Pourquoi la gauche israélienne s’est effondrée (info # 010707/19) Version imprimable
dimanche, 07 juillet 2019

 

Par Guy Millière

 

La gauche israélienne va très mal. On peut considérer qu’elle est moribonde. Les récentes élections tenues en Israël ont montré qu’elle était en voie de disparition. Les élections qui vont avoir lieu cet automne en conséquence de l’impossibilité de former un gouvernement à laquelle a été confronté Binyamin Netanyahou ne devraient pas apporter aux partis de gauche israéliens de meilleurs résultats.

 

Dans la presse du monde qui parle anglais, des articles tentent de trouver des explications et, lorsqu’ils sont écrits par des commentateurs qui se sentent proches de la gauche israélienne, les articles prennent une tonalité où se mêlent inquiétude et consternation. Dans la presse française, résolument anti-israélienne depuis des décennies, des journalistes vont jusqu’à dire qu’ils s’inquiètent de la survie de la démocratie israélienne.

 

Il est intéressant dans ce contexte de lire un livre paru voici quelques semaines, en langue anglaise (il ne sera j’en suis sûr jamais traduit en français), et qui traite en profondeur et de manière profonde et incisive de ce qui arrive à la gauche israélienne. L’auteur du livre est Mordechaï Nissan, ancien professeur à l’université hébraïque de Jérusalem. Le livre s’appelle *The Crack Up of the Israeli Left [l’effondrement de la gauche israélienne].

 

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La gauche israélienne : un reliquat ?

 

Mordechaï Nissan écrit que l’effondrement en question trouve très largement son origine dans les illusions délétères qui ont conduit aux accords d’Oslo. Ceux-ci devaient, selon leurs signataires israéliens, conduire à la paix : ils ont conduit à tout autre chose.

 

Ils reposaient sur une incompréhension catastrophique de ce que sont le totalitarisme et le fanatisme. Ils ont entraîné la création de l’Autorité Palestinienne, donc la création d’un quasi-Etat confié à un conglomérat d’organisations terroristes dominé par une organisation islamique cachée sous la défroque de la laïcité, le Fatah. Ils ont conduit à une vague d’attentats atroces qui ont tué ou mutilé des centaines d’Israéliens, dont de nombreux enfants. Ils ont fait qu’Israël a reconnu ce conglomérat d’organisations terroristes comme représentant légitime d’un peuple inventé dans les officines du KGB aux fins de servir d’arme de destruction anti-juive, le “peuple palestinien”. Ils ont permis que ce conglomérat d’organisations terroristes se dote de moyens d’endoctrinement des populations arabes qu’il a été autorisé à régir. Ils ont enclenché un processus qui a fait qu’Israël a dû participer à des négociations dont il était évident, d’emblée, qu’elles ne servaient à rien, dès lors que la seule chose acceptable pour les dirigeants du conglomérat d’organisations terroristes serait la disparition d’Israël. Dans un bain de sang juif, de préférence. Ils ont placé Israël dans une position délicate et ont contraint les dirigeants israéliens ultérieurs, même lorsqu’ils n’étaient pas de gauche, à adopter des positions défensives, à parfois faire de vaines concessions et à céder quelquefois sous la pression. Et il a fallu, souligne Mordechaï Nissan, tout l’art diplomatique de Binyamin Netanyahou au cours de la décennie écoulée pour ne pas céder davantage, mais des gestes désastreux ont été accomplis, ainsi l’abandon de la bande de Gaza, vite tombée entre les mains sordides du Hamas.

 

La population israélienne a pu avoir des illusions. Ces illusions ont été payées douloureusement. Elles se sont estompées peu à peu. Il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui. Les Israéliens qui imaginent encore qu’une “solution à deux Etats” est envisageable, qu’il peut être utile de dialoguer avec les dirigeants “palestiniens”, et que ceux-ci sont autre chose que d’immondes menteurs et des assassins abjects sont devenus très minoritaires.

 

Le parti travailliste israélien, en 2019, parle encore dans son programme de “deux Etats pour deux peuples” et d’”accord politique” pour parvenir à cette fin. Il lui est difficile de faire autrement sans se renier. Ceux de ses électeurs qui sont devenus lucides et qui se refusent à voter pour la droite ont pu soutenir la coalition Blanc Bleu, qui s’est contentée lors de la campagne qui a conduit aux élections du mois d’avril, de parler de “séparation” et de promettre d’engager des négociations, sans aller plus loin.

 

Outre la chute des illusions au sein de la population israélienne, d’autres éléments jouent :

 

- la menace iranienne et l’évolution économique et géopolitique du monde font que les pays du monde arabe sunnite se rapprochent d’Israël et voient toujours davantage les dirigeants “palestiniens” comme un fardeau dont ils voudraient eux-mêmes se débarrasser ;

 

- ce que l’administration Trump a engrené fait que l’idée d’”Etat palestinien” va se trouver reléguée dans le révolu.

 

 

Note :

*Mordechaï Nissan, The Crack Up of the Israeli Left, Mantua Books, 224p., 2019, $ 19.95

 

- Israël est de surcroit devenu une puissance capitaliste présente au cœur de toutes les technologies de pointe, loin du socialisme des années 1950.

 

La gauche israélienne aura du mal à se relever, si tant est qu’elle puisse y parvenir.

 

Dans des pays moins menacés qu’Israël, les erreurs se paient par du chômage, des difficultés économiques, des émeutes quelquefois. Dans un pays comme Israël, elles conduisent à des morts, ce qui est infiniment moins pardonnable.