Première présence de Libanais en Israël depuis 21 ans (012610/21) Version imprimable
mardi, 26 octobre 2021

 

Par Stéphane Juffa

 

Il est 20h20 à Métula et 19h20 à Miramar

 

Depuis une quinzaine de jours, Israël permet à des agriculteurs libanais de venir travailler en Israël à la cueillette des olives. Cela se passe tout près de notre rédaction, dans le Doigt de la Galilée.

 

Cela semblerait sûrement anodin si ce n’était pas la première fois depuis vingt-et-un ans que l’Etat hébreu ouvrait ses portes à des citoyens libanais en décadenassant des portails rouillés sur le grillage de sécurité qui divise les deux pays. C’est fou ce que c’est simple en fait..

 

Je me suis levé de bonne heure ce matin pour aller à la rencontre de nos hôtes. Je les ai vus, enfoncés dans les arbres en train d’arracher avec dextérité les fruits de l’olivier – eh oui, l’olive est un fruit !

 

Sinon ces Libanais ne sont pas bavards et détournent leur visage lorsque l’on tente de les approcher. Et il y avait pas mal de journalistes de toutes les nationalités ce mardi à orpailler sur ce filon.

 

A voir la manière dont les Libanais étaient effrayés par mon appareil photo, je l’ai rapidement remis dans la Land Rover.

 

Je n’ai guère pu en tirer grand-chose, d’abord parce qu’ils sont ici non pas pour l’amour d’Israël ou chargés d’une mission diplomatique, mais pour gagner de l’argent. Des devises fortes qui font qu’à temps de travail égal ils empochent dix fois plus d’argent qu’un professeur d’université à Beyrouth.

 

Ensuite, parce qu’ils sont très encadrés par des patrouilles mixtes de soldats israéliens et de casques bleus de la FINUL, la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban. Et c’est très bon signe, car si les soldats de maintien de la paix sont dans le coup, cela signifie que l’opération est menée avec l’accord – au moins tacite – du gouvernement libanais.

 

A dire vrai, lorsque j’ai entendu parler hier de cette initiative, j’ai craint que l’on fasse du mal à ces villageois à leur retour au Liban. Najib Mikati, le nouveau Premier ministre aux affaires à Beyrouth n’a-t-il pas dit, dans son discours d’intronisation, que le pays aux cèdres était disposé à coopérer avec tous les pays du globe pour sortir de sa terrible crise économique "à l’exception d’Israël" !

 

Intelligent, Mikati. Alors que l’Etat hébreu est le seul à être sérieusement disposé à donner un coup de main au Liban, et surtout, qu’il a la capacité à lui seul de rendre le sourire à ses voisins du Nord. Ils ont besoin de travail et nous avons besoin de main d’œuvre qualifiée. Et les Libanais sont les personnes les plus instruites et professionnellement qualifiées du monde arabe.

 

Un exemple pratique : nous avons désespérément besoin d’au moins vingt-mille garagistes et nous pourrions en engager demain de l’autre côté de la frontière. Chacun d’eux pourrait ramener mensuellement entre 2 500 et 3 500 euros à la maison, soit plus de dix fois le salaire moyen actuel dans leur pays. Pour ceux qui ont la chance de posséder un emploi.

 

Et c’est vraiment juste un exemple. Si la frontière ouvrait dans les deux sens, le weekend prochain on parlerait hébreu à Beyrouth, je leur prédis un million de touristes, et il ne resterait plus une chambre de bonne à louer dans les hôtels de Beyrouth.

 

Vous avez compris, Mikati ? Le Général Michel Aoun l’a bien saisi lui ; quand j’officiais comme conseiller politique à son service, il ne cessait de me le répéter. Il disait : "La paix avec vous est une nécessité stratégique, cela ne se discute même pas. Nous n’avons strictement aucune raison de ne pas être les meilleurs partenaires de la Planète". Il prétendait également que faire la paix avec Israël serait sa première priorité dès lors qu’il entrerait dans le palais de Baabda (la résidence officielle du président libanais), et que Taz (mon boxer) et moi serions ses premiers invités.

 

Mais depuis qu’il a investi Baabda, il semble que ses nouveaux amis syriens et Nasrallah lui ont tourné la tête. Cet ex-héros indiscutable de l’indépendance de son pays est devenu lâche et nuisible. Taz est mort sans voir son palais. Et ses administrés meurent aussi quasiment de faim et subissent la domination militaire de l’Iran par supplétifs chiites interposés. Ils vivent en permanence à deux doigts de la reprise de la Guerre Civile ainsi que de l’ouverture d’un front militaire du Hezbollah contre nous. A la solde de la Théocratie iranienne.

 

Dans les deux cas cela provoquerait la mort de dizaines de milliers de Libanais pris en otages. En fait, ils pourraient même hériter de ces deux calamités simultanément, car elles sont très complémentaires. Ce serait cent fois l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, autant dire qu’après ces hâbleries, il ne resterait rien du Liban. Ou pas grand-chose. Quel gâchis.

 

C’est par mesure humanitaire, en raison de la tragédie de la crise économique qui les frappe, qu’à l’initiative de Tsahal on a invité les agriculteurs de trois villages à venir nous aider à récolter nos olives. Tous trois sont situés sur les monts de Naftali et culminent entre six et neuf cents mètres, comme Métula. Cette chaîne a été creusée par le Jourdain au cours de millions d’années. Elle fait face au Golan pour créer la vallée de Khula, ou vallée du Jourdain.

 

Tous trois se trouvent dans une zone contrôlée dans les faits par le Hezbollah, ce qui n’est pas l’aspect le moins cocasse de cette situation. Le premier village en partant du nord est Meis el Jabal. Meis ou Meiss en arabe est le nom d’un arbre mais je ne suis pas parvenu à l’identifier, la botanique n’étant pas mon domaine de prédilection. En tout état de cause, Meis el Jabal signifie "la colline de… cet arbre". Les maisons s’agrippant très joliment à ce promontoire jusqu’à la frontière israélienne. Les premières fermes de Meis el Jabal ne sont qu’à huit mètres d’icelle et du kibboutz [village communautaire] de Manara.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

 

Le second village à nous fournir des ouvriers agricoles est Blida, à peine à trois kilomètres au Sud, qui lui, fait face à six cents mètres au kibboutz d’Yftakh, connu dans tout Israël pour la qualité du marbre qu’il extrait et découpe. Le nom Blida provient probablement de l’arabe "bladat", petit village.

 

Blida et Meis el Jabel sont musulmans sunnites [les ennemis jurés des chiites], même si on y trouve de nombreuses reliques chrétiennes et juives, dont une antique synagogue. Quant à Aïtarun [de l’arabe "Itruma", soit une "senteur très agréable", et "Itaron", "avantage" en hébreu]. Aïtarun  est une ville d’environ vingt mille habitants, chrétienne à la base – beaucoup de ses habitants servaient dans l’Armée du Liban Sud à prédominance chrétienne, dissoute en 2 000 -, mais qui a vu affluer de nombreux réfugiés d’autres parties du Liban et d’autres communautés.

 

Combien d’agriculteurs de ces trois localités travaillent-ils en Israël ? Tsahal n’en parle pas. Impossible de se faire une idée, tant ils sont éparpillés dans un grand nombre d’exploitations. Ce dont je peux témoigner est que leur présence n’est pas symbolique. Elle répond à une nécessité déterminée par l’urgence économique ; et aussi au fait que la récolte des olives en Galilée ainsi que leur pressage pour en faire de l’huile est une activité très sérieuse.

 

C’est également à n’en point douter un ballon d’essai. On a ouvert les portails et il ne s’est rien passé de spécial. Des êtres humains vivent des deux côtés du grillage.

 

Cela pourrait se généraliser, quatre-vingt pour cent des Libanais ne rêvent que de cela et cent pour cent des Israéliens. Aoun, dans sa période faste, avait du bon sens, cette clôture n’a pas pour vocation de rester fermée.

 

La région où se déroule l’expérience en cours se trouve à 120km de Beyrouth. Il va falloir que les informations remontent vers la capitale. Que les journaux libanais témoignent – ils ont déjà commencé et en font leurs unes – de ce que nous n’avons pas les pieds palmés, que nous ne dissimulons pas de queue dans nos pantalons surplombant notre arrière-train, et que nous préférons largement déguster une belle côte de bœuf que des bébés arabes.

 

Ensuite on verra. Mais lorsqu’on ouvre une vanne bénéfique sur un barrage, il est rare qu’on la referme. A moins d’être fou, pas futé ou suicidaire, ce qui fait trois hypothèses qu’il est impossible d’exclure à l’aune de l’histoire récente de cette région.

 

D’ailleurs, je peux désormais confirmer qu’Israël livre massivement des produits divers de première nécessité au Liban. La plupart de ces dons ont été faits par la population israélienne très empathique pour les malheurs qui frappent nos voisins septentrionaux.

 

Je n’ajoute aucun détail car j’aimerais que cette aide augmente encore et je m’en voudrais beaucoup d’avoir contribué à la faire cesser.

 

De plus, lorsque l’on aide quelqu’un en détresse, on ne le clame pas sur les toits, par égard pour celui que l’on veut aider. Sinon, c’est le signe que son intention n’est pas authentique et que l’on veut surtout faire l’étalage indécent de sa générosité.

 

C’est aussi ce qui me plaît dans cette opération "zeïtoun", olive en arabe (c’est moi qui vient de l’appeler ainsi, elle n’a pas été officiellement baptisée à ma connaissance) : Israël donne à des Libanais l’occasion qui leur manque de gagner leur vie, mais nous ne leur faisons pas l’aumône. Dans une région où l’amour-propre ainsi que la fierté tuent au moins autant de gens que l’artillerie lourde, il s’agit d’une précaution bienvenue.

 

Avant de refermer cette page bucolique et pleine d’un espoir à peine contenu, je ne peux pas m’empêcher de rectifier la dépêche publiée par l’Agence France Presse sur ce sujet. Elle est une fois de plus – comme chaque fois que ces fonctionnaires scribouilleurs parlent d’Israël – pétrie dans un antisémitisme rupestre. Même au prix de colporter d’énormes contrevérités, de trahir la déontologie des journalistes et d’inciter gratuitement à la haine et au racisme.

 

Regardez cela : https://www.lefigaro.fr/international/israel-ouvre-sa-frontiere-a-des-travailleurs-agricoles-libanais-20211025

 

Je n’irai qu’à l’essentiel.

 

AFP : "Ils [les agriculteurs libanais] ont pu traverser la Ligne bleue, une frontière dessinée par l'ONU après le retrait des troupes israéliennes du Liban en 2000".

 

La Ména : L’ONU n’a rien dessiné du tout. Elle a découvert les bornes frontalières qui existaient déjà sur le terrain et dressé la carte de la frontière sur la base de ces pierres.

 

La frontière israélo-libanaise (accord de Paulet-Newcomb, du 7 mars 1923 et non pas 2000 !), suit l'ancienne frontière internationalement reconnue, et ses bornes, marquant ainsi la limite Sud du territoire du Liban, confié à la France par mandat par la Société des Nations après la Première Guerre mondiale.

 

Lors de l’accord d’armistice israélo-libanais paraphé le 23 mars 1949, les deux pays, contrairement aux accords d’armistice entre l’Etat hébreu et l’Egypte, la Syrie et la Transjordanie (Jordanie) qui avaient insisté sur le caractère uniquement militaire et provisoire de ces tracés, ont adopté le caractère définitif du tracé Paulet-Newcomb.

 

Les différends qui demeurent actuellement ne concernent que des questions ultra-minimes d’adéquation à ce tracé et non le tracé lui-même.

 

AFP : "(…) une escalade, durant laquelle l'armée israélienne et le Hezbollah, mouvement armé parrainé par l'Iran (…)".

 

La Ména : Nan. Le Hezbollah n’est pas un "mouvement armé", c’est une organisation terroriste – composée d’individus armés s’attaquant systémiquement à des civils -, ce qui est totalement différent.

 

Le Hezbollah figure sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada, des Etats-Unis, de l'Australie, de Bahreïn, de l'Arabie saoudite, du Qatar, des Emirats Arabes Unis, d'Oman, du Koweït, du Royaume-Uni, ainsi que de la Ligue Arabe et de… l’Union Européenne.

 

La haine de l’agence de presse officielle de l’Etat français à l’encontre d’Israël est telle que l’AFP s’octroie la liberté en la matière de rejeter la classification adoptée par l’Union Européenne. A moins qu’elle n’ait, plus prosaïquement, afin d’étancher son antisémitisme débridé, décidé pour l’occasion de retirer la France de l’UE.

 

AFP : "L'Etat hébreu et le Liban demeurent techniquement en état de guerre".

 

La Ména : Nan plus, cette assertion est absolument controuvée. Il n’existe certes ni paix ni relations diplomatiques entre le Liban et Israël, mais l’absence des deux n’implique en aucun cas qu’un état de guerre "technique" ou autre prévaudrait.

 

De fait, l’état de guerre entre les deux pays a été aboli le 23 mars 1949 à Naqoura au Liban par la signature d’une convention d’armistice entre les représentants des deux gouvernements. Le Lieutenant-colonel Toufik Salem et le Commandant Georges Harb pour le Liban, et le Lieutenant-colonel Mordechaï Maklef, et Messieurs Yahashua Pellman et Shabtaï Rosenne pour Israël.

 

Or "cette Convention ne se contente pas d’officialiser, de part et d’autre, la cessation des hostilités puisque le Liban et Israël s’engagent, en outre, à ne plus entreprendre, ni projeter, des actes de guerre l’un contre l’autre. Les deux pays s’engagent également à ne pas “traverser, ou franchir, dans quelque but que ce soit, la ligne d’armistice”. Il s’agit donc plutôt d’une Convention marquant une cessation définitive des hostilités".

 

Cette convention n’a jamais été dénoncée par le Liban. Diverses sources autorisées libanaises l’ont rappelé récemment.

 

Voir le texte complet de la Convention :

https://histoiremilitairedumoyenorient.wordpress.com/2016/11/18/la-convention-darmistice-entre-le-liban-et-israel-23-mars-1949/

 

AFP : "En 2006, la dernière grande confrontation entre Israël et le Hezbollah chiite, avait fait plus de 1 200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 côté israélien, en majorité des militaires"

 

La Ména : la présentation choisie par l’AFP de la Guerre de 2006 ou Seconde Guerre du Liban est purement anecdotique en cela que ses critères basés sur un seul bilan des combats, de surcroît partagés en bilan militaire et bilan civil vont à l’encontre de toutes les règles du journalisme.

 

C’est la seule "définition" de la Guerre de 2006 comprise dans cette dépêche. Or une définition est censée présenter l’essence, l’essentiel des évènements ayant caractérisé [différencié, identifié] ce conflit. Un bilan ne pouvant en aucune circonstance remplacer un exposé même condensé des faits. Ces bilans sont employés dans ce cas de figure afin de dissimuler la vérité historique des circonstances de ce conflit dans le double but de culpabiliser et diaboliser Israël.

 

Ce choix de l’AFP vise uniquement à présenter Israël comme un pays ayant la propension à tuer des civils et le Hezbollah, tel une entité s’en prenant principalement à des soldats.

 

C’est le contraire diamétral de la vérité : le Hezbollah a tiré plus de 7 000 roquettes, l’arme terroriste par excellence, car son utilisation ne permettant pas de viser avec précision une cible militaire, elle est destinée à tuer le plus de civils possible. Le Hezbollah a ainsi visé une trentaine d’écoles et détruit ou endommagé 144 classes.

 

Israël n’a visé aucun objectif civil. Les morts civils libanais sont tous collatéraux.

 

La présentation succincte de ce conflit selon notre déontologie ressemble à cela : "Cette guerre fut déclenchée par une attaque spontanée [non précédée d’activités offensives de l’Armée israélienne] de miliciens du Hezbollah sur une patrouille israélienne, près du village israélien de Zarit au matin du 12 juillet 2006". Cette agression a causé la mort de huit militaires israéliens.

 

Le lecteur comprend ainsi qu’il s’agit d’une agression délibérée, qui rend le Hezbollah responsable de toutes les victimes et dommages qu’elle a engendrés, qu’ils soient israéliens comme libanais.

 

Cette guerre ayant été une guerre asymétrique opposant une armée régulière à une milice [une organisation paramilitaire constituant l’élément de base de certains partis totalitaires ou de certaines dictatures (Larousse)] utilisant les tactiques de la guérilla, l’élément caractéristique est que l’Armée israélienne est parvenue à éliminer 840 miliciens en riposte à l’agression spontanée qu’elle avait subie.

 

C’était son hypothèse de travail afin de différer durablement la menace que faisait peser la milice terroriste sur la population que Tsahal a pour obligation de protéger.

 

L’élimination de ces miliciens-terroristes procédait de l’objectif à atteindre afin de diffuser ladite menace/agression.

 

La mort de personnes non combattantes était ainsi collatérale à cette finalité chiffrable dans l’environnement d’un affrontement asymétrique ; elle est ainsi le fait de l’entière responsabilité de l’agresseur.

 

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A la Ména, nous ignorons la nature du virus qui pousse le gouvernement français à entretenir une pseudo-agence de presse publique qui passe son temps à dénaturer par des méthodes inacceptables les actions de l’Etat d’Israël au détriment de l’harmonie sociale nationale et de la sécurité de la communauté juive en France.

 

Notre parti pris à Métula consiste à dénoncer en la déconstruisant systématiquement cette démarche raciste et antisémite. Ainsi que toute incitation à la haine, quelle que soit ses fondements ou l’identité de ses victimes.

 

Est-il vraiment nécessaire de préciser que nous n’agissons suivant aucun dogme, aucun engagement politique ou doctrine religieuse et aucun nationalisme ?

 

Nous ne cesserons pas nos démonstrations aussi longtemps que cette démarche pendable sévit au sommet d’un Etat qui n’a strictement aucune raison de nous stigmatiser de la sorte.

 

Dreyfus, Drancy, Mohammad Dura cela suffit. Ce sont eux qui finiront par le comprendre.