Qui vient d’attaquer le périmètre de l’Armée russe à Lattaquié ? (011809/18) Version imprimable
lundi, 17 septembre 2018

 

© Metula News Agency

 

Métula, mardi, 03h06, 02h06 à Paris

 

Plusieurs attaques au missile ont été rapportées dans la soirée de lundi visant des objectifs situés dans la province de Lattaquié (Syrie) aux alentours des bases russes qui s’y trouvent, ainsi qu’à proximité des villes du nord-ouest que sont Homs et Hama.

 

Les nouvelles concernant les frappes sur Lattaquié ont été confirmées par l’agence officielle du régime syrien SANA, qui a admis que le "Centre de l’Agence des Usines Techniques" de Lattaquié avait été totalement détruit.

 

Nous ne sommes pas en mesure de confirmer les informations relatives aux autres attaques, les communications étant rendues très difficiles à cause de la censure ainsi que d’une panne d’électricité touchant une bonne partie de la province de Lattaquié. Cette constatation indique que les rapports concernant des explosions dans la centrale électrique principale de Lattaquié sont probablement exacts.

 

Les commentaires des media gouvernementaux syriens ainsi que les autres supports syriens et arabes attribuant l’opération aux Israéliens ne sont confirmés que du bout des lèvres par les officiels du régime de Bashar al Assad. Le gouvernement syrien parle de 18 blessés et d’aucun mort lors des attaques de lundi soir ; notre spécialiste de ce genre d’évaluation, Michaël Béhé, s’avoue certes incapable de fournir un bilan humain précis ; il estime cependant, à 2h38, heure locale, sur la base des informations qu’il possède, que les pertes sont considérables et se chiffrent en dizaines de victimes, probablement toutes militaires ou au service des militaires.

 

lattaquimap_sep_2018.jpg

Service cartographique © Metula News Agency

Source : Google Earth Pro

 

Ce que l’on peut affirmer avec certitude est que les missiles ont été tirés depuis la mer, mais nous ne sommes pas même en mesure de dire si c’est à partir de navires de guerre ou de bombardiers.

 

L’éventualité d’une attaque navale n’est pas privilégiée, la Russie ayant déployé une imposante escadre dans le bassin oriental de la Méditerranée. S’il s’agit d’une attaque navale, elle aurait soit requis que des bâtiments d’assaut s’intercalent entre les bateaux russes en prenant un risque de confrontation extraordinaire, soit qu’elle soit diligentée à bonne distance, à savoir au moins à partir des côtes de Chypre.

 

Si c’est une attaque navale qui a eu lieu, elle n’est pas le fait d’Israël, qui n’a pas la capacité maritime nécessaire pour provoquer le déploiement naval russe.

 

Même si les raids ont été conduits depuis les airs, l’armada de Poutine, lourdement dotée de systèmes antiaériens et antimissiles, certainement des versions maritimes du S-400, a dû être prise en compte.

 

L’armada en question a été déployée afin de protéger l’assaut final contre la province d’Idlib toujours aux mains des rebelles antigouvernementaux par le contingent russe et ses alliés syriens et iraniens. De manière très surprenante, les présidents russe, Poutine, et turc, Erdogan, qui se sont rencontrés lundi, ont conjointement annoncé que l’offensive contre Idlib "n’était plus sur la table", c’est-à-dire qu’elle était interrompue voire abandonnée, et que la zone deviendrait un espace démilitarisé dès le 15 octobre prochain.

 

Nous rappelons à nos lecteurs que les Etats-Unis ont plusieurs fois menacé directement d’intervenir afin d’empêcher le Tsarévitch et ses alliés d’écraser la population d’Idlib sous leurs bombes. Cette menace était encore plus précise et englobait des Etats de la Coalition occidentale en cas d’utilisation d’armes chimiques par les assaillants. Or il semble qu’à trois reprises au moins ces derniers se soient servis de gaz au chlore pour précipiter l’issue des combats.

 

On ne peut ainsi exclure que les raids de lundi aient été conduits par ladite coalition et non par Tsahal. Ce soupçon étant renforcé par le fait que Vladimir Poutine n’a pas l’habitude de renoncer à une offensive annoncée et déjà entamée. Seul un argument fort a pu lui faire changer d’avis.

 

On peut également observer que l’attaque sur Lattaquié visait une zone d’influence principalement russe et non iranienne ; notamment parce que Téhéran n’a que peu d’intérêt à entreposer des munitions à Lattaquié, dans une région aussi lointaine des frontières de son ennemi israélien (260km de Métula).

 

Aussi, si l’on sait que le "Centre de l’Agence des Usines Techniques", un paravent fréquentable pour des activités qui ne le sont guère, dissimulait des entrepôts d’armes et de munitions qui ont été annihilées, on ne peut pas affirmer avec assurance s’il s’agissait à nouveau d’équipements perses ou russes, pour une fois.

 

lattaqui_sept_2018_ii.jpg

Le Centre de l’Agence des Usines Techniques entièrement dévoré par les flammes

 

Et si l’on savait qu’un détachement de l’Armée iranienne était caserné non loin de la ville de Lattaquié, il est de notoriété publique que la base militaire principale des Russes en Syrie se trouve à Khmeimim, à 17km au sud-est de Lattaquié, et que la plus grande base maritime de Poutine hors des frontières de Russie est installée dans le port de Tartous, à 72km de la même ville.

 

Avant d’être capable de tirer les choses au clair concernant cette attaque et ses auteurs, on peut d’ores et déjà affirmer que les positions militaires de la province de Lattaquié sont défendues non pas par la DCA syrienne et ses batteries de S-200, mais par les soldats russes, qui y ont déployé deux systèmes complets de S-400, considéré par certains comme l’arme antimissiles la plus performante du moment.

 

Or les S-400 ont été absolument inutiles dans leur tentative d’empêcher l’anéantissement du "Centre de l’Agence des Usines Techniques" ainsi qu’au moins de la centrale électrique qui fournit le contingent russe en courant. Voir deux vidéos de l’attaque : vidéo 1, vidéo 2.

 

Que l’assaut ait été porté par les Israéliens ou par les Américains et leurs alliés, qu’il ait été lancé depuis des navires ou des avions, son succès constitue un formidable coup porté à la réputation du S-400 et de son succès commercial. Il est notamment déjà commandé par les Iraniens et, chose bien plus étonnante, par l’Arabie Saoudite.

 

C’est cette déconvenue qui a sans doute amené l’agence Spoutnik à surréagir en titrant hier soir, quitte à contredire SANA elle-même : "La DCA syrienne aurait repoussé une attaque de missiles dans les alentours de Lattaquié".  

 

Le contraste était encore plus net que cela, les media d’Etat syriens ne cachant rien cette fois de l’étendue des dégâts, allant jusqu’à poster des vidéos d’objectifs en flammes à Lattaquié sur le Net. Un officier syrien a confié à Michaël Béhé que c’était "pour régler leurs comptes avec les Russes qui se moquent constamment de l’incapacité des militaires syriens à enrayer les raids israéliens".

 

Quant au communiqué de l’AFP et de ses perroquets borgnes, qui ont décrit en titre cet incident de la plus grande importance stratégique par : "Syrie: le système anti-aérien intercepte des missiles tirés vers Lattaquié", c’est au mieux une fake news, mais c’est encore plus proche de l’anti-information ; le titre correct, au vu des vidéos, des photos et de l’aveu de SANA étant : "Les Russes incapables d’opposer leurs S-400 aux missiles visant des objectifs dans leur périmètre de sécurité". Ce qui est exactement le contraire.

 

Cela démontre en tout cas que les media qui ont reproduit cette farce de l’AFP, à l’instar d’I24News du franco-israélien Patrick Drahi, ne pipent pas grand-chose ni de la situation au Moyen-Orient, ni de la fonction de journaliste.

 

A 2h41, plusieurs media arabes et syriens affirment que l’opération de lundi a été réalisée conjointement par les Etats-Unis, la Grande Bretagne, Israël, ainsi que d’autres pays européens. Ils annoncent que 28 frégates lance-missiles U.S. auraient participé aux raids. Nous n’avons pour le moment aucune possibilité de vérifier ces informations, mais nous avons l’intention de suivre ces divers développements toute la nuit.

 

L’avis de Jean Tsadik au vu des infos en notre possession : "Cela ressemble à un ultime avertissement à Poutine afin qu’il cesse réellement l’offensive sur Idlib et pas uniquement en paroles. La prochaine frappe pourrait cibler les installations russes".