Militaire : Israël et ses alliés prennent des longueurs d’avance (011607/21) Version imprimable
vendredi, 16 juillet 2021

 

Par Jean Tsadik

 

Lundi dernier a débuté sur la base aérienne de Palmakhim, entre Tel-Aviv et Ashdod, sur le littoral, l’exercice "Gardien Bleu". Cet évènement dure deux semaines et réunit des détachements spécialisés venus des armées des Etats-Unis, d’Italie, de France, d’Allemagne, du Royaume-Uni, et d’Israël, naturellement.

 

L’objectif principal de Gardien Bleu consiste à améliorer l'apprentissage mutuel entre les nations participantes et à ouvrir la voie à une future coopération internationale dans le domaine révolutionnaire des RPAV.

 

Les RPAV étant les "Remotely Piloted Aerial Vehicle", c’est-à-dire en français les "Véhicules Aériens Pilotés à Distance". Simplement posé, cela signifie que ce sont des avions dont le pilote, qui assure le maniement, la navigation et les missions militaires comme la reconnaissance et le bombardement, ne se trouve pas dans l’appareil.

 

Il le pilote à des kilomètres, des dizaines de kilomètres, voire des centaines de kilomètres de distance.

 

Gardien Bleu est le premier exercice/rencontre international concernant les RPAV.

 

Au vu de la complexité et du coût engendré si l’on avait fait venir les unités participantes avec leurs propres drones, ainsi que les importantes disparités entre eux, tous les participants utilisent le drone israélien "Zik" (Hermes 450) pour l’exercice [photo].

 

De lundi dernier à ce weekend, les équipages étrangers se sont familiarisés avec le pilotage et l’utilisation du Zik. Ceci dit, l’exercice est destiné à approfondir l’utilisation des RPAV et pas spécifiquement du Zik.

 

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Les chefs des délégations participantes et le Zik

De gauche à droite : l’Israélien, l’Italien, l’Américain, l’Allemand, le Français et l’Anglais

 

Le lieutenant-colonel L, commandant de l’hôte de l’évènement, l’escadron 166 des Oiseaux de Feu, qui exploite le "Kokhav" [héb.: étoile] (Hermes 900) – un modèle opérationnel supérieur au Zik mais opérant sur la base des mêmes principes, a précisé qu’ "Israël est considéré comme un leader mondial dans le domaine de la technologie RPAV".

 

Il a ainsi recours à la politesse diplomatique, l’Etat hébreu étant généralement considéré comme le précurseur et LE leader mondial dans ledit domaine. Ce pour deux raisons qu’a également expliquées l’officier :

 

 "La technologie de pointe développée par l'industrie militaire israélienne, ainsi que les centaines [non, des dizaines de milliers. Ndlr.]  d'heures de vol que nous avons accumulées au cours des deux dernières décennies et la haute compétence de nos opérateurs ont tous entraîné une grande réactivité de la part des pays que nous avons invités à participer à cet exercice".

 

En d’autres termes, Tsahal dispose d’un matériel de pointe en développement permanent, et d’équipages qui pilotent les drones quotidiennement sur tous les fronts en mode opérationnel. Ce qui n’est le cas – au moins sur une échelle comparable – d’aucune autre armée participant à Gardien Bleu.

 

On comprendra sans doute mieux l’importance de cet exercice après avoir énoncé que, selon tous les experts, les RPAV représentent l’avenir de l’aviation militaire, et qu’ils vont relativement rapidement remplacer la quasi-totalité des chasseurs et des bombardiers pilotés par des équipages embarqués.

 

Maintenant déjà, il est loisible de réaliser la plupart des opérations aériennes militaires grâce aux RPAV. A l’exception peut-être du combat aérien et des bombardements massifs. Mais les technologies et les doctrines de combat évoluent rapidement dans le sens où ces engins sans pilotes embarqués pourront également remplir ces missions. Il le feront plus précisément que des pilotes embarqués, pour un coût moindre et sans risquer la vie des pilotes.

 

D’autre part, la précision des tirs de missiles à partir des RPAV ainsi que la maîtrise accrue des effets de destruction desdits missiles vont rendre la nécessité de procéder à des bombardements massifs largement obsolète.

 

Voici comment le lieutenant-colonel L. définit les objectifs de la partie opérationnelle de l’exercice qui va occuper les participants la semaine prochaine : "D'abord, créer des scénarios aériens efficaces pour permettre un exercice d'entraînement de haute qualité. Ensuite, nous avons mis l'accent sur le lien personnel avec nos homologues : des liens interpersonnels entre les opérateurs pour offrir à nos alliés un sentiment de confort et de sécurité tout en s'adaptant à leurs besoins".

 

Le chef des Oiseaux de Feu désire aussi montrer à ses invités comment Tsahal a intégré les RPAV au niveau opérationnel. Mais également, comment les RPAV participent à des opérations combinées avec des appareils pilotés, des hélicoptères d’attaque et des troupes au sol. Une grande partie des exercices de la semaine prochaine sera consacrée à des travaux pratiques impliquant ces autres armes.

 

Voici comment les choses vont se dérouler dans la pratique, selon le planning exposé par L. :

 

Chaque jour commencera par un briefing réunissant tous les participants, lors duquel nous planifierons la journée de vol. Ensuite, le personnel de chaque "formation" s’isolera pour recourir à des briefings particuliers relatifs à la mission qu’elle aura à accomplir.

 

Par formation nous entendons un équipage de l'un des pays participants, un équipage israélien et un équipage venu d’un autre escadron ou d’unités diverses du Khe’l Avir, l’Aviation israélienne.

 

A l’issue de chaque journée de vol, le personnel se réunira à nouveau pour un débriefing, lors duquel les participants discuteront des résultats de la mission, des événements inhabituels qui ont pu se produire, et tireront des conclusions destinées à améliorer leur efficacité".

 

Le lieutenant-colonel A définit ses priorités comme suit :

 

"L'élément principal de Gardien Bleu est l'apprentissage interactif entre les pays participants. Les briefings quotidiens, qui sont animés chaque jour par un pays différent, sont la base d'un apprentissage mutuel. Après le débriefing, les équipages se divisent en formations de vol du lendemain, reçoivent leurs ordres de missions et commencent à planifier les opérations et à se préparer stratégiquement.

 

Le processus de planification est également dirigé par un pays différent chaque jour, ce qui donne aux équipages une occasion unique de se familiariser avec les différentes manières dont chaque armée de l'air remplit ses missions et en tire des enseignements".

 

Les officiers en charge de Tsahal ont tenu à souligner l’importance de cette première que constitue Gardien Bleu. Notamment en cela qu’il n’existe pas de vocabulaire commun propre aux RPAV, comme il en existe dans toutes les autres armes, notamment dans l’aviation. Il va falloir en créer un si l’on veut pouvoir œuvrer de concert sur un théâtre d’opérations.

 

Le major A, responsable des systèmes chez les Oiseaux de Feu ajoute : "Cela va au-delà d'un exercice standard - Gardien Bleu place la barre à la hauteur requise pour toute coopération future entre les divisions RPAV des pays".

 

Et c’est phénoménalement important. Cardinal même, en regard de la place que prennent déjà les Véhicules Aériens Pilotés à Distance dans les armées modernes, et celle, plus grande encore, déterminante, qui sera la leur plus prochainement qu’il est possible de l’imaginer.

 

A Métula, on note que ces pays, qui se retrouvent de plus en plus fréquemment pour des manœuvres et des exercices de plus en plus pointus, y compris en Méditerranée et avec des avions pilotés, ont cessé de mêler la diplomatie à leurs préparatifs de combat.

 

Il ne mélangent plus les genres et ont jeté les masques : ils sont les alliés objectifs qui auraient à combattre côte-à-côte si un conflit régional venait à éclater.

 

On pense instantanément à des adversaires potentiels tels que la Théocratie iranienne et la Turquie erdoganienne.

 

Comme lors des derniers exercices aériens entre Chypre et la Crète, c’est à Israël que l’on confie souvent l’organisation des exercices, lorsque ce n’est pas carrément lui qui en prend l’initiative. C’est un changement radical relativement à la réalité précédente lors de laquelle Tsahal était exclu de ces rendez-vous.

 

Mais maintenant, se passer de l’expertise de l’Armée israélienne et de sa gestion des technologies de pointe n’est plus envisageable.

 

C’est important dans le cas de la France, où des officiers d’état-major ont compris que la coopération avec Israël était incontournable, et qui passent outre les éventuelles protestations du Quai d’Orsay.

 

Cela vaut aussi pour les alliés locaux que sont Chypre et la Grèce, qui ne participent pas à Gardien Bleu parce qu’ils n’ont pas le niveau requis dans le domaine fermé des RPAV.

 

Cela inclut les Etats-Unis, qui apprécient le commandement d’Aviv Kokhavi, le chef de l’état-major de Tsahal, à sa juste valeur.

 

Il est resté longtemps à Washington lors de sa dernière visite, et il a envisagé avec ses homologues étasuniens les synergies requises en cas d’intervention contre l’infrastructure nucléaire iranienne. Au cas où les négociations de Vienne n’iraient nulle part – et elles ne vont nulle part à cause de l’obstruction préméditée des Perses -, et que l’on s’approcherait du point de non-retour dans leur projet de bombe atomique.

 

Peut-être est-ce dû à l’impulsion donnée par le Général Kokhavi, mais le niveau de coopération avec les militaires U.S. n’a jamais été aussi élevé et il n’a jamais concerné simultanément un nombre aussi vaste de domaines.

 

Le doute n’est pas permis, le général parle un langage que l’état-major américain comprend. Il pense bien et il fait ce qu’il dit, sans empiètement des politiques et sans finasseries.

 

A témoin des projets de synchronisation en cours, et il y en a de plus poussés et d’encore plus significatifs, cette rencontre de la semaine dernière en Israël. Je n’ajoute rien, ou presque, je reproduis le communiqué de Tsahal :

 

"Cette semaine, une réunion a eu lieu entre des représentants de l'Armée de l'air israélienne, dirigée par le commandant du système de Défense aérienne de l'Armée de l'air israélienne, le Brigadier-Général Gilad Biran, le commandant du quartier général de la mission conjointe, le Brigadier-Général de réserve Doron Gavish, avec le Brigadier-Général américain Greg Brady, commandant du 10ème commandement de la Défense Aérienne et Antimissiles de l'U.S. Army".

 

Les commandants [et leurs imposantes délégations. Ndlr.] ont convenu par écrit de mises à jour pour la coopération entre les systèmes de défense aérienne des deux nations lors de situations d'urgence.

 

Le but de la réunion était d'améliorer la préparation conjointe des forces des deux pays pour la défense commune de l'Etat d'Israël".