Les vœux de la Ména pour 2017 (info # 010101/17) Version imprimable
samedi, 31 décembre 2016

                                                                                                                      

© Metula News Agency

 

Stéphane Juffa à Métula, rédacteur en chef et analyste stratégique

 

En lisant les vœux de cette année, on ne peut qu’apprécier la diversité des sujets traités par nos journalistes, l’éventail de leurs points de vue, leur authenticité, et leur familiarité avec la réalité dont ils parlent. Et surtout, la passion commune qui les anime, celle d’informer le plus honnêtement possible, comme si le fait de savoir et de répandre la connaissance pouvait atténuer les malheurs du monde.

 

Une année de plus avec un cadre de journalistes inchangé, entre ceux qui s’expriment chaque semaine et ceux qui ne le font que deux ou trois fois l’an ; mais qu’à cela ne tienne, ils ont chacun leur rythme, ils sont bourrés de talent et leur curiosité est intacte.

 

Un an supplémentaire, sans la moindre querelle entre personnes, n’en déplaise à ceux qui pensent que la multiplicité des opinions pourrait surpasser notre amitié. C’est le contraire qui est vrai, nous sommes le reflet de la société et des courants contradictoires qui la parcourent, ce qui fait que le politiquement correct et la pensée unique ne sont pas crédibles, et qu’à la Ména, ils ne sont pas même envisageables.

 

Le monde bouge, à part une ou deux exceptions, nos journalistes sont pessimistes pour 2017. Le 20 janvier, un tsunami est attendu sur la planète avec l’intronisation de Donald Trump. Celui dont les media et les instituts de sondage disaient qu’il n’avait aucune chance de remporter les présidentielles américaines. Quelle sera sa politique étrangère ? Annulera-t-il réellement l’accord avec l’Iran ? S’entendra-t-il avec Poutine ? Quels seront ses rapports avec le gouvernement Netanyahu, avec les Palestiniens, et quel accueil les dirigeants sunnites lui réserveront-ils ?

 

Barack Obama et François Hollande, après leurs chants du cygne, s’effaceront rapidement dans les oubliettes de l’histoire. Le monde va incessamment tourner une nouvelle page de son livre, pleine d’inquiétudes et de promesses à la fois. Et nous serons là, pour vous narrer et vous commenter sans enfumage les péripéties de ce changement radical ainsi que son impact sur le terrain moyen-oriental.

 

Alors, las des craintes que rien ne saurait apaiser, je vous promets que la vie en 2017 va rester passionnante, comme elle n’a jamais cessé de l’être. Soyez en bonne santé, vivez, aimez, piaffez, vibrez et restez ouverts et attentifs !

 

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Michaël Béhé à Beyrouth (analyste politique, chef du bureau libanais de la Ména)

 

Nous avons enfin un président, Michel Aoun. Mais il est l’allié du Hezbollah, et il est imprévisible et imbu de lui-même et de ses pouvoirs. Et nous avons un Premier ministre sunnite, Saad Hariri, dont le père a été assassiné par le Hezbollah. Rien, ou presque, n’a donc changé dans les données de base de la quadrature du cercle libanais.

 

On se parle, mais c’est pour écouter les menaces et les diktats de la milice chiite qui nous tient par les oreilles et qui reçoit elle-même ses ordres de Téhéran – dont celui, récurrent, de piétiner le Liban et ses velléités d’indépendance.

 

Si les chrétiens et les sunnites, qui représentent à eux deux soixante-cinq pour cent de la population, acceptent le statu quo et le grignotage de leur pays, c’est à cause des armes et de l’organisation supérieure des chiites.

 

Ils ont phagocyté l’Armée et lui ont pris les meilleures armes fournies par l’aide étrangère, principalement les USA, l’Arabie Saoudite et la France. Barack Obama ment lorsqu’il prétend le contraire : il y a même des chars Abrams qu’il a fournis au gouvernement chiite irakien et qui se retrouvent au service des Hezbollanis.

 

Mais c’est l’intervention de Vladimir Poutine qui a brisé l’équilibre et tué l’espoir. Avant l’arrivée de ses avions à Lattaquié [Syrie], Assad était à genoux et Nasrallah vivait dans la crainte de se voir submerger à Beyrouth. Désormais, ils ont pris Alep et ils marchent sur Idlib.

 

La majorité des Libanais prie afin que la guerre se poursuive chez nos voisins et que les sept à huit mille miliciens du Hezb restent nécessaires là-bas. Car lorsqu’ils rentreront, il ne sera plus question de politique, les chiites préparant une refonte complète du système représentatif libanais. Ensuite, il y a la grande peur qu’ils ne s’attaquent à Israël, ce qui provoquerait, nous en sommes conscients, la destruction du pays aux cèdres. Vu d’ici, ce ne sera pas pour 2017, mais ce n’est qu’un répit. Je nous souhaite des jours meilleurs, mais je n’y crois pas beaucoup.

 

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Sylvie Tobelem en Israël (1ère assistante de rédaction)

 

Nous avons eu deux soucis en 2016. Vers la fin de l’année, nous avons connu quatre pannes du système de gestion des activités de l’agence et de diffusion de nos articles. Ces problèmes sont dus au vieillissement de nos algorithmes et à l’évolution des langages de programmation informatique ; les nôtres sont en place depuis 2007, ce qui est déjà ancien dans ce domaine très pointu. Nous préparons un système radicalement neuf, qui devrait être inauguré à l’été ou à l’automne de la nouvelle année.

 

Ce qui m’amène à mon second souci : le non-paiement des abonnements de plusieurs milliers de lecteurs réguliers. Souvent les mêmes qui se plaignent des nouvelles biaisées et médiocres proposées par les autres media. J’avoue avoir du mal à saisir cette contradiction, sachant que, pour les lecteurs privés, l’abonnement coûte 5 euros par mois (prix inchangé depuis 2002).

 

Nous aurons cependant besoin d’une plus grande adéquation au contrat de confiance qui nous lie pour monnayer le nouveau système et réaliser nos projets. Parmi eux, notre chaîne TV d’information continue – qui avance, mais plus lentement que prévu.

 

J’adresse à nos lecteurs, à nos rédacteurs et aux abonnés absolument charmants avec lesquels je communique par mail mes plus chaleureux vœux de santé et de succès pour 2017. 

 

 

Perwer Emmal (correspondant aux Kurdistans syrien et turc)

 

Cela va faire bientôt trois semaines que les Turcs et les Kurdes, ainsi que leurs alliés respectifs, ont cessé de se battre dans le Rojava. Plus un tir, plus une offensive, plus un bombardement d’artillerie ni aérien.

 

Les Kurdes observent, à 5km de distance, les Turcs tenter péniblement de déloger les miliciens du Califat Islamique d’al Bab et de Qabasin, où les combats font des milliers de morts.

 

C’est la "Pax Poutina". Il ne lui aura fallu qu’une attaque aérienne visant le contingent turc, quelques dizaines de tués et de blessés dans leurs rangs, pour faire entendre raison à Erdogan. Et encore, les avions qui ont mené le raid étaient des appareils d’entraînement, des L-39 Albatros, de fabrication tchèque, qui n’ont rien à voir avec la capacité destructrice des Mig ou des Soukhoï. Ils arboraient les insignes de l’Armée de l’Air syrienne, mais tout le monde au Moyen-Orient sait pertinemment que les avions d’Assad sont pilotés par des Russes.

 

Depuis, Vladimir Poutine a dicté sa loi aux Turcs et aux Kurdes : cessation des combats entre eux, gel complet de la progression des Peshmerga de l’Est et de l’Ouest en vue de réaliser la continuité du Rojava (les deux forces kurdes ne sont plus distantes que de 14.8 kilomètres l’une de l’autre), et interdiction faite aux Turcs de poursuivre leur incursion en Syrie au-delà de la route Manbij-Alep.

 

Les combattants des YPG, les Yekîneyên Parastina Gel, ou Unités de Protection du Peuple sont évidemment frustrés mais aussi soulagés, car les bombardements de l’Aviation turque faisaient des ravages dans les rangs kurdes. Cette trêve imposée leur permet de se reposer et surtout de se réarmer.

 

Mais, après que les Occidentaux les ont lâchement laissé tomber lorsqu’ils avaient le plus urgent besoin d’eux, les YPG ont cessé complètement leur progression vers Raqqa.  Il y a un mois, ils constituaient encore la force terrestre de la coalition occidentale. Depuis trois semaines, ils n’ont pas avancé d’un mètre et personne n’évoque plus la prise de la capitale de DAESH en Syrie.

 

Quant à Recep Erdogan, il ne voulait pas affronter seul l’Armée russe. Depuis, il feint d’être leur meilleur allié. A la lumière de cette explication, on comprend mieux le mobile de l’assassinat de l’ambassadeur russe, Andreï Karlov, dans une galerie d’art à Ankara, par un sympathisant du Califat : les Peshmerga "neutralisés", les soldats du Sultan peuvent désormais se concentrer sur un seul ennemi. Toutes les violences ont toujours une cause.

 

Le statu quo n’est pas définitif, mais personne ne sait combien de temps il va durer. Les Kurdes n’ont jamais été si près de réaliser leur rêve et personne ne leur tire dessus. A écouter les chefs de YPG, la réunification du Rojava n’est toutefois qu’une question de temps. Mais de combien de temps ?

 

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Olivier Katz à Jérusalem (rédacteur-relecteur)

 

L’année 2016 ne sera pas à marquer d’une pierre blanche pour Israël.

 

Même si, in situ, les actes de terrorisme régressent et leur non-traitement par les media en atténue encore l’impact ; même si l’expansion de l’islamisme conquérant et l’exacerbation corollaire de la violence qui en résulte obligent les Etats européens à faire appel aux méthodes et au matériel israéliens ; l’Etoile de David est bien seule dans le ciel planétaire.

 

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Mais si cet équilibre, auquel, finalement on peut s’habituer, est rompu par l’homme le plus puissant de la planète, Barak Obama, le Brutus du XXIème siècle, la position devient difficile à tenir.  Outre son refus d’intervenir à temps en Syrie contre le régime d’Assad malgré la ligne rouge qu’il avait lui-même fixée, il avait soutenu envers et contre tous les Frères Musulmans en Egypte, mais surtout, avait donné à l’Iran un blanc-seing sur ses activités nucléaires, transformant le pays des Ayatollahs en puissance régionale. Le dernier vote de l’ONU sur les « colonies » israéliennes restera comme le coup de poignard dans le dos d’Obama à son « ami » de 10 ans. L’ère Trump qui s’ouvre aura du mal à être plus défavorable à Israël.

 

Je vous souhaite à tous une bonne année 2017, pleine de réflexions et d’analyses, loin des clichés mainstream.

 

 

Roger Bismuth à Tunis

 

Une fois de plus, je me félicite de la précision et de la clarté des analyses proposées par mes camarades rédacteurs. J’apprécie la qualité de ce qu’ils proposent, ainsi que leur large déploiement géographique et la parfaite maîtrise des sujets qu’ils couvrent.

 

La Ména est aujourd’hui la source de référence en matière de politique internationale, de stratégie et de ses fameuses "breaking news", qui nous informent le plus souvent bien avant tous les autres media, et beaucoup plus distinctement, des évènements qui secouent notre planète.

 

Je forme mes vœux pour qu’ils persistent dans leur démarche en 2017, sans se soucier de la pensée unique de leurs concurrents convenus. Notre agence est désormais la seule à ne pas fabriquer ni diriger l’information, mais, au contraire, à la rapporter et à l’analyser. Sans haine et dans la diversité. Tout cela n’est pas peu dire.

 

 

Guy Millière à Las Vegas (analyste politique, expert en économie)

 

Mes vœux pour l’année 2017 sont très simples, dès lors qu’une mutation majeure aura lieu aux Etats-Unis dans quelques jours : que Barack Obama, le pire ennemi des Etats-Unis, d’Israël et du monde libre en général, disparaisse au plus vite des écrans de télévision et des sphères de pouvoir : les huit années écoulées ont été longues et accablantes. 

 

Et que Donald Trump réussisse dans l’entreprise de redressement qu’il va mettre en œuvre et dans sa volonté de faire reculer et de vaincre l’islam radical.

 

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Pour ce qui concerne Israël, mes vœux seront simples aussi : que Binyamin Netanyahu et le gouvernement israélien restent fermes et déterminés, maintenant qu’une administration amie va être en place à Washington, qu’ils continuent à accueillir avec mépris tout ce qui vient des Nations Unies, ce club de dictatures islamiques ou pro-islamiques et de pays se conduisant en dhimmis, qu’ils ignorent les bourdonnements épuisés et nauséabonds émanant d’une Europe décadente, épuisée et qui redevient antisémite, et qu’ils accueillent avec joie le fait que la prochaine ambassade des Etats-Unis sera enfin à Jérusalem, capitale éternelle et indivisible d’Israël.

 

 

Jean Tsadik à Métula (analyste stratégique, expert militaire)

 

La situation militaire d’Israël est plutôt satisfaisante à l’orée de la nouvelle année : au niveau macro, l’Iran n’est pas encore en état de s’opposer à nous dans une guerre sophistiquée, et tous les autres Etats de la région sont devenus nos alliés contre les ayatollahs, à l’exception de la Syrie. Mais Assad a perdu 70 % de sa puissance de feu et son pays est exsangue et détruit.

 

La menace est à peine plus conséquente au plan micro : le Hamas n’est pas en mesure de déclencher une nouvelle guerre dans le Sud, même si un jour ou l’autre on n’y échappera pas et s’il faudra en finir avec cette menace permanente. Le Hezbollah, tant que la présence de ses unités d’élite en Syrie est requise, ne peut rien faire non plus. Au-delà, si, grâce à l’aide des Russes, al Assad gagne finalement la Guerre Civile, la milice chiite et son mentor iranien sont conscients que s’ils nous agressent à partir du Liban, un conflit très dur s’ensuivra, qui se terminera par l’éradication complète des supplétifs de Khamenei.

 

Ceci dit, il est préférable, tant que faire se peut, d’éviter les guerres et leur cortège de victimes et de destructions. D’autant plus que l’accession de Donald Trump à la présidence, même si tout le monde ignore l’impact exact qu’elle aura, pourrait résoudre un certain nombre de problèmes en évitant des carnages. On attend avec impatience de voir s’il annulera les accords avec l’Iran et rétablira les sanctions, ce qui donnerait un coup de frein à l’appétit expansionniste des ayatollahs.

 

Le risque principal, même s’il est modéré, consiste en une victoire de l’Axe du mal en Syrie, suivi d’un déploiement d’une mouture Iran-Hezbollah sur le Golan. Mais, privés du soutien de Poutine – qui ne leur sera pas accordé contre Israël -  ils ne feraient pas le poids face à Tsahal.

        

En 2017, à moins d’une grosse surprise – toujours possible dans une région instable où les armes ne cessent de tonner -, Israël passera, d’un point de vue militaire, une année relativement tranquille.

 

Le pays devra continuer à faire face à l’Intifada des couteaux, mais celle-ci finira par s’essouffler ; son déclin a déjà commencé. En ce début d’année, je préfère penser à la mobilisation spontanée de mes compatriotes en faveur des malades et des blessés syriens. Une telle démonstration d’humanité me met un peu de baume au cœur.

 

 

Claude Berger à Paris (essayiste, romancier, poète et musicien)

 

Au seuil d’une année, nous reprenons le cri de la résistance juive : « nous sommes là ! » au sein d’un monde aléatoire. L’antisionisme y est le prolongement de l’antisémitisme, resté sans analyse. La haine du « peuple de trop » a engendré la haine du « pays de trop ». Cette haine finale sévit en France, où elle tente d’installer un boycott des produits d’Israël et, de façon insidieuse, d’une présence juive qui remonte à l’Antiquité.

 

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Mais, signe d’espérance, des Français de plus en plus nombreux, conscients de la menace islamiste, comprennent enfin ce fait simple : à sa naissance, le soi-disant « conflit israélo-palestinien » fut la première manifestation de l’islamisme. Le refus du fait juif dans le monde arabo-musulman, refus culturel, n’était que la manifestation inconsciente d’un refus cultuel qui a fini par s’affirmer comme tel. Cette mise en lumière des matrices culturelles qui façonnent les peuples éclaire la prodigieuse vitalité d’Israël pour inventer une société nouvelle.

 

Moses Hess, que Herzl considérait comme le plus grand penseur juif après Spinoza, l’avait prédit : nous vivons un antagonisme entre la pensée de Rome sécularisée et celle, culturelle, de Jérusalem, et nous y ajouterons un antagonisme avec la pensée de La Mecque sous ces deux formes.

 

 

Fayçal H. à Amman (informateur-relais)

 

Ce dont nous parlons dans ces colonnes depuis de nombreuses années est désormais connu de tous : il existe une coalition entre les grands Etats sunnites et les Israéliens. Et encore, si nous avions la possibilité de révéler les informations que nous connaissons quant à l’étendue de cette alliance, les chaussettes de certains en tomberaient.

 

La volte-face de l’Egypte, qui a retiré son projet de résolution au Conseil de Sécurité à la demande de Jérusalem, illustre mieux que tout autre argument les changements qui sont intervenus.

 

Il faut comprendre l’urgence de la situation : pour les sunnites, tous les sunnites, la perte d’Alep constitue une défaite cinglante. Un grand nombre des défenseurs de la ville étaient, par exemple, financés et entraînés par les Saoudiens.

 

Ryad, Amman, le Caire et les Etats du Golfe considèrent que l’Irak et la Syrie sont gouvernés par l’Iran, à quelques nuances près. Ils considèrent donc qu’ils ont désormais une frontière commune avec la théocratie perse, et ils se préparent activement à la guerre.

 

Si la dynamique engendrée par l’accord entre les 5+1 et l’Iran sur le nucléaire se poursuit, il est certain que cette guerre aura lieu, car Téhéran va récupérer ses milliards bloqués, se remettre à exporter du pétrole et sortir de son isolement. Dans cette constellation, le seul partenaire sur lequel les sunnites peuvent compter – parce qu’il partage les mêmes préoccupations et dispose de la technologie et du savoir-faire militaires –, c’est Israël. Nous avons besoin de ses conseillers, de ses pilotes, de ses drones et de son renseignement.

 

Dans les Etats sunnites, Barack Obama est cordialement détesté pour la politique de rapprochement qu’il a menée avec l’Iran, doublée d’une stratégie d’éloignement et d’hostilité à l’encontre des Arabes, voir l’embargo de certaines armes visant l’Arabie Saoudite et la coalition sunnite au Yémen – et, avant cela, pour le soutien qu’il avait procuré aux Frères Musulmans en Egypte, sans lequel ils n’auraient jamais pu s’emparer du pouvoir.

 

Les sunnites espèrent beaucoup du changement de gouvernance à Washington. Mais ils savent que la présidence de Trump sera limitée dans le temps et craignent le retour, par la suite, des pygmalions d’Obama. Ils ont aussi perdu toute confiance dans leurs ex-"amis" européens et sont en train de durcir les conditions auxquelles ils leur fournissent du crédit pour soutenir leurs économies. Certains pays comme la France, qui sont pratiquement dépendants de ces prêts, vont passer une année 2017 difficile.

 

Dans le même temps et pour la première fois, la monarchie sunnite minoritaire à Bahreïn a célébré Hanoukka en dansant avec des Juifs religieux à Manama. Et Dieu seul sait à quel point les al Khalifa [les monarques de Bahreïn. Ndlr.] détestaient les Israélites, il y a moins de dix ans de cela.

 

 

Ferit Ergil (Correspondant de la Ména à Istanbul)

 

« Paix dans le pays, paix dans le monde ». Telle était la devise de Kemal Atatürk qui fonda la République turque laïque, ouverte sur l'Occident, en 1923. Et tels sont mes vœux les plus chers pour l'année à venir. En cette fin d'année 2016, la Turquie se trouve enfoncée dans la guerre et la violence.

 

L'Armée était naguère garante des institutions républicaines et de la laïcité. Elle est aujourd’hui affaiblie par le putsch raté de Juillet 2016, qui tourna à la mascarade et servit les desseins du Président néo-sultan.  Elle s’est embourbée dans une guerre meurtrière aux frontières et en Syrie, où la politique extérieure turque, après maintes volte-face, se trouve dorénavant dans les mains de Poutine après l'assassinat de l'ambassadeur russe.

 

Purges et arrestations massives, dignes de la Russie de Staline – ou de l'Allemagne des années 30 qui servent de modèle, selon ses propres mots, au nouveau système présidentiel que veut mettre en place Erdogan.

 

Telle est la triste réalité d'aujourd'hui. La chasse aux sorcières, avec ses « têtes de turcs » – Kurdes, députés d'opposition, journalistes démocrates, « gülenistes » anciens alliés du pouvoir, tous taxés de terrorisme, ne souffre aucune exception, à part les inconditionnels du néo-sultan. La Turquie tourne le dos à l'Occident et à ses valeurs. Le tableau est sombre. Mais, comme le dit un proverbe en ladino, « la noce eskuro es para maneser aldia » , les jours lumineux succèdent aux ténèbres.

 

 

Philippe Bercovici à Bruxelles (dessinateur de BD, auteur des illustrations de ces vœux)

 

Je souhaite à tous les lecteurs de la Ména une année pleine de bonnes choses. Il est admis, semble-t-il, que 2016 a été une année néfaste sur le plan des nouvelles internationales comme sur le plan des morts célèbres.

 

Les records étant faits pour être battus, je souhaite que 2017 ne soit pas pire à ces égards. C'est un lieu commun que de dire qu'une période d'incertitude s'ouvre... Obama s'en va, et c'était un peu la brute de la cour de récré, mais on y était habitué, non ?

 

De nouveaux dirigeants se profilent dans le monde, du moins là où il y a des élections. Qui remplacera les anciens ? Le populisme est-il en train de prendre le pouvoir ? Faudra-t-il à nouveau être un expert en histoire, en géopolitique et en droit international pour soutenir une discussion sur Israël ? Sur ce dernier point, j'ai peur que oui.  Heureusement qu'il y a, grâce à notre agence de presse préférée à laquelle j'ai à nouveau l'honneur de collaborer, des arguments à notre disposition.

 

Bonne année 2017.

 

 

Raphaël Delpard en France (cinéaste, historien, écrivain)

 

Obama est indigne de recevoir mes vœux.

 

Année après année, dans la dernière ligne droite qui va de Noël au 31 décembre, il est d’usage de proposer des vœux à ceux que l’on aime et même à ceux que l’on ne connaît pas.

 

A la Ména, notre délicieux patron tient à ce que les scripteurs qui, durant l’année, versent leur savoir aux lecteurs attentifs ou font part de leur analyse de la situation internationale, offrent le bouquet de leurs vœux.

 

Je m’étais apprêté à me soumettre à ce rituel avec plaisir et, je l’espère, malice, lorsque brusquement ma main fut bloquée par une information. Le vote à l’ONU contre Israël, initié par des États, dont je me suis demandé ce qu’ils pouvaient reprocher aux Israéliens. Il ne m’a pas fallu attendre longtemps pour comprendre qu’ils étaient manipulés par le Président américain sortant Obama et par le Juif honteux Kerry [De lointaine origine mosaïque. Ndlr.]. Obama voulait, avant de quitter le bureau ovale, donner un dernier coup de pied à ce petit Etat qui lui a tenu tête sur l’accord Iranien et sur d’autres sujets.

 

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Devant l’absurdité de cette résolution, et surtout, devant le danger qu’elle représente pour l’avenir, en d’autres temps, l’Administration américaine aurait mis son véto. Cette fois, de manière à partir en beauté, Obama a voulu planter le poignard entre les omoplates des Juifs et des Arabes israéliens et ouvrir grande la porte aux prochains assassinats. Il quittera donc la Maison Blanche en ayant lancé la troisième Intifada. Comment, dès lors, avoir envie de proposer des vœux de paix et de concorde quand le président de la plus grande puissance mondiale se comporte comme un voyou et un criminel ?

 

Alors, je ne souhaite pas à Monsieur Obama une bonne année. Je demande aux puissances célestes qu’elles l’accablent des maux les plus terrifiants, dont des coliques à répétition. Qu’il passe sa vie assis sur le siège des toilettes ! Comme l’être piteux qu’il est !

 

En revanche, je réserve mes vœux d’amitié au peuple d’Israël, qui, dans son étonnante diversité, poursuivra son destin entamé depuis 1948 sur le chemin de la paix et de la concorde. Un autre vœu encore, même si je n’y crois pas : que la bêtise meure définitivement en 2017 !

 

 

Patricia La Mosca à Paris (journaliste généraliste, enquêtrice, chroniqueuse juridique)

 

Pour la plupart des habitants de Paris intra-muros, le 93 ce n’est pas Paris et les territoires perdus de la République ne sont pas en France. Ils ont tort, tort de faire l’autruche.

 

Je continue de m’y rendre chaque semaine et pour trois raisons : parce qu’eux n’y vont jamais, parce que c’est là que se trouve notre plus sérieux problème, et parce que cette cohabitation à distance me passionne.

 

Mais ce que j’y vois n’a rien à voir avec l’image d’Epinal que nos leaders politiques tentent de nous imposer. L’ "islam de France", les habitants de ces quartiers ne savent pas ce que c’est ; je me vois répéter sans cesse que la Terre entière appartient à l’islam, ce qui fait que la France, ils n’en ont rien à faire. Pire, elle n’existe pas pour eux.

 

Les avis divergents existent, certes, mais ils sont anecdotiques, principalement parce qu’ils n’ont pas voix au chapitre, sous peine de se voir sérieusement malmener ou que l’on brûle leur voiture.

 

La police est abattue, elle a pour consigne de se taire et de rester discrète.  Dans certains secteurs que je fréquente, un flic en uniforme risque tout simplement sa peau. On y vit dans un environnement créé par les imams, officiels ou improvisés, et les trafiquants de drogue, qui font très bon ménage. La drogue n’y est pas un crime, la faute c’est de se faire attraper – ce qui arrive de moins en moins souvent, grâce à un système de guetteurs très au point. Les officiers de police qui rompent l’omerta se font immédiatement remettre au pas, ou même congédier sans autre forme de procès.

 

Merah, Coulibaly et les frères Kouachi sont des héros, des exemples à suivre. Les valeurs sont toutes inversées.  Les femmes vivent au Moyen-Age.  Chaque semaine, je dois déployer des prodiges de psychologie pour ne pas me faire agresser ou violer.

 

Ceux qui s’imaginent que les habitants vivent dans la contrition ou la repentance face aux actes de terrorisme islamiste ignorent absolument ce qui se passe ici. La colère et le sentiment de puissance enflent de mois en mois : c’est cela, la réalité.

 

Et je n’ai pas une once de racisme dans les veines, étant moi-même une ritale de troisième génération, mais qui garde les yeux ouverts. Que personne ne tente de me ficher politiquement, je ne suis pas bleu-Marine !

 

Le danger ne vient pas d’un quelconque risque de révolution ou de prise de pouvoir, mais du fait que des millions de Français constituent un réservoir désormais inépuisable pour les actions terroristes et les coups de main contre les forces de l’ordre. Avec un appétit terrifiant pour la barbarie.

 

Pas besoin d’être un prophète, lorsque l’on côtoie cette réalité, pour prévoir que les activités terroristes vont encore se multiplier et se radicaliser en 2017.  Le gouvernement et les media lamentables qui nous restent vous cachent la vérité sur la férocité de ce qui s’est passé au Bataclan, mais ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. On considère que vous n’êtes pas capables de connaître toute la vérité et que ce serait nuisible à l’ordre public.

 

Dans le 93, on compte 30 % de personnes issues de l’immigration. Dans plusieurs communes, la proportion dépasse les 40 %, comme à Aubervilliers, la Courneuve et Clichy-sous-Bois. Votre problème ne vient pas de ce qu’ils sont majoritairement musulmans mais de ce qu’ils appartiennent à un autre monde, nourri par l’appel expansionniste de l’islam, et que ce monde vous hait.

 

Organiser dans quinze jours une conférence pour la paix au Moyen-Orient, vu d’ici, est une aberration. Mais la pusillanimité de nos politiciens et leur inconscience sont telles, que la seule chose qui les intéresse est leur bulletin de vote en avril. Il vaudrait mieux organiser d’urgence des états généraux sur la situation des banlieues. Mais nous n’en sommes déjà plus capables. 

 

 

Jean-Claude Zerbib (ingénieur atomiste, spécialiste des questions nucléaires)

 

L’inquiétant paysage nucléaire de 2016

 

L’année 2016 a été marquée, dans le domaine militaire, par deux explosions nucléaires souterraines effectuées par la Corée du Nord (RPDC)1 et dans le domaine civil, par la confirmation d’anomalies graves relatives à des éléments métalliques massifs de réacteurs nucléaires français (cuve et générateurs de vapeur).

 

La Corée du Nord

 

La volonté de bâtir le nucléaire militaire de la Corée du Nord par la "dynastie des Kim", remonte à un demi-siècle, avec un parcours qui présente des analogies avec celui de l’Iran. Un programme officiel qui connait plusieurs épisodes clandestins. Après avoir autorisé l’AIEA à visiter le site où son premier réacteur a été installé (1962), la Corée du Nord en construit un second, puis un 3ème, clandestinement, qui sera découvert en 1985. Des étapes nécessaires permettant la production de plutonium avant de développer une arme, sont franchies grâce à Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe pakistanaise (1998), qui a fourni à la Corée du Nord comme à l’Iran ainsi qu’à Kadhafi, les plans d’une arme nucléaire. Comme l’Iran, la RPDC va mener parallèlement à son nucléaire militaire un programme de missiles balistiques. La RPDC va surprendre le monde entier en lançant, en 1998, une fusée porteuse d’un satellite, quelques années avant de procéder à son premier tir nucléaire souterrain.

 

C’est le 9 octobre 2006, que la Corée du Nord procède à son premier essai nucléaire. Une bombe de très faible puissance : moins de 1 000 tonnes de TNT, soit environ 14 fois plus faible que celle lancée sur Hiroshima le 6 août 1945. C’est la détection par les Etats Unis d’un séisme de magnitude 4,3, qui a permis d’évaluer la puissance de cette bombe atomique à fission. En 2009 et 2013, deux autres tirs souterrains ont été réalisés. Les relevés sismologiques ont confirmé la nature de ces tirs de faible puissance (2 à 9 kilotonnes).

 

Le 6 janvier 2016, la télévision nord-coréenne annonçait que « Le premier essai de bombe à hydrogène de la République a été mené avec succès », en précisant que l’engin était miniaturisé. Informations d’importance si elles étaient vraies. Une bombe H ou bombe thermonucléaire repose sur la technologie de la "fusion". Il s’agit d’une réaction physique où les noyaux atomiques de deux isotopes de l’hydrogène fusionnent pour constituer un nouveau noyau éphémère plus lourd, et dégager une énergie considérable. Mais pour réaliser la fusion, il faut atteindre des températures extrêmes qui se mesurent en millions de degrés, que l’on obtient avec une réaction initiale de fission. Une bombe qui a pour allumette une bombe à fission n’est pas à la portée de tout le monde. Ce serait donc un grand pas technologique réalisé par la Corée du Nord.

 

Mais un grand nombre d’experts pensent que c’est un bluff. Les sismologues ont bien détecté un séisme de magnitude 5,1 près du principal site d’essais nucléaires, proche des tirs précédents, ce qui correspond à une puissance bien trop faible (6 à 8 kilotonnes) pour être celle d’une bombe thermonucléaire.

 

Le 9 septembre 2016, la RPDC réalisait un 5ème tir, le plus puissant réalisé jusqu’alors (8 à 10 kt). Il s’agissait surtout pour la RPDC de fêter à sa manière les 68 ans de sa fondation. La secousse de magnitude 5,3 a été détectée par une agence japonaise et un institut géologique américain. Avec deux tirs nucléaires réalisés en 2016, il semble que cette activité nucléaire militaire se soit accélérée avec l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un, le dernier de la dynastie.

 

La situation du nucléaire en France

 

Suite à la détection d’une anomalie sur la cuve d’un réacteur de puissance en construction en Normandie (l’EPR de Flamanville), l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), le gendarme du nucléaire en France, a demandé en avril 2015 à AREVA, l’industriel responsable de la construction du réacteur, de réaliser une revue de la qualité de la fabrication dans son usine de Creusot Forge. Ce n’était que le point de départ de la découverte de nombreuses anomalies concernant plusieurs des 58 réacteurs du parc nucléaire français.

 

En mai 2016, les contrôles mettent en évidence des irrégularités dans le contrôle de fabrication d’environ 400 pièces, forgées2 depuis 1965 par l’usine du Creusot, dont une cinquantaine serait en service sur le parc électronucléaire français.

 

Le 16 juin 2016, le gendarme du nucléaire revoit ses premières estimations à la hausse. Ce n’est plus une cinquantaine, mais 80 pièces de générateurs de vapeur (GV), de cuves ou de tuyauteries du circuit primaire principal, dont la non-correspondance aux normes est suspectée3 et qui doivent faire l’objet d’un contrôle. Cette suspicion concerne plus d’un tiers des réacteurs du parc nucléaire français (21 sur 58). Des pièces suspectes ont également été identifiées sur l’EPR de Flamanville en cours de construction, notamment la cuve déjà installée.

 

Le 23 septembre 2016, l’ASN publie la liste des 88 irrégularités découvertes (20 concernent l’EPR de Flamanville) et poursuit l’analyse de l’impact sur la sûreté des réacteurs concernés. Si, pour 23 cas, les écarts à la norme identifiés ne remettent pas en cause la sûreté des équipements concernés, le réacteur Fessenheim 2 est mis à l’arrêt du fait d’une anomalie concernant un GV.

 

Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire a déclaré que les anomalies détectées dans les dossiers de fabrication de pièces nucléaires forgées s'apparentent à des falsifications. Les vérifications ne sont pas terminées, aussi le dossier n’est pas clos.

 

Une tache noire pour le nucléaire en France.

 

Qu’il s’agisse du nucléaire militaire ou civil, l’année 2017 n’est pas porteuse d’espoir.

 

 

Notes :

 

1Appellation qui recouvre la RPDC, République Populaire et Démocratique de Corée.

 

2Dans ces pièces métalliques épaisses de 20 cm, forgées, circule de l’eau sous pression (150 kg/cm²) à 320°C. Ces conditions sévères de fonctionnement conduisent à établir des critères de fabrication visant à garantir la sûreté de la tenue de ces équipements

 

3Les anomalies portent sur la présence d’une concentration en carbone élevée de pièces épaisses, forgées et soudées. Cette teneur réduit la tenue aux chocs mécaniques et thermiques

 

 

Ilan Tsadik en Israël (journaliste, reporter, journaliste sportif)

 

En 2016, la Guerre Médiatique que livre la presse française à Israël est encore montée en puissance. Les mentions de "colons" et de "colonies", de "territoires palestiniens occupés depuis 1967", les citations dévoyées de Tsahal, de la Police et du gouvernement, et les falsifications historiques sont devenues la norme. On les retrouve dans TOUS les media de l’Hexagone, et ceux qui n’emploient pas ces expressions frelatées sont aussitôt soupçonnés d’être des agents du Mossad, des sympathisants de la Ména, ou pire (si c’est possible), des Juifs communautaristes, que même le candidat des Républicains à la course à l’Elysée s’est mis à fustiger.

 

Le pont est fait, tant pis pour ceux qui prétendaient que le pouvoir n’était pas antisémite et qu’il fallait le distinguer de l’intelligentsia parisienne dépravée. Le voilà qui s’entête à faire fustiger Israël en public, et à organiser au printemps une conférence internationale pour nous obliger à nous suicider.  Elle n’aura pas lieu, grâce à Trump.

 

Brrr… fait pas bon être un Juif en France, l’hiver se présente aussi rigoureux qu’en 1942. Avez-vous vu et entendu les candidats à la présidence ? Faites votre choix, m’sieurs dames, entre les damnés du pognon arabe et les damnés de la Terre, version XIXème siècle. Entre nous et ces lignes, le seul candidat (s’il gagne les primaires de la gauche) que je crois dénué d’antisémitisme est Manuel Valls.  Il a eu l’occasion de le prouver pendant les moments où c’était le plus difficile, mais ne répétez pas ce que je viens de vous dire !

 

Par ailleurs, et c’est nettement plus important que la Guerre Sémantique, on a retrouvé un grand club de football avec Hapoël Beer Sheva. Le 23 février, les "Chameaux", c’est leur surnom, se rendront dans le chaudron de Besiktas, le champion de Turquie, dans le cadre de l’Europa Ligue. Le déplacement est aussi périlleux que pour rencontrer le F.C Hamas à Gaza, mais s’ils s’en sortent vivants, ils auront des chances de se qualifier au match retour dans le Néguev. Sûr que le printemps sera chaud !

 

 

Sami El Soudi en Palestine (chef du bureau palestinien de la Ména)

 

Je n’ai pas entendu une seule phrase évoquant la construction de la paix dans tous les discours de Messieurs Netanyahu et Abbas en 2016, et pourtant j’ai suivi ces deux hommes de près. L’un s’est focalisé sur la construction et l’agrandissement des implantations en Cisjordanie, dans une démarche politicienne destinée aux électeurs israéliens, l’autre à mener sa guerre diplomatique et juridique contre Israël.

 

Pourtant, dans les deux discours, ces deux personnalités se trompent et leurs options sont vouées à l’échec. Je ne discute pas ici le bien-fondé de leurs orientations : je dis simplement qu’ils sont déconnectés de la réalité.

 

Et je ne disserte pas non plus sur les aspects stratégiques de leurs démarches, je dis simplement qu’ils ne proposent rien. Ils ne présentent en effet aucun projet viable à leur peuple, parce qu’aucun des deux, dans son délire, ne tient compte de l’existence de l’autre.

 

Aucun des deux ne répond à la question : que comptent-ils faire des 4.5 millions de Palestiniens et des 7 millions d’Israélites vivant sur les terres controversées ? Comptent-ils les voir s’évaporer dans l’éther ? Les forcer à l’exil – mais où ? Les exterminer ?

 

Heureusement pour nous, ni Netanyahu ni Abbas n’envisagent les solutions que je viens de mentionner, qui ne sont pas même sérieusement prônées par les activistes les plus extrémistes des deux camps.

 

Alors, faute de solution, à 14km de distance, l’un à Ramallah, l’autre à Jérusalem, ils attendent un chamboulement qui viendrait de l’évolution de la "situation globale". Abbas fête sa victoire à la Pyrrhus à l’ONU, tout en tremblant dans l’expectative de l’intronisation de Donald Trump, tandis que Netanyahu avale des couleuvres en rêvant à un changement radical d’orientation de l’Amérique en sa faveur.

 

Et alors ? Quel que soit celui qui l’emporte et qui sera capable d’augmenter la pression sur l’autre camp, cela ne lui apportera pas de solution. Les gens continueront à s’exciter, à mourir pour rien, et à élaborer des plans de haine dont le dernier chapitre leur échappe.

 

C’est là notre unique espoir : nous sommes condamnés à trouver un moyen de coexister qui soit stable et durable. Les prophètes de mauvais augure qui sont incapables de s’entendre sur une solution applicable finiront par disparaître. J’ignore combien de temps cela prendra, si nous serons encore là pour assister au dénouement et combien de Palestiniens et d’Israéliens mourront avant qu’il n’advienne. Mais je sais que nous sommes tous là, sur ce confetti, pour toujours. 

 

 

Amram Castellion* à Metula (analyste politique, expert en économie) :

 

L’année 2017 a tout pour inciter à l’optimisme. Du point de vue économique, la croissance mondiale est prévue à 3,1% en 2016 et 3,4% en 2017, soit nettement plus que la croissance moyenne des 40 dernières années.

 

La scandaleuse résolution 2334 du Conseil de Sécurité du 24 décembre dernier est le dernier sursaut d’un monde en train de disparaître. Dans le monde qui commence, la coopération militaire entre Israël et les puissances arabes sunnites est si étroite, et exige des échanges d’information si détaillés, qu’elle rend une attaque future de ces puissances rigoureusement impossible. La menace des fusées palestiniennes a été anéantie par le Dôme de Fer ; celle des puissances chiites le sera par la prochaine génération de boucliers anti-missiles, encore bien plus performante.

 

Les services de police et de renseignement occidentaux et arabes améliorent chaque jour leur connaissance des réseaux terroristes. Les djihadistes restent en guerre contre le monde ; ils continueront à échapper à l’occasion à la surveillance du monde civilisé et à tuer des civils ; mais le nombre des complots déjoués est massivement supérieur à celui des attentats. Quand on perd 90% de ses capacités avant de pouvoir frapper, c’est qu’on a perdu d’avance.

 

En Occident, l’ambition islamique de conquête se heurte à l’hostilité de plus en plus déterminée des populations majoritaires, qui ont décidé de ne pas se laisser faire quoi que puissent leur dire leurs élites politiques et journalistiques. 2016 a assez montré que ces élites n’ont plus le respect du peuple. Quand un gouvernement européen plaide pour les Palestiniens, ou quand la presse répète pour la énième fois les mêmes mensonges, tout cela vient de sources sans la moindre crédibilité et n’a donc rigoureusement aucune importance. En-dehors des cercles de haïsseurs professionnels, la curiosité et l’intérêt pour Israël remplacent progressivement l’hostilité réflexe d’il y a 15 ou 10 ans.

 

Ceux qui nous haïssent échouent et ceux qui nous aiment réussissent. L’Iran, cette année encore, ne parviendra pas à accomplir son rêve de se doter de l’arme nucléaire : la qualité des renseignements occidentaux permet d’identifier à l’avance tout risque de dérapage. Il n’est même plus besoin de faire exploser des installations sensibles, comme la Ména le rapportait régulièrement il y a deux ou trois ans, pour que les Iraniens soient conscients que tout ce qu’ils font est parfaitement connu. La Turquie d’Erdogan se dévore elle-même, éliminant ses propres élites pour satisfaire la paranoïa et la stupidité de son chef. Les institutions européennes, ankylosées par des idéologies dépassées et des bureaucraties inefficaces, se préparent à de nouvelles crises dans l’indifférence générale. Les Démocrates américains, rendus fous par leur défaite du 8 novembre, se réfugient dans la rage impuissante et les théories du complot. Dans quelques semaines, arrivera au pouvoir à Washington un nouveau président, qui a promis de ne plus dicter à Israël sa conduite. Dans quelques mois, son ambassade s’installera à Jérusalem.

 

Je souhaite à tous nos lecteurs une année 2017 aussi bonne pour eux-mêmes qu’elle le sera pour le monde.

 

*Notre correspondant Sébastien Castellion a récemment été admis officiellement au sein du peuple juif et, en accord avec la tradition, a adopté à cette occasion un nouveau prénom.

 

 

Bernardo Stenhof

 

Une fois de plus j’ai un sourire crispé en pensant à l’année passée et à celle qui se trouve devant nous.

 

Ce que je ressens pour notre avenir, c’est une incompréhension. Comment se fait-il que le poison instillé par nos ennemis arabes ait trouvé une si forte résonance dans le monde soi-disant civilisé ?

 

Je me demande vraiment comment des pays chrétiens ont accepté une totale falsification de l’histoire sans réagir ? Il n’est plus nécessaire de faire le signe de la croix, mais il faudrait se prosterner. A quoi ont servi les martyrs dévorés par des fauves dans les arènes,  morts sur la croix, ou par d’autres formes de tortures et d’exécutions ?

 

Jésus n’a jamais renié sa judéité. Mais ceux qui aujourd’hui s’en réclament l’ont converti par leur lâcheté.

 

La Syrie déplore environ 500 000 morts, et le monde regarde et applaudit lorsqu’Assad, le tueur de son propre peuple, est remis sur son siège de président par ses alliés russes et iraniens.

 

La fille ainée de l’Eglise s’empresse de courir après des contrats de reconstruction pour tenter de devenir les nouveaux marchands du temple – ou plutôt ceux de la mosquée.

 

Il faudrait aussi rebaptiser le « Saint Sépulcre » en je ne sais quoi. Et les croisés qui ont payé leur foi de leurs vies, c’est pour rien, bien sûr.

 

La Shoah ne signifie plus rien : quelle Shoah ? Soudain, après que les années se sont écoulées, il n’y a plus de honte à ce que la bête relève la tête.

 

Nos parents ont souffert dans leur chair en bénissant le nom de Dieu : leurs cendres doivent tournoyer, à défaut de leur corps, dans les ténèbres où ils se trouvent.

 

Malgré ma colère, soudain une pensée d’espoir me traverse, je pense à la fête de Pourim, commémorant le moment où Aman, qui a voulu détruire le peuple juif, se retrouve au bout d’une corde, comme l’a rappelé Hermann Goering condamné à être pendu à Nuremberg [mais qui parvint à se suicider peu avant l’accomplissement de la sentence. Ndlr.].

 

Je ne crois plus beaucoup aux hommes, mais je sais qu’il y a une plus haute justice.

 

Nous verrons bien comment les choses vont évoluer.  J’espère que le nouveau président des États-Unis renverra son prédécesseur là où se trouve sa place naturelle. Dans les oubliettes de l’histoire.

 

 

Llewellyn Brown en France (traducteur officiel de la Ména, rédacteur, écrivain)

 

Par moments, on est saisi par la vitesse à laquelle notre monde change. Une telle remarque est peut-être banale, et pourtant on constate que des situations et des conceptions, autrefois considérées immuables, n’ont plus cours. Sans doute l’Internet a-t-il sa part dans cette accélération. Il n’y a pas longtemps, le discours dit « politiquement correct » arriva en France et finit rapidement par ôter toute rigueur à nos échanges. On opposait des jugements d’ordre moral à toute réflexion divergente portant sur l’état de notre pays. On refusait de voir que les dénonciations de la violence aux États-Unis seraient rapidement applicables à la France, où de nombreux quartiers sont aujourd’hui ce que fut autrefois le Bronx. Pire : notre pays est devenu terre du djihad (autre terme naguère inconnu).

 

Dans cette évolution, peu voyaient que la promotion de la « diversité » n’était rien d’autre qu’une injonction capitaliste visant l’homogénéisation et l’interchangeabilité de l’humain, à l’image des produits de consommation. En effet, obnubilés par leur croyance en la malléabilité de l’homme, nos « progressistes » demeurent aveugles au monde qui les entoure et incapables de mesurer les enjeux réels de la vie. Ils ne comprennent pas que la politique n’a pas affaire à une abstraction nommée le « Bien », mais qu’elle consiste à viser ce qui peut rendre notre société vivable. Les conséquences en sont catastrophiques : le Nouvel An de 2016 fut marqué par les viols commis par les « migrants » à Cologne ; le 14 juillet par le massacre de Nice ; enfin, Noël vient de nous apporter une tuerie à Berlin.

 

Aujourd’hui, notre oligarchie politico-journalistique se débat encore pour conserver son hégémonie, alors qu’elle est de plus en plus isolée de la majeure partie de la population.  Au lieu d’obéir, celle-ci ose exprimer des opinions contraires au régime qu’on lui impose : elle réclame des débats et des choix réellement politiques, non des décrets gestionnaires. Ainsi, mus par un souci civilisationnel, les Anglais ont soudain rejeté la dictature bureaucratique de l’Union européenne, se montrant prêts à affronter les conséquences imprévisibles du Brexit. Puis, tranchant avec l’antisémitisme historique de la Grande Bretagne, le Premier ministre Theresa May fit l’éloge d’Israël. Cette évolution ne se limite pas à l’Europe. Après la présidence de Hussein B. Obama – qui a provoqué le chaos au Proche Orient, augmenté à un degré inouï la dette américaine, passé un « accord » en trompe-l’œil avec l’Iran –, le peuple américain n’a pas élu Hilary Clinton, s’affranchissant ainsi de la pression unanime des media. A celle-ci, le peuple a préféré un candidat étranger au sérail et qui, de surcroît, envisage l’inimaginable : installer l’ambassade américaine dans la capitale d’Israël. En France, le changement devrait être moins brutal : après un président imperméable à la honte et sourd au peuple – mais non aux lobbies –, un candidat initialement inattendu semble prêt à remporter les élections, au grand dam de l’apparatchik Juppé.

 

Nous assistons à une mutation de notre société, mais la guerre est loin d’être gagnée. La répression judiciaire de la liberté d’expression se poursuit en Europe – notamment aux Pays-Bas, où Geert Wilders en fait les frais –, sans compter la tendance à éliminer de l’espace public la moindre expression religieuse qui ne soit pas musulmane. Le refus de la différence et de la divergence rend l’atmosphère étouffante. A nous, donc, de maintenir des dialogues sans concession, qui nous permettent un regard plus aigu sur les enjeux de notre existence, dans sa qualité humaine. À tous, je souhaite une année 2017 enrichissante en savoir et en échanges.

 

 

Yoshua Ohana (fixeur militaire, photographe, région-nord-est)

 

En 2016, on a connu plusieurs alertes mineures aux confins d’Israël et du Liban.

 

A plusieurs reprises, nous avons eu à couvrir des tirs à partir de la Syrie, et même des tentatives d’incursions, terrestres et aériennes.

 

Le mois dernier, le pays était en feu. Mais les choses passent si vite dans notre région que pour ceux qui ne sont pas à la rue, cette catastrophe est déjà oubliée.

 

En 2017, nous resterons sur la brèche, avec les camarades reporters de guerre, pour continuer de vous informer le plus précisément possible par le texte et par l’image. En espérant que la folie qui a pris les hommes nous épargne encore un peu – et pourquoi pas, jusqu’au moment où ils seront devenus sages.

 

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Cindy Gzaiel (journaliste stagiaire)

 

C’est par un enchainement rocambolesque de concours de circonstances, alias l’engrenage impénétrable des péripéties de la vie, que je me suis retrouvée dans les bureaux de la Metula News Agency. J’ai fait connaissance de son rédacteur en chef, Stéphane Juffa, qui m’a ouvert les portes de son illustre laboratoire, là où toutes les informations du monde, et plus particulièrement celles du Moyen-Orient, sont décortiquées, disséquées et examinées de très près avant d’être diffusées.

 

Provenant du milieu artistique cinématographique, j’ai pris ici goût, non pas seulement au journalisme, mais au fait de participer, tant que possible, à la "décontamination" des informations fallacieuses que l’on essuie tous les jours. Armée d’une exactitude et précision inconditionnelles, la petite agence de presse désavoue au quotidien les mensonges de géants de l’actualité comme l’AFP ou Le Monde, au nom de la vérité qui doit éclater aux yeux de tous. Pas mal, non, d’agir aux côtés des philosophes des Lumières du XXIème siècle ?

 

Surtout quand il s’agit de révéler au grand jour les atrocités que subissent en ce moment-même les victimes de l’islam radical au Proche-Orient et celles (s'il en reste...) du gigantesque cimetière d'Alep. L'ONU avait prédit cette catastrophe, à défaut d'agir pour empêcher que ses prophéties ne se réalisent, ou d’abattre l'inhumanité grandissante qui nécrose en ce moment-même les jours qui nous restent à vivre. Car tout le monde n'a pas cette chance d'avoir un lendemain...

 

Aujourdhui, à l’orée de cette nouvelle année 2017, j’ai conclu ma demande de résidence temporaire en Israël. Je le dirai clairement, en tant que jeune juive française de 21 ans, née à Paris, je ne veux pas aujourd’hui retourner dans ma ville natale et dans le pays de mon enfance. Je souhaite en revanche à mon pays un président qui ne fléchira pas face à la pression des religieux radicaux qui menacent la vie de ses citoyens.

 

C’est en montant dans le premier bus qui partait vers le Nord, sans savoir où j'allais, sans savoir où je passerais la nuit, sans connaitre quiconque sur place, en faisant fi de l’inconnu et du confort, que j’ai eu la chance de travailler quelques mois aux côtés des journalistes de la Ména et que j’ai pu accéder en peu de temps à un concentré de savoir et d’évolution, aussi bien professionnel que personnel, que je n’avais pu acquérir en 21 ans.

 

Fuyez le confort, car il est souvent l’inhibiteur du développement personnel ! L’inconnu fait peur, mais il ne tue pas.

 

Ce que je souhaite adresser aux lecteurs de la Ména pour cette année 2017 se résume donc en une phrase : braver l’inconnu, car on ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait où l’on va.