Ubu roi : la faute de trop ? (012602/19) Version imprimable
lundi, 25 mars 2019

 

Par Jean Tsadik

 

Dans mon intervention précédente, j’avais écrit – et je vous prie de m’excuser d’avance de me citer moi-même mais cela me semble nécessaire pour comprendre la situation et ce qu’elle avait de prévisible :

 

"Si Tsahal déclenche une opération contre le Hamas, elle doit impérativement être décisive.

 

Toute autre option provoquerait des milliers de tirs de roquettes sur les villes et villages israéliens dans le sud ET dans le centre du pays et dégénérerait en une guerre généralisée avec Gaza.

 

Faute de prévoir des frappes de nature à faire taire les lanceurs de roquettes djihadistes, il est préférable de ne pas déclencher d’opération militaire.

 

Nous pensons que l’état-major est conscient de ces impératifs et les prend en compte dans ses décisions".

 

Il est minuit moins quart en Israël, une cinquantaine de roquettes ont été tirées sur le Néguev depuis une heure, principalement sur les villes de Sdérot et de Nétivot. Quatre-vingt-dix pour cent ont été interceptées par le Dôme de fer mais une maison a été touchée de plein fouet à Sdérot par un projectile et ses habitants ne doivent la vie qu’au fait qu’ils se trouvaient dans l’abri. [Voir une interception de roquette par le Dôme de fer (source Tsahal)].

 

Mais là n’est pas la question. Le Khe’l Avir (l’Aviation israélienne) avait entrepris une attaque à Gaza à 17h44 afin de riposter au tir d’une roquette Fadjer, à l’aube, sur un village proche de Tel-Aviv.

 

Du point de vue stratégique, il s’agissait de neutraliser la capacité du Hamas de tirer de nouvelles roquettes. Le moins que l’on puisse en dire est que l’opération de Tsahal n’a pas été "décisive", puisque les tirs de Katiouchas se poursuivent comme si elle n’avait pas eu lieu.

 

Comme Binyamin Netanyahu en a pris l’habitude, il a à nouveau instruit l’Armée de pratiquer par des raids symboliques afin de dissuader le Hamas de poursuivre ses agressions sur les civils israéliens. Les cibles choisies ont été un peu plus importantes que les deux fois précédentes, mais elles étaient tout autant abandonnées par les miliciens islamistes. Des bâtiments du Hamas ont été détruits, des entrepôts de munitions ainsi que les bureaux d’Ismaïl Hanya, l’un des deux chefs de l’organisation terroriste palestinienne. Avant chaque frappe, nos avions ont envoyé un missile toc-toc (il frappe à la porte) inoffensif sur leur prochain objectif afin de prévenir ses occupants éventuels et de leur permettre de le quitter.

 

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Destruction d’un bâtiment du Hamas… vide

 

A 22 heures, les organisations terroristes de Gaza ont fait savoir qu’un cessez-le-feu était intervenu avec l’Etat hébreu des suites d’une médiation égyptienne. Les Israéliens ont nié l’information mais aucune action militaire de leur part n’est intervenue depuis vingt-deux heures, y compris après le tir de la cinquantaine de roquettes que j’ai évoqué précédemment.

 

On peut légitimement se demander pourquoi Netanyahu a envoyé plus de dix mille hommes et leur matériel se déployer autour de la bande côtière. Pour impressionner le Hamas ?

 

Cela n’a pas fonctionné, pas plus que la démonstration de force de l’Armée de l’air et c’était prévisible puisque je l’avais prévu. Ce n’est pas que ce gouvernement applique une stratégie erronée, c’est qu’il n’a aucune stratégie.

 

La preuve ? Le cabinet politique-sécuritaire ne s’est pas réuni ; ni pour décider du déclenchement du feu d’artifice, ni pour prendre les décisions qui s’imposent afin de protéger les habitants d’Israël suite à l’échec de cette manœuvre dérisoire de dissuasion.

 

Le cabinet politique-sécuritaire n’existe pas, il n’a aucune influence sur la politique d’Israël, les ministres n’ont pas le droit au chapitre. Les initiatives ont été prises depuis Washington où se trouve l’autocrate qui dirige le pays à lui seul selon son bon vouloir. Il n’y a pas non plus de ministre de la Défense à Jérusalem, puisque le Premier ministre cumule cette fonction avec celle de chef de l’exécutif.

 

On a la très nette impression cette nuit qu’il n’y a pas d’adulte responsable dans le pays. Tsahal exécute les ordres qui sont dictés par téléphone par Netanyahu au chef d’état-major, l’infortuné Aviv Kokhavi. Ces ordres n’ont ni queue ni tête mais personne ne possède les privilèges constitutionnels indispensables pour les discuter.

 

Il est maintenant minuit vingt-huit et l’on m’informe de nouveaux tirs de roquettes islamistes sur les agglomérations du Néguev, toujours sans riposte de Tsahal, donc sans la moindre tentative d’anéantir les terroristes qui en sont responsables. Les habitants ne peuvent pas compter sur leurs soldats pour les protéger, leur seule défense dépend du Dôme de fer.

 

A moins qu’ils n’exagèrent vraiment, je veux précisément dire qu’ils parviennent à tuer un Israélien, les terroristes de Gaza pourront demain fêter une nouvelle victoire. Stratégiquement, ils se sont arrogé la nouvelle liberté de bombarder Tel-Aviv sans rencontrer de riposte digne de ce nom de la part de ceux qui sont chargés de la défendre. Et la riposte indigne de ce nom a cessé à 22 heures contre leur promesse non tenue de cesser le feu.

 

Les milices islamiques ont déjà annoncé que demain elles reprendraient les tirs de ballons incendiaires, les embuscades contre les patrouilles le long de la barrière de sécurité, les tentatives d’infiltrations en Israël et les émeutes du vendredi. Ils ont d’ailleurs prévu de réunir un million de participants le weekend prochain pour fêter le premier anniversaire de ces émeutes. Ils n’y parviendront pas, mais suite à leur victoire de ce lundi, cela promet d’être chaud. C’est le prix des errances en matière de stratégie, le plus souvent, elles se paient cash.

 

Yahia Sinwar, Ismaïl Hanya, Mousa Abou Marzouq et Khaled Mashal, les dirigeants du Hamas, ont appris ce soir qu’Israël, sous la direction sans partage de Binyamin Netanyahu, craint à ce point la confrontation avec eux qu’ils peuvent se permettre presque tout ce qui leur passe par la tête pour le provoquer. Par exemple, lancer une cinquantaine de Fadjer sur l’Etat hébreu le jour des élections dans quinze jours. A ce propos, la Ména a appris que les Palestiniens de Gaza ont appris à les fabriquer par eux-mêmes, sur les conseils de leurs inventeurs iraniens.

 

Comme je l’avais écrit dans mon intervention de 17h40, si l’on n’était pas prêt à faire le nécessaire afin de faire taire durablement les lanceurs de roquettes djihadistes de Gaza, il était largement préférable de ne pas déclencher d’opération militaire.

 

Qu’a-t-elle apporté à la sécurité d’Israël ? Des citoyens terrés dans les abris ? Quatre millions et demi de nos compatriotes du centre du pays qui sont désormais à la portée des tuyaux volants d’une bande de dégénérés islamiques ? Les lanceurs de ces roquettes qui décident quand chaque confrontation débute et quand elle cesse ?

 

Minuit cinquante-sept : les sirènes retentissent à nouveau sur le pourtour de l’enclave palestinienne. Netanyahu est toujours à Washington, les habitants sont toujours sans défense malgré le fait qu’ils possèdent l’une des plus puissantes armées de la Planète.

 

Tous les leaders des partis politiques fulminent mais c’est parfaitement inutile. Les habitants du Néguev enragent. Les Israéliens éduqués ou intelligents ne comprennent pas et ils retiennent leurs larmes avec difficulté devant autant de bêtise, d’amateurisme et de gâchis.


Naftali Bennett, le ministre de l’Education du gouvernement actuel et membre du cabinet politique-sécuritaire fantôme, a déclaré ce soir : "Il n’existe pas de pays au monde qui n’exige un prix pour des missiles tirés sur ses citoyens, et il n’existe pas de pays au monde où le sang de ses citoyens est bon marché comme nous l’avons expérimenté ces derniers jours. Bombarder des bâtiments vides détruit la capacité de dissuasion d’Israël et appelle de nouveaux missiles sur nos têtes". Si même un ministre de Netanyahu le comprend, l’analyse ne doit pas être très complexe… Il n’existe pas non plus de pays au monde où un ministre émet une critique aussi essentielle contre le chef de l’exécutif et ne démissionne pas, et pas de pays au monde où ledit chef de l’exécutif n’exige pas sa démission sur le champ suite à de pareils propos. Sauf, bien entendu, dans le cas d’un pays dans lequel les membres du cabinet ne font que de la figuration.

 

L’état-major est bien conscient des impératifs de la confrontation avec les terroristes mais ce n’est pas lui qui décide de la politique du pays et celui qui décide ne l’écoute pas. Il est possible que le despote qui a confisqué toutes les rênes du pouvoir de l’unique démocratie du Moyen-Orient ait fait ce soir la faute de trop qui lui coûtera la victoire aux élections toutes proches. Ce qui est sûr est que Sinwar et Hanya ne souhaitent pas sa défaite.