Syrie : 2 jours de bombardements intensifs (012007/20) Version imprimable
dimanche, 19 juillet 2020

 

Métula, nuit de dimanche à lundi 02h15 à Métula, 01h15 à Paris.

 

Michaël Béhé, Stéphane Juffa et Jules Mazouz ont contribué à cette dépêche.

 

Hier (samedi) et aujourd’hui, deux régions de Syrie ont subi des bombardements intensifs causant des centaines de morts parmi les forces iraniennes et leurs milices supplétives, ainsi que dans les rangs de l’Armée gouvernementale syrienne.

 

Ces bombardements aériens ont duré plusieurs heures et ont consisté ce dimanche en 5 à 6 raids successifs de chasseurs-bombardiers ainsi qu’à des frappes ciblées de drones.

 

Ils ont visé les positions iraniennes le long de l’Euphrate entre Deir ez-Zor [carte] et Boukamal [carte], notamment à proximité des localités de Boukamal, (dans l’ordre en remontant vers le Nord, pas sur la carte) al Salhiyah, Subaykhan et al Mayadin.

 

L’autre zone visée est celle située dans l’est de la province de Hama [carte], principalement des quartiers généraux des Gardiens de la Révolution khomeyniste [Pasdaran] et des entrepôts d’armes. Les objectifs se trouvaient à proximité de la base T4, dans les environs de Palmyre et plus loin encore à l’Est dans le désert syrien.

 

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Les secteurs frappés ce weekend

Service cartographique © Metula News Agency

 

Sur l’Euphrate, le long de l’autoroute iranienne, ce sont des positions des Pasdaran et des milices supplétives chiites irakiennes [Mobilisation populaire] et libanaises [Hezbollah] qui ont été ciblées et détruites. Des soldats de l’Armée gouvernementale de Bashar al Assad ont également subi ces attaques.

 

Dans les deux secteurs les explosions ont été monumentales et ont été entendues à près de 40 kilomètres à la ronde. Nous pensons que l’amplitude de ces déflagrations est due à la seconde explosion des missiles et autres munitions entreposés touchés par les frappes aériennes.

 

Pris de panique à cause de l’intensité des raids et de leur durée, les militaires iraniens, syriens et les miliciens ont pénétré dans les agglomérations afin de se mélanger aux civils et d’échapper ainsi à la mort. Les civils étaient eux aussi naturellement gagnés par l’hystérie.

 

Depuis hier (samedi) toutes les communications téléphoniques avec les zones attaquées ont été coupées, ce qui a empêché Michaël Béhé de s’entretenir avec des témoins oculaires.

 

Relativement à l’accoutumée, nous disposons de peu d’informations concernant ces opérations qui n’ont pas été reprises par les media gouvernementaux syriens et n’ont pas été commentées en Israël et aux Etats-Unis. Après des heures de recherche, nous pouvons cependant certifier les informations que nous fournissons dans cette breaking.

 

Nous ignorons la nationalité des appareils ayant mené ces raids, mais en analysant leur mode opératoire, nous avons des raisons de penser qu’il s’est agi d’opérations conjointes entre le Khe’l Avir israélien et des avions de la Coalition internationale, majoritairement américains. S’agissant d’une information par recoupements, nous ne sommes pas en mesure de confirmer cette hypothèse.

 

La raison de ces opérations est double : premièrement, mais pas dans un ordre d’importance, les tirs répétés de roquettes et de mortiers à Bagdad, sur la zone verte où se trouve l’ambassade américaine ainsi que contre des convois civils américains par les milices chiites irakiennes au service de Téhéran.

 

Deuxièmement, nous avons des informations faisant état de mouvements importants de Pasdaran et de miliciens mécanisés de l’Irak vers Damas et la frontière israélienne. Nous avons également observé ces derniers jours sur les radars de nombreuses rotations des 747 cargos de Qeshm Air entre Téhéran et Damas, très probablement chargés d’armes.

 

Il semble que les Iraniens préparaient une action d’envergure contre l’Etat hébreu dans le but de se venger des récentes et nombreuses attaques attribuées à Tsahal sur le territoire perse. A notre avis, les bombardements de ces deux derniers jours ont fait avorter ce projet. Et comme nous l’avons écrit, les pertes dans les rangs des Pasdaran et de leurs alliés sont très lourdes. Ceci relève d’une certitude.

 

Précédant ces opérations, les ministres russe et israélien de la Défense, Messieurs Sergueï Choïgou et Benny Gantz, se sont longuement et intensément entretenus au téléphone.

 

Moscou a diffusé un communiqué relatant ces conversations sur le site Internet de la chaîne Russia Today. Dans ledit communiqué, le ministère russe de la Défense a annoncé que ces conversations téléphoniques avaient porté sur "des questions urgentes, l'horizon de la coopération militaire bilatérale et la situation au Moyen-Orient". Les deux ministres ont affirmé "l'effort commun de poursuivre le partenariat entre la Russie et Israël dans le domaine militaire", toujours selon le communiqué.

 

Benny Gantz, de son côté, s’est exprimé sur son compte Twitter. Il écrit avoir discuté avec Sergueï Choïgou "des questions stratégiques liées à la région du Moyen-Orient et à sa stabilité". Il a aussi  "exprimé la gratitude de Jérusalem à Moscou pour sa compréhension des intérêts liés à la sécurité d'Israël".

 

M. Gantz a indiqué avoir souligné dans cet appel "la détermination de son pays à contrer les efforts de l'Iran pour se positionner militairement en Syrie et à empêcher Téhéran de réaliser ses ambitions nucléaires".

 

Cette conversation est triplement surprenante : par son contenu, par la cordialité qui l’a caractérisée et par la diffusion de ces communiqués concordants et exceptionnellement circonstanciés par les deux pays.

 

Comme nous l’avions mentionné il y a quelques semaines, il semble qu’une entente ait été trouvée concernant une coopération entre Moscou, Washington et Jérusalem. Cet accord paraît s’articuler sur deux axes, soit la nécessité d’empêcher le déploiement de l’Armée iranienne en Syrie, et celle de bloquer l’expansion des Turcs vers le centre de ce pays et dans la région kurde.