qui affaiblirait considérablement notre capacité à nous défendre et encouragerait le contingent de M. Poutine à nous mettre les bâtons dans les ailes dans ce pays.

 

D’autre part, et à en juger par la mollesse de la réaction de la Maison Blanche à l’attaque contre le Mercer Street, on peut penser que le Président U.S., en dépit des humiliations que les diplomates iraniens lui font subir à Vienne et à leur obstruction indiscutable à la conclusion d’un accord, est toujours disposé à faire d’énormes concessions à la Théocratie chiite pour y parvenir. M. Biden agit comme si, pendant ce temps, la dictature cléricale ne profitait pas à grandes enjambées des temps morts que ses diplomates génèrent en Autriche pour évoluer en direction de la bombe atomique.

 

Côté israélien on œuvre afin d’exploiter l’incident du pétrolier pour faire prendre conscience à la communauté internationale que "l'Iran n'est pas seulement un problème israélien, mais un exportateur de terrorisme, de destruction et d'instabilité qui affecte le monde entier. Nous ne pouvons en aucun cas rester silencieux face au terrorisme iranien, qui porte également atteinte à la liberté de navigation et de commerce", a résumé M. Lapid.

 

En fait, les initiatives conjuguées des instances civiles et militaires du pays des Hébreux concourent à noircir (légitimement) la Théocratie perse afin de se voir exonérer de critiques en cas de frappe massive de Tsahal contre ce régime. Des frappes qui peuvent être de nature stratégique, c’est-à-dire portant atteinte à la capacité de défense de l’ennemi.

 

Ceci dit, on observe un changement important avec un ministère des Affaires Etrangères qui s’est remis à agir, indépendamment de celui du Premier ministre. Et un ministre des Affaires Etrangères qui a le temps d’intervenir diplomatiquement pour les intérêts de notre pays, et qui ne fait pas systématiquement l’impasse sur les organismes internationaux et les synergies avec d’autres Etats en dehors des Etats-Unis d’Amérique. Comme si Israël se redécouvrait un ministère des Affaires Etrangères de même que d’autres ministères. Comme si l’on redécouvrait ce qu’est un gouvernement et que l’on apprécie qu’il se soit remis à fonctionner et à travailler.

 

Nous avons vu ci et là des commentaires de nostalgiques du bibisme affirmer [totalement hors propos. Ndlr.] affirmant que la dégradation des relations avec la Russie ne serait pas intervenue si M. Netanyahu était encore Premier ministre, en raison des relations amicales qu’il avait développées avec Vladimir Poutine.

 

Cette hypothèse nous étonne beaucoup. Elle présuppose que Vladimir Poutine ne dirige pas son pays en considération des objectifs qu’il s’est fixés et des opportunités qui se présentent, mais des amitiés tissées par le Tsarévitch avec certains leaders étrangers.

 

C’est mal comprendre le mode opératoire du Président russe. Et même si c’était le cas, ce qui est une idée plus que saugrenue, ces étranges donneurs de leçons voudraient nous convaincre qu’il aurait fallu garder M. Netanyahu ad vitam aeternam à la tête de l’exécutif, simplement parce que Poutine ressentait de la sympathie pour lui, qu’il ne peut en aucun cas reporter sur ses successeurs à la tête d’Israël.

 

Ce que ces très étranges "analystes" ne conçoivent pas, c’est que si leur postulat est exact, on pourrait aussi bien annuler les élections législatives en Israël, et abolir la démocratie, en demandant simplement au Tsarévitch de choisir notre gouvernement à notre place et selon ses préférences.