Mardi : des raids de plus en plus hardis (010509/18) Version imprimable
mardi, 04 septembre 2018

 

© Metula News Agency

 

Métula, mercredi, 01h15, 00h15 à Paris

 

Les media officiels syriens ainsi que ceux du Hezbollah libanais et de l’opposition syrienne font état de plusieurs raids aériens israéliens ce mardi après-midi. Les témoignages divergent mais certains éléments d’information paraissent établis.

 

Il semble ainsi que les chasseurs-bombardiers du Khe’l Avir ont traversé l’espace aérien libanais, volant à très faible altitude avant de larguer des missiles sur leurs objectifs. Parmi ceux-ci, des installations iraniennes à proximité du village de Wadi al Ayoun [carte et photo] ont été touchées avec certitude, de même qu’un important centre des Gardiens de la Révolution khomeyniste dans la ville de Banyas [carte], sur la côte méditerranéenne.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google earth Pro

 

Plusieurs organes médiatiques liés à l’opposition syrienne ajoutent que d’autres cibles ont été détruites, dans les provinces adjacentes de Hama et de Lattaquié. Des témoins affirment que le soi-disant Centre de recherche scientifique proche du village de Deïr Mama [carte] aurait à nouveau été frappé, comme il l’avait été le 22 juillet dernier, occasionnant une vaste documentation de l’opération dans nos colonnes.

 

SANA, l’organe médiatique du régime alaouite syrien a à nouveau affirmé qu’un certain nombre de missiles israéliens avaient été interceptés par la DCA des forces gouvernementales, et que ces dernières avaient "mis en fuite les appareils israéliens". Sic.

 

On recense plusieurs morts et blessés des suites de ces raids dans les hôpitaux des deux provinces concernées. Au regard du nombre d’attaques, de leur étendue géographique et de la stricte surveillance des communications dans ce secteur, Michaël Béhé n’a pas été en mesure d’établir un bilan des victimes. On sait à coup sûr qu’il y a plusieurs morts et des blessés par dizaines.

 

C’est également ce mardi que Tsahal a rendu public le fait qu’il avait attaqué plus de 200 objectifs en Syrie durant les 18 mois écoulés, utilisant à cette fin plus de 800 missiles ou bombes. Cela permet à la fois de se faire une idée de l’ampleur des interventions israéliennes chez nos voisins du Nord-Est, ainsi que des dégâts humains et matériels qu’elles ont pu causer. D’aucuns saisiront mieux le bienfondé de nos bilans réguliers après cette révélation officielle.

 

Ce n’est évidemment pas un hasard si cette communication est effectuée aujourd’hui, et si Tsahal a été mis en état d’alerte très élevé dans tout le nord d’Israël cette nuit.

 

Ce qui nous préoccupe à la Ména, ce n’est pas une éventuelle riposte syrienne ou iranienne, bien que nous ne mésestimions jamais les capacités de nos ennemis. Ce qui nous dérange est la proximité des frappes de ce jour avec les bases russes, d’où on a déjà commencé les bombardements aériens sur la province d’Idlib à la veille d’une offensive générale annoncée.

 

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Les missiles atteignent leur objectif dans la région de Wadi al Ayoun

 

L’objectif iranien situé à Banyas n’est en effet distant que de 24km de la base aérienne de Khmeimim, la principale du corps expéditionnaire de Poutine dans la région. Et à 33km du port de Tartous, le plus grand port militaire russe hors de Russie, où sont entreposées des bombes atomiques et des navire pour s’en servir.

 

Or le Tsarévitch a déployé une imposante flotte militaire tout le long des côtes syrienne et turque dans le bassin de la Méditerranée orientale. Et aujourd’hui, les chasseurs-bombardiers israéliens et leurs missiles ont frappé des objectifs militaires en plein milieu de ces deux dispositifs.

 

Lors, même si des accords destinés à prévenir des incidents entre les deux armées ont été passés entre Vladimir Poutine et Binyamin Netanyahu, nous avons beaucoup de mal à imaginer qu’ils prévoient des opérations de guerre du Khe’l Avir à 24km de Khmeimim et du Pearl Harbour russe en Méditerranée.  

 

A une si courte distance, on se trouve dans une vulnérabilité totale face aux avions, et personne n’aime être à ce point à la merci d’une autre puissance. Surtout si l’on mène soi-même des opérations de guerre dans le même temps à partir des mêmes plateformes et que l’on a des pistes encombrées par les lourds Tupolev et plein de munitions en attente sur les parkings. Ces bombardiers ont effectué 38 raids ce mardi, dans 20 secteurs, tuant ou blessant une trentaine de Syriens.

 

Nous avons retenu trois hypothèses éventuelles pour expliquer ce qui s’est passé aujourd’hui dans la province de Lattaquié :

 

1. Une décision, de la part des Russes, de montrer aux Iraniens à quel point ils sont fragiles et dépendants du bon vouloir du Kremlin, à trois jours de la rencontre tripartite Poutine-Erdogan-Rohani, prévue vendredi en Iran. Dans cette conjecture, ce serait Poutine qui aurait carrément demandé à Netanyahu de frapper les Pasdaran à Banyas cette après-midi, et c’est un scénario très possible, très "poutinien". Cela démontrerait en outre le très haut niveau de confiance que les Russes accordent à leurs nouveaux amis israéliens. On dit pourtant que les Russes n’ont pas d’amis, rien que des opportunités.

 

2. Une énorme confiance en soi et en leur matériel des pilotes et des stratèges militaires hébreux, qui leur permet de poursuivre leur doctrine annoncée de chasse aux Iraniens partout où ils se trouvent, même si cela doit se passer sous la moustache des Russes. Si c’est le cas, les Israéliens ont sans doute utilisé le téléphone rouge pour les avertir, mais trop tard pour qu’ils puissent faire quoi que ce soit, même se fâcher. Nous nous sommes laissé dire que cette pratique consistant à aviser ses amis au tout dernier moment était routinière dans l’Armée israélienne, mais elle est assez périlleuse ; non pas sur le coup, mais en vue du prochain raid.

 

3. Une requête de la Maison Blanche, fort mécontente de l’offensive prévue par Poutine à Idlib, qui aurait voulu lui montrer, par alliés israéliens interposés, que la disparité technologique entre l’Occident et la Russie n’a jamais été plus marquée. Et que le Tsarévitch aurait tort d’irriter Donald Trump, par exemple en ignorant ses avertissements répétés de ce qu’une campagne mal maîtrisée à Idlib aurait des conséquences dramatiques.

 

Il n’est pas non plus exclu que le bombardement à Banyas de ce mardi ait été un mélange des trois hypothèses précédentes, avec un dosage qu’il est bien difficile de mesurer lorsqu’on n’y est pas mêlé. Ce que nous voulons dire, c’est que malgré les apparences, ces trois éventualités sont certes provocantes, mais pas antithétiques.

 

Une chose est certaine, c’est que les Iraniens et les gouvernementaux syriens ont récemment mis les bouchées doubles afin d’approcher des missiles Made in Persia de la frontière israélienne, que ce soit en Syrie ou en envoyant ces armes au Hezbollah, la milice supplétive de Téhéran au Liban.

 

On en veut pour preuve absolue le bombardement de l’aéroport de Mezzé à Damas aux premières heures de dimanche dernier, et à ceux de ce mardi, qui, quelle que soit l’hypothèse à retenir principalement, restent audacieux.

 

On en oublierait presque la destruction de la colonne irano-syrienne à proximité du poste frontière séparant l’Irak de la Syrie à At Tanf, quasi-simultanément au raid sur Mezzé. A tel point que si ce n’était pas des appareils de la même armée qui avaient réalisé les deux opérations, nous en serions surpris.

 

A Tanf, dimanche matin, la colonne blindée d’Assad et de Khameneï a été disloquée par un pilonnage aérien. Les sources proches de la dictature alaouite parlent d’une dizaine de morts, dont au moins deux militaires perses. Les nôtres, oscillent entre 35 et 40 morts, et pratiquement tous les autres combattants de la colonne blessés.

 

L’évènement était assez grave pour que le ministre iranien des Affaires Etrangères, Mohamad Zarif – celui qui avait ridiculisé Obama, Kerry et l’ensemble des dirigeants européens en signant avec eux l’accord sur le nucléaire iranien sans avoir le moindre atout dans son jeu - , se précipite à Damas à l’impromptu pour des discussions de la plus grande urgence avec Bashar al Assad et ses sectateurs.

 

Pour nous il est évident que la colonne pulvérisée transportait des missiles et qu’elle entendait traverser la Syrie d’Est en Ouest sur 250km en passant par le désert et ses pistes pour acheminer sa cargaison aux frontières de l’Etat hébreu. L’itinéraire choisi, on l’a déjà écrit, constitue une alternative à l’Autoroute chiite, qui ne verra pas le jour sur les bords de l’Euphrate, car des sections stratégiques de ce parcours sont désormais, et solidement, entre les mains des Kurdes, des Américains et de leurs alliés occidentaux.

 

Reste que pour véhiculer des missiles en nombre et à bon compte, on doit impérativement emprunter des voies de surface. C’est ce que les syro-iraniens ont tenté de réaliser  une nouvelle fois, mais sans parvenir à tromper la vigilance du renseignement israélien.

 

Ces tentatives devraient cesser un jour prochain ; ce, à cause de l’effet conjugué du rétablissement des sanctions économiques U.S. contre Téhéran et des destructions précises infligées itérativement par les chasseurs-bombardiers à l’étoile de David. L’Iran des ayatollahs se trouve en situation de déconfiture financière. Il n’a déjà plus les rials nécessaires pour poursuivre le développement et la fabrication de ses missiles de qualité médiocres, non plus que pour les transporter en Syrie pour les y voir détruire par les Israéliens sans avoir été capables d’en tirer un seul depuis l’arrivée des Pasdaran dans la dictature alaouite. Pour ne rien arranger de leurs affaires, la population iranienne, de plus en plus remontée et de moins en moins craintive, n’apprécie guère de financer une guerre perdue et de compter ses soldats morts par milliers, alors que les médicaments de base font défaut, de même que tous les biens de consommation courante, et que son argent ne vaut bientôt plus le prix du papier sur lequel il est imprimé.