Qui a réalisé le raid de ce matin en Syrie ? (info # 010904/18) Version imprimable
lundi, 09 avril 2018

 

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

 

Tôt ce matin (lundi) la base aérienne syrienne T4, construite autour de l’aéroport d’Althias, à 50km à l’ouest de Palmyre et 85km à l’est d’Homs [1ère carte] a été l’objet d’une nouvelle attaque aux missiles air-sol.

 

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La situation géographique de T4

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

SANA, l’agence d’information officielle du gouvernement de Bashar al Assad, ainsi que la Télévision d’Etat ont, dans un premier temps, annoncé que "l’agression, constituée de plusieurs frappes, avait probablement été conduite par les Etats-Unis".

 

Après que le Pentagone eut formellement nié les affirmations de la Télévision syrienne, la référence à l’Amérique a été retirée de toutes les communications en provenance de Damas.

 

Le communiqué du Pentagone est les suivant : "Le Département de la Défense ne mène actuellement pas de frappes aériennes en Syrie. Nous continuons toutefois à observer de près la situation et nous soutenons les efforts diplomatiques visant à faire rendre des comptes à ceux qui utilisent des armes chimique en Syrie et ailleurs".

 

L’Armée américaine, première puissance militaire de la planète, ne produit pas d’ordinaire de fausses déclarations. De plus, sur la base d’informations d’origine étrangère, l’objectif visé à T4 était principalement iranien ; or Téhéran n’est pas directement mêlé à l’attaque chimique qui a frappé samedi la ville de Douma, dans la banlieue Est de la capitale syrienne. Les Perses ne sont responsables de ce massacre que dans la mesure où ils soutiennent le régime alaouite. Si Washington se décidait à punir les auteurs de l’attaque au chlore sur Douma, il le ferait plus que probablement en s’en prenant directement à ceux qui l’ont perpétrée, c’est-à-dire les forces du régime.

 

C’est ainsi que l’Amérique avait réagi, dans la nuit du 6 au 7 avril de l’an dernier, en lançant une cinquantaine de missiles de croisière Tomahawk sur la base aérienne de Shayrat, dans le sud du gouvernorat de Homs. Ce raid s’était déroulé deux jours après le massacre au gaz sarin de Khan Cheikhoun, dans la province d’Idlib, commis par l’Armée syrienne, qui avait causé la mort de 74 personnes et en avait blessé environ 600.

 

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La base aérienne T4

Dans les cercles blancs, les zones d’opérations russes où sont parqués et entretenus les appareils

Dans le cercle rouge, l’ "Aile iranienne"

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

La France a également nié avoir mené l’opération de ce matin, selon un communiqué de l’agence gouvernementale AFP.

 

D’après le correspondant de la Ména à Beyrouth, Michaël Béhé, qui est parvenu à joindre des responsables médicaux à Khirbat Tiyas, la ville la plus proche de la base aérienne, juste avant que les communications avec la région ne soient coupées, ils dénombraient "environ 30 morts et plus du double de blessés, presque tous des [Gardiens de la Révolution] Iraniens".

 

La Télévision syrienne a également déclaré que la défense aérienne avait "abattu huit missiles", ce que nous jugeons hautement improbable. Nous confirmons cependant que des missiles antimissiles ont été tirés depuis T4.

 

Il s’agit probablement de missiles appartenant à un système de protection antiaérien russe de type S-400, récemment déployé dans la région par la force expéditionnaire de Vladimir Poutine et desservie par des opérateurs russes.

 

Ce déploiement est censé protéger un important positionnement de chasseurs-bombardiers de Moscou sur l’aéroport d’Althias (T4), à partir duquel ils bombardent quasi-quotidiennement les régions tenues par les rebelles. D’après nos informations, les missiles antimissiles russes ne sont pas parvenus à empêcher que le raid de ce matin soit amplement couronné de succès.

 

Il ne visait cependant pas les zones d’opération russes sur la plateforme, entourées de cercles blancs sur la [2ème carte].

 

A en croire la chaîne de télévision du Hezbollah au Liban al Manar [Ara. : le phare, la balise], l’opération de ce matin est "une agression israélienne".

 

Le porte-parole de Tsahal a refusé de commenter cette imputation. Il n’en demeure pas moins que cette hypothèse est la plus plausible. Jérusalem aurait ainsi profité du chaos généré par l’attaque au gaz de combat à Damas afin de détruire l’un des objectifs iraniens qu’elle avait sélectionné.

 

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En exclusivité : le détail de l’"Aile iranienne" (avant le raid)

Cercles verts : les ateliers + hangars

C’est de celui de droite (point rouge) qu’était sorti le drone abattu en février à Bet Shéan

Cercles orange : probablement les bâtiments d’un centre de commandement iranien en Syrie

Cercle blanc : parking automobile de l’"Aile iranienne"

Cercle jaune : un avion au parking

Probablement un appareil désaffecté pour faire croire qu’il s’agissait d’une base de soutien d’avions opérationnels russes ou syriens. Les Iraniens ne disposent pas d’avions en Syrie

Flèches bleues : taxiways d’accès à la piste

Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Le Khe’l Avir, l’Aviation militaire israélienne, avait déjà agi contre l’ "Aile iranienne" de T4 en février dernier, lors du samedi sanglant au cours duquel un F-16 israélien avait été abattu par la DCA gouvernementale syrienne.

 

Lors de la riposte très étendue du Khe’l, qui avait touché une vingtaine d’objectifs sur le territoire syrien, l’ "Aile iranienne" avait été presque totalement détruite, y compris l’atelier-hangar [cercle vert et point rouge sur la 3ème carte détaillée] d’où était parti le drone qui avait survolé Israël et été abattu à proximité de la ville de Bet Shéan.

 

A notre avis, Les Israéliens ont permis aux Iraniens de reconstruire leur complexe à T4, d’y acheminer du nouveau personnel et du matériel de remplacement, et a oblitéré à nouveau ces installations ce matin.

 

Téhéran comptait sans doute sur les nouvelles défenses russes pour protéger son "investissement", particulièrement après la rencontre Poutine, Erdogan, Rohani, mercredi dernier à Ankara, lors de laquelle les trois alliés ont décidé de resserrer encore leur coopération militaire en Syrie.

 

A noter que depuis l’attaque au gaz de samedi, toutes les forces de Moscou en Syrie avaient été placées en alerte défensive, suite aux accusations portées par le Président Donald Trump, stipulant que "le Président Poutine, la Russie et l’Iran étaient responsables de soutenir "l’animal Assad"". Donald Trump a aussi promis de "faire payer le prix fort" aux auteurs du crime de Douma.

 

Les Russes n’ont donc pas été pris par surprise. Et au vu de la situation diplomatique ambiante, nous sommes convaincus que la Maison Blanche avait été mise au courant du raid de ce lundi et qu’elle a donné à Jérusalem ses assurances de coopération militaire en cas de riposte de Poutine contre l’Etat hébreu.

 

A noter à ce propos qu’une telle réplique est peu probable, même sans les assurances américaines, pour une multitude de raisons, à commencer par le fait qu’aucun militaire russe n’a vraisemblablement été blessé lors du raid de cette nuit.

 

D’autre part, nous sommes en mesure d’affirmer que, d’un simple point de vue technique, la Russie, les Etats-Unis, mais aussi les autres puissances européennes, y compris la France, savent assurément d’où sont partis les missiles qui ont touché T4 à l’aube.

 

Sur le plan diplomatique, neuf pays dont la France ont réclamé une réunion urgente du Conseil de Sécurité à propos des événements de Douma. La séance se tiendra à 19 heures, heure de Washington, et la Russie, et peut-être la Chine, va sans doute opposer son veto à toute résolution condamnant son protégé de Damas. Mais au vu de la gravité des faits, un tel veto pourrait cette fois occasionner une action militaire des Occidentaux agissant sans l’aval des Nations Unies.

 

Ce, d’autant plus que les présidents américain et français qui se sont consultés ont promis "une réponse forte et commune".

 

A propos de l’attaque de samedi à Douma, l’ONG Syrian American Medical Society (SAMS), dont les docteurs et infirmiers volontaires ont traité les blessés à Douma, ceux-ci présentaient des "symptômes d’exposition à un agent chimique. De la mousse s’échappait de leur bouche et ils dégageaient une odeur semblable à celle du chlore."

 

 

Dernière minute :

 

L’agence d’information russe Interfax a relayé le ministère russe de la Défense, prétendant que deux appareils de type F-15 avaient attaqué une base aérienne syrienne près d’Homs à partir du territoire libanais, ajoutant que "les systèmes de défense aérienne syriens [c’est-à-dire russes] avaient abattu cinq des huit missiles tirés, tandis que les trois autres sont tombés sur la partie occidentale de la base". La Ména met en doute cette information qui est d’autre part techniquement impossible et contradictoire avec l’annonce de SANA.

 

Interfax cite également des experts [anonymes] russes en Syrie affirmant qu’ "il s’agit de la réaction israélienne aux accords conclus à Ankara la semaine dernière entre la Russie, l’Iran et la Turquie". Lesdits "experts" ajouteraient qu’Israël a agi comme le bras long des USA qui n’ont pas voulu attaquer directement la Syrie afin de ne pas provoquer la Russie.

 

La source en question confirme l’information contenue dans notre breaking, selon laquelle l’attaque était coordonnée entre Israël et les Etats-Unis.  

 

 

 

Note générale :

 

Toutes les informations contenues dans cet article proviennent de sources non-israéliennes et d’informations publiques, analysées par les spécialistes de la Ména. Aucune information secrète n’est dévoilée ici.