Les Kurdes tiennent le choc (011110/19) Version imprimable
vendredi, 11 octobre 2019

 

 

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Par Perwer Emmal à Kobane

 

Métula, vendredi 15h00 à Kobané et à Métula, 14h00 à Paris

 

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Service cartographique © Metula News Agency

La situation militaire, ce vendredi à la mi-journée

 

Depuis hier soir, les force turques appuyées par les mercenaires islamistes de l’ex-al Qaëda sont parvenues à établir quatre têtes de pont à l’intérieur du Rojava, autour des villes de Tel Abyad et de Ras al Ayn, [points rouges sur la carte].

 

A Tel Abyad [15 000hab.], la tête de pont située à l’est de la ville s’étend sur une longueur de 6km, celle de l’Ouest sur 1km, toutes deux sur une profondeur de 2.5km. Des combats se déroulent dans la périphérie de la ville.

 

A Ras al Ayn (Serêkaniyê en kurde) [50 000hab.], dans laquelle les Turcs ne sont pas parvenus à poser le pied, la tête de pont située à l’est de la ville s’étend sur une longueur de 5km, celle de l’Ouest sur 3km, toutes deux sur une profondeur de 2km.

 

Dans les deux zones, les YPG contiennent les assauts des chars ennemis soutenus par l’artillerie et l’aviation et lancent des contre-attaques. L’objectif des Turcs étant d’encercler ces cités et de les prendre d’assaut.

 

A l’ouest de Ras al Ayn, les forces kurdes ont lancé à l’aube une violente contre-offensive qui s’est conclue par la reprise du village stratégique de Tel Halaf [carte], coupant littéralement la tête de pont turque en deux jusqu’à la frontière internationale. L’ennemi, principalement les mercenaires de l’ex-al Qaëda, ont perdu plusieurs dizaines de combattants et de nombreux véhicules blindés.

 

Lors de combats à l’est de Ras al Ayn, les ex-al Qaëda ont perdu 40 miliciens dont les corps sont en train d’être récupérés par les combattants kurdes.

 

Les Peshmergas ont en outre tendu une embuscade à des miliciens ex-al Qaëda dans la zone industrielle de Ras al Ayn, à l’est de la ville, en neutralisant 11.

 

Les deux routes menant de Ras al Ayn vers le Sud et la région de Hasaké [carte] sont solidement et totalement sous le contrôle des Peshmergas.

 

Des ex-al Qaëda qui tentaient de s’emparer de la route parallèle à la frontière à l’est de Ras al Ayn ont été repoussés, laissant les corps de 15 miliciens sur le terrain dans leur retraite.

 

Le village de Yabise, dans la tête de pont à l’ouest de Tel Abyad, a été également repris aux ex-al Qaëda par les YPG. L’ennemi compte des dizaines de morts dans la confrontation.

 

De nombreux renforts kurdes en provenance du Sud [front face à l’Etat Islamique], dotés d’armes lourdes, continuent à affluer en direction des têtes de ponts ennemies.

 

Selon des confrères journalistes, l’Armée américaine se serait déployée dans le village de Sharqraq, à 30km au sud de Tel Abyad.

 

Des avions de la Coalition internationale ont survolé hier soir et ce matin la région d’al Malikiya [carte], croisant ceux d’Erdogan.

 

L’Armée turque a par ailleurs bombardé à l’arme lourde l’église Sainte Marie dans le village assyrien de Tal Jihane.

 

Les forces ottomanes poursuivent leurs bombardements d’artillerie incessants tout le long de la frontière, y compris à l’est de Malikiya, sur la frontière avec l’Irak (nous ne les mentionnons pas sur la carte afin qu’elle reste lisible) ainsi que leurs raids aériens tout aussi ininterrompus.

 

Les attaques des Kurdes se poursuivent à partir de la poche de résistance proche d’Afrin. Elles visent les forces turques et leurs supplétifs principalement à Mari et à al Bab. L’ennemi riposte par des tirs d’artillerie. Les YPG dans la poche font planer l’hypothèse d’une offensive visant à réunir le saillant de Manbij au canton d’Afrin. Il s’agit d’une perspective TRES optimiste, mais d’une possibilité qui dépendra de l’issue des combats dans le Rojava. Jusqu’à maintenant, les forces kurdes font mieux que se défendre.

 

Il n’y a pas d’autres incursions turques dans notre territoire en dehors de celles que j’ai mentionnées dans ce compte-rendu. Ce, en dépit de plusieurs tentatives toutes repoussées par les Peshmergas et nos alliés locaux.

 

A Kobane, d’où je ne suis pas sorti depuis le début des hostilités, la situation s’est calmée et les tirs ennemis ne sont plus que sporadiques. Cela est sans doute dû au maintien dans la ville du petit détachement américain. Je me demande pourquoi les boys ne pouvaient pas faire cela tout le long de la frontière, ils auraient sans doute évité une guerre. Qu’avaient-ils à perdre ?

 

Si la situation se stabilise, demain j’irai accompagner des unités YPG sur la ligne de front, probablement à l’ouest de Tel Abyad. Ce afin de vous donner des informations plus proches des affrontements et de sonder le moral des combattants.

 

 

Développements politiques, diplomatiques et déclarations (par Ilan Tsadik) :

 

Tweet du Président Donald Trump (.@realDonaldTrump) : Nous avons vaincu 100% du califat ISIS et n'avons plus de troupes dans la région attaquée par la Turquie en Syrie. Nous avons parfaitement fait notre travail. La Turquie attaque les Kurdes qui se battent (entre eux) depuis 200 ans.

 

Hier, au Conseil de Sécurité, la motion condamnant l’agression turque n’a pas pu être adoptée en raison de l’opposition (veto) des Etats-Unis et de la Russie.

 

Le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahou a condamné l'invasion de la Turquie dans le nord de la Syrie et a déclaré qu’Israël fera tout ce qui est en son pouvoir pour fournir une aide humanitaire au peuple kurde.

 

Des centaines de réservistes de Tsahal ont envoyé une pétition à Binyamin Netanyahu et au chef d'état-major de l'armée israélienne, le Lieutenant-Général Aviv Kokhavi, leur demandant d’intervenir afin d’empêcher les atrocités commises par la Turquie contre les Kurdes.

 

Ils ont écrit, en substance, que "nous, Israéliens et Juifs, ne devons pas rester inactifs lorsque nous voyons une autre nation abandonnée par ses alliés et laissée sans défense" [lire la totalité de la pétition en anglais].

 

Quelques dizaines de réservistes israéliens n’ont pas attendu la réponse à cette pétition et ont gagné le Rojava par leurs propres moyens. Il y ont rejoint des soldats d’autres armées amies qui donnent un "coup de main" aux Kurdes. Certains membres de cette brigade internationale ont déserté les contingents de la Coalition Internationale pour rejoindre les YPG.

 

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