Second drone syrien abattu : les explications (011307/18) Version imprimable
vendredi, 13 juillet 2018

 

© Metula News Agency

 

20h15 à Métula vendredi, 19h15 à Paris

 

Avant-hier, Tsahal a abattu un drone d’observation en provenance de Syrie. L’action s’est déroulée pendant que Binyamin Netanyahu se trouvait dans l’avion en route pour Moscou afin d’y rencontrer Vladimir Poutine.

 

Les radars israéliens observaient l’évolution de l’avion sans pilote longtemps avant son interception ; en fait, il volait encore dans l’espace aérien syrien lorsque les radars l’ont repéré.

 

Afin de ne pas risquer d’empoissonner l’atmosphère des discussions importantes qui allaient se dérouler au Kremlin, l’Armée israélienne a décidé d’attendre d’être absolument certaine qu’il ne s’agissait pas d’un appareil russe avant de l’abattre.

 

Pour ce faire, elle a utilisé le téléphone rouge qui relie Tsahal au commandement du contingent du Tsarévitch à Lattaquié pour demander aux Russes de confirmer que le drone n’était pas à eux avant de lancer le Patriot.

 

La réponse fut négative et l’intrus fut intercepté. C’est toujours une victoire d’abattre un aéronef ennemi qui viole son espace aérien, d’autant plus que les engins de ce genre ont une petite surface, qu’ils sont entièrement en matériaux composites, ce qui laisse une minuscule signature sur l’écran radar et rend leur interception complexe.

 

Mais ce qu’on ne vous a pas dit est que cette décision de retarder l’envoi du missile d’interception a été chèrement payée. En fait, les spécialistes de la Ména n’hésitent pas à parler dans ce cas d’une victoire de Bashar al Assad et d’un échec pour les Israéliens.

 

La raison en est, qu’au moment où le drone a été détruit, il avait déjà rempli sa mission. La mission d’un drone d’observation consistant à photographier le dispositif militaire de l’ennemi et à envoyer en temps réel les images à son propriétaire.

 

En laissant l’engin survoler nos lignes dans le Golan pendant de longues minutes, il a eu amplement le temps de remplir sa tâche.

 

Pour comprendre l’importance de ce commentaire, il est nécessaire de savoir que dans le sud du plateau du Golan syrien, à l’ouest de Deraa, l’Armée d’Assad a progressé face aux rebelles jusqu’à environ 18km de la frontière israélienne établie sur la ligne de désengagement Alpha [cartes].

 

Or actuellement, l’objectif du dictateur de Damas est de savoir jusqu’où il pourra s’approcher impunément de ladite ligne.

 

En principe, et selon l’accord de désengagement signé entre les parties à Genève en 1974 – juste après la Guerre de Kippour – les forces syriennes ont l’interdiction de franchir la ligne Bravo et de mener quelque action militaire que ce soit dans la zone démilitarisée, ou au-dessus d’icelle.

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Les lignes de désengagement Alpha et Bravo

 

Depuis quelques jours, y compris lors des pourparlers de Moscou, les responsables de l’Etat hébreu concentrent leurs interventions et leur menaces sur cette interdiction, en se référant à l’accord de 1974. Mercredi, le porte-parole de Tsahal a émis un communiqué à ce propos libellé de la manière suivante : "(…) Tsahal continuera à agir face aux tentatives de contrevenir aux accords de séparation des forces de 1974, il ne permettra pas que la souveraineté israélienne soit violée et agira contre toute tentative visant à porter atteinte à ses citoyens".

 

Pour indiquer leur mécontentement, les Israéliens ont frappé trois objectifs dans la ville de Khan Arnabeh [carte], située dans un méandre de la ligne Bravo, mais à quelques mètres de celle-ci. Les cibles visées, comme le montre la vidéo ci-après diffusée par le porte-parole de l’Armée de Défense d’Israël, ont été détruites. Elles faisaient partie du dispositif principal d’une unité de commandos dont nous avons souvent parlé dans ces colonnes, composée uniquement de miliciens du Hezbollah, de Gardiens de la Révolution iranienne, ainsi que d’un certain nombre de Druzes de la ville de Hader, favorables au régime de Damas. [Regarder la vidéo].

 

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Service cartographique © Metula News Agency

Base : Google Earth Pro

 

Il s’agit, de la part de Jérusalem, d’un avertissement approprié, au moment où le gouvernement hébreu discute avec les Russes d’un accord aux termes duquel Israël est censée accepter le redéploiement de l’Armé d’Assad et la reconnaissance de son régime, en échange du retrait des militaires iraniens et de leurs supplétifs du Hezbollah libanais du territoire syrien. L’entente en train d’être finalisée entre Jérusalem et Moscou prévoit également que l’accord de désengagement de 1974 sera respecté.

 

Ce vendredi, un second drone syrien a été intercepté par un Patriot, mais il l’a été, sans états d’âme, alors qu’il venait juste de franchir la ligne Bravo. Il n’a donc pas été en mesure de compléter la reconnaissance réalisée par le premier appareil mercredi dernier.

 

D’autre part, on a également entendu il y a quelques instants des chasseurs-bombardiers du Khe’l Avir traverser le ciel du Doigt de la Galilée, et il ne fait peu de doutes qu’Israël va punir à nouveau cette tentative d’incursion en oblitérant des positions qui la dérangent à proximité de sa frontière.

 

Ces deux sacrifices concédés par le dictateur damascène démontrent son intérêt à obtenir des renseignements relativement à la quantité de chars et de pièces d’artillerie de Tsahal déployés derrière la ligne Alpha. Ces indications précieuses sont censées lui permettre de régler la marge de manœuvre de son armé en direction de l’Ouest.

 

Si les forces de Tsahal sont importantes et en ordre de combat, il restera à distance respectable de la zone démilitarisée. Si elles ne le sont pas, Assad pourrait se hasarder dans son voisinage immédiat, et peut-être prendre le risque de la franchir en quelques points qui revêtent pour lui un intérêt stratégique majeur.

 

Dans cette éventualité, il serait tenté de s’attaquer à des positions du Front du Sud situées dans la zone de désengagement, en recourant à l’artillerie ou à des missiles. Cela dépend grandement, à son avis, du positionnement de l’Armée israélienne et de sa disponibilité à livrer combat.

 

En connaissant précisément les positions occupées par Tsahal sur le front, leur composition, il obtiendrait la capacité de régler son artillerie sur elles lors d’un éventuel échange de tirs, et pourquoi pas, à l’occasion d’une opération surprise limitée, ayant pour objectif d’anéantir les positions rebelles aux portes d’Israël.

 

Il est évident que ces éventualités participent, pour le despote alaouite, d’un pari très risqué, qui pourrait faire l’objet d’une riposte dévastatrice de Tsahal. Mais, dans la mentalité alaouite, les succès militaires qu’il vient d’enregistrer face au Front du Sud à Deraa, de même que la disponibilité sur place d’un important matériel de guerre et de nombreux soldats, y compris des Iraniens et des Libanais déguisés en militaires syriens de la IVème Armée, pourraient l’enhardir au point de lui faire perdre le sens des rapports de forces.

 

D’un autre point de vue, le fait de connaître les détails du dispositif israélien face à lui ne peut qu’augmenter le nombre des paramètres de décision à sa disposition avant de progresser vers l’Ouest. Et les informations de ce genre constituent toujours un atout appréciable au moment de prendre des décisions tactiques.

 

Or mercredi, lors d’un calcul discutable quant à son éventuel impact sur les discussions avec Poutine, Tsahal a sciemment laissé le premier drone pénétrer de 10 à 15km dans notre espace aérien et multiplier ses prises de vues.

 

Nous ne sommes pas allés faire des constatations hier et aujourd’hui dans le Golan, et si nous l’avions fait, nous n’en parlerions évidemment pas ; mais nous sommes convaincus, à Métula, que, suite au survol du premier appareil sans pilote mercredi, Tsahal a été obligé de modifier ses positions face à l’Armée syrienne. De tels mouvement impliquent passablement de désagréments, du travail supplémentaire pour les soldats, et font dépenser de l’argent. Assurément plus d’argent que ce que coûtent deux drones primitifs en fibre de verre.