Visite au musée d’une France conditionnée (010101/22) Version imprimable
dimanche, 09 janvier 2022

 

Par Bruno Wajskop

 

Note bio : Bruno Wajskop (1965) est éditeur (art contemporain, sciences humaines). Il vit à Bruxelles et travaille à Bruxelles et Paris. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont La Force du crabe (Le Bord de l’eau), Funny Reich (Marque Belge), 1995, On n’est pas sérieux quand il y a 17 ans (Cécile Defaut)

 

 

Vitry-sur-Seine. L’avenue Robespierre, qui mène à la Place de la République, est aussi déserte qu’un boulevard à Pyongyang, à peine animée par les files devant un centre de test Covid.

 

Décor idéal pour s’immoler par le feu. Ça ne servirait à rien, on m’aura vite oublié. Pourquoi se tirer ainsi une balle dans le pied ?

 

Alors que je m’apprête à entrer dans le Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, le MAC VAL (seul musée exclusivement consacré à la scène artistique en France depuis les années 1950. www.macval.fr), pour y rencontrer professionnellement, en tant qu’éditeur, un curateur et critique d’art.

 

Je ne sais pas encore qu’une fois de plus, une fois de trop, je vais faire l’expérience du silence obligé, silence sur mes origines, obligé de me taire face à une tornade de propagande anti-israélienne d’Etat. Faire savoir, en ce lieu, que je suis juif, que je défends le droit d’Israël à exister et à se défendre, retoquer des mensonges historiques serait suicidaire. Le suicide attendra. Ce témoignage, cependant, risque d’avoir des répercussions indémontrables sur ma carrière d’éditeur.

 

Il m’arrive souvent de dire que le conflit israélo-arabe (mais israélo-mondial conviendrait peut-être mieux), je m’en tamponne. Les prix de l’immobilier en Israël, le manque d’espace, les complexités administratives et la dureté en affaires, ajoutés à une dyslexie qui me rend l’apprentissage de l’hébreu particulièrement ardu, ont eu raison de mes désirs d’Alyah [l’immigration d’un Juif en Israël. Ndlr.]. Ce pays n’est pas le mien, et si la critique d’un Etat devait être un moteur à mon existence, le carburant que m’offrent la Belgique, où je réside, et la France, où je travaille, surpasserait mes besoins.

 

Ce que je ne souffre pas, en revanche, ce sont les mensonges de la presse, la propagande des media et des Etats, le formatage des esprits, le prêt-à-penser. L’Histoire est déjà un mensonge, n’en rajoutons pas.

 

Bien que l’ère Netanyahou nous a montré qu’Israël était capable de fourbir ses armes en matière de storytelling — l’intérêt personnel serait-il plus efficace que le sens de l’Etat ? — la propagande israélienne reste très en-deçà du fantastique « travail » accompli au nom du peuple palestinien et de ses souffrances. « De toute façon ils ne nous aiment pas » semble être, pour les Israéliens, un mode de fonctionnement qui permet de se soucier de ses enfants en se lavant les mains de l’opinion internationale.

 

C’est à une démonstration du pouvoir de conviction (et de sape) entrepris dans l’intérêt de la cause palestinienne, que je vais avoir droit en visitant la grande exposition muséale consacrée à l’artiste palestinien Taysir Batniji, né à Gaza en 1966.

 

L’artiste est libre : d’interpréter la métaphysique, de représenter les corps, la science, les étoiles ou l’histoire comme il l’entend, et tant mieux. Il faut se réjouir de voir des artistes Palestiniens, au même titre d’ailleurs que des Kazakhs, des Mauriciens ou tout créateur issu d’autre part que des grandes capitales mondiales, occuper l’espace et les musées.

 

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Personne ne peut nier les difficultés que vivent les Palestiniens, personne n’a le droit d’empêcher un artiste de s’inspirer de la souffrance de son peuple pour créer, et celui qui parvient à sortir son art de Gaza pour le voir exposé dans de grandes manifestations telles que celles d’Arles (Rencontres de la photographie, 2018), ou de se voir accorder un gigantesque espace d’exposition dans un des plus grands musées de France mérite tous les éloges, c’est une excellente nouvelle.

 

Voilà aussi une parfaite occasion, me dis-je en commençant ma visite accompagné par Julien Blanpied, co-commissaire, d’enfouir cette ridicule et détestable propension essentialiste à devoir être soit pro-les uns, soit pro-les autres, voilà une excellente occasion de regarder de l’art et de s’en tamponner une bonne fois pour toutes de ce conflit. Art Macht Frei.

 

Les premiers mots de Julien Blanpied, devant la première œuvre, me parlent d’occupation, d’oppression, de barbarie israéliennes à Gaza, de terre volée, etc… Je tente un petit éclaircissement sur l’histoire de Gaza et de l’Egypte, mais je sens bien que ce n’est pas le moment, nous continuons donc notre visite.

 

En termes d’esthétique et de qualité créative, je me méfie des jugements hâtifs, surtout des miens. J’ai la vague impression de contempler les œuvres d’un étudiant en première année des Beaux-Arts, mais il faut prendre le temps de la réflexion.

 

Les œuvres exposées comprennent une série de captures d’écrans « où le visage de l’autre (ici, sa mère, décédée depuis) est détruit, déformé, flouté, témoignent des conversations téléphoniques de Batniji avec sa famille via Whatsapp, liaisons que l’armée israélienne ralentit et brouille pour perturber les communications entre les indigènes prisonniers à l’intérieur du ghetto et les exilés, libres et tristes » (Le Monde, 24/3/21).

 

Plus loin, un accrochage de cadres blancs desquels il faut s’approcher pour y découvrir des visages finement gravés ; dans un coin, un paquet de rouleaux de toiles embobinées sur lesquelles le mot « inflammable » apparaît.

 

L’installation Hannoun, assez jolie mais déjà tellement vue, est faite d’un sol recouvert de pelures de crayons rouges taillés, figurant un champ de coquelicots — « fleur qui évoque aussi les soldats tombés au champ d’honneur », dixit Le Monde, dans ce qui semble être leur définition de l’honneur.

 

Autant prévenir : il n’y a dans cette exposition aucune allusion, aucune représentation, pas même une évocation d’une roquette ou d’un tireur embusqué Palestinien. Le sniper est, par définition, israélien.

 

Voici Bruit de fond (2007), installation vidéo. L’écran est blanc lorsque je passe devant lui, mais la bande son est un enregistrement où l’on entend au loin des bruits d’explosions. A l’entrée de la salle de projection, ces quelques phrases apposées sur le mur sont la reproduction de la réponse publiée dans la presse d’un aviateur israélien à la question « Que ressentez-vous lorsque vous lâchez une bombe ? » : « Une vibration sous l’aile de mon avion » (de mémoire). Là encore, on ne peut pas à la fois défendre le droit à la caricature et interdire les raccourcis décontextualisés.

 

La visite est ponctuée des termes oppression, barbarie, violence, occupation, colons, colonisateurs, expulsés, nakba. Je ne m’attarderai pas sur les inévitables néons (les mots arabes thawra et tharwa, si semblables, dont l’un signifie « révolution », l’autre « fortune ». Ils trouveront peut-être leur place dans le Palais de Mahmoud Abbas) ni sur les variations sur le thème du zéro, si… originales, et encore moins sur thème de l’absence, traité d’une façon que je préfère ne pas catégoriser, bien que je l’ai déjà si souvent vue, parce que si j’édite des livres d’art, c’est à ma place, et pas à celle du critique, qui souvent m’éclaire et me permet de définir mes choix éditoriaux.

 

Le choix contemporain des thèmes du marché de l’art m’a été résumé par Julien Blanpied : identité, genre, colonialisme. C’est à cela qu’on travaille et que travaillent les artistes qui ne traitent pas d’écologie. Je me mets donc à l’abri de toute critique en usant de l’arme imparable de la sincérité : je revendique une ringardise supposée, je tais mes propres flammes révolutionnaires : je m’intéresse surtout à la peinture. J’aime les grands peintres actuels et la manière dont ils existent dans l’histoire de la peinture. Ça me regarde.

 

Voilà donc la mise en scène par l’Etat français de l’œuvre d’un artiste Palestinien. Je commence à avoir de la pratique, j’ai passé il y a peu d’excellents moments avec un autre artiste, de Sabra et Chatila, lui, délicieux, charmant, très drôle et généreux, dont une importante partie du travail est constituée de fils de fer barbelés.

 

En fin de visite, je me vois offrir un catalogue de l’exposition, qui sera close ce 9 janvier, et je m’empresse à mon retour de « vérifier » si, par écrit, on en parle de la même façon.

 

L’introduction du catalogue est de bonne facture, rédigée par Alexia Favre, la directrice du MAC VAL, qui y fait parfaitement son travail avec la distance idoine et un souci digne par rapport à l’œuvre et à l’artiste.

 

La suite est plus compliquée et est en totale contradiction avec les intentions affichées par le Président Macron en matière de respect d’Israël et d’interdiction de le boycotter en tant qu’Etat. Pourquoi je vous prie, cette revendication présidentielle ? Parce qu’il devient aussi évident que le nez au milieu du visage, que c’est bien le Juif en tant qu’Etat qui est boycotté.

 

Le catalogue  (isbn 978-2-900450-12-3, 25€, éditions du MAC VAL) contient les textes des deux commissaires, Frank Lamy et Julien Blanpied, qui m’a fait l’honneur de la visite, un long entretien avec Taysir Batniji, l’artiste, un texte formel et didactique du très professionnel critique d’art Antonio Guzmàn, ainsi qu’un conte de Buce Begout et un texte sur Taysir Batniji sous la plume de Marie-Claire Calos-Tschopp.

 

Florilège.

 

Page 7, Frank Lamy « (L’artiste) ne donne pas de leçon, ne dit pas ce qu’il faudrait faire ni ce qu’il faudrait penser ».

 

Entretien avec Taysir Batniji réalisé avec Julien Blanpied, extraits : « Je suis né quelques mois avant la guerre de 1967 et l’occupation par Israël de Gaza et de ce qui reste de la Palestine après la Nakba (…) A l’université, j’ai découvert le journaliste et écrivain Ghassan Kanafani, assassiné à Beyrouth par le Mossad en 1987 ».

 

Rappelons ici que Kanafani n’a pas été éliminé en tant que journaliste ni en tant qu’auteur, mais qu’il était le porte-parole du FPLP qui venait de revendiquer le massacre de l’aéroport de Lod en Israël (30 mai 1972, perpétré par l’Armée roue japonaise au nom du FPLP — prémices de la sous-traitance mondialisée —, 26 morts, 80 blessés).

 

« La première fois que j’ai donné à mon travail une dimension politique, c’était (…) en 1987, la veille de la première Intifada. Un geste qui a sans doute été exacerbé par la mort de mon frère, tué sous mes yeux par un sniper israélien ». Je ne me suis pas documenté sur cet événement mais je suppose qu’il n’a pas été visé en sortant de sa douche.

 

« Quand je pense que la grande exposition “Face à l’histoire 1933-1996 — L’artiste moderne devant l’événement historique” ne compte pas une seule œuvre en rapport avec la Palestine (…) et qu’elle cite Israël à deux reprises, en 1948 et en 1967, date de la Guerre des Six Jours à la suite de laquelle l’armée israélienne victorieuse occupe Gaza, la Cisjordanie, mais jamais la Palestine, dont la reconnaissance a pourtant été votée dans le plan de partage de la résolution 181 de l’ONU. Cette amnésie me sidère ».

 

L’amnésie de l’artiste, suite justement aux « événements » qui ont suivi le vote de cette résolution, me sidère tout autant.

 

Il est possible que je sois moi-même conditionné par une propagande choisie, qui me pousse à croire, peut-être à tort, que les Arabes ont refusé le plan de partage de l’ONU et qu’ils ont sans cesse refusé toutes les propositions qui leur ont été faites de créer un Etat palestinien. J’ai pu voir récemment une photo du président de l’Autorité Palestinienne poser devant une sculpture représentant la Palestine « toute entière », le rêve d’un Etat sans Israël, mais passons.

 

Un catalogue d’exposition dans un musée d’Etat, financée par de l’argent public et sans le moindre appareil critique, est-il encore un catalogue d’exposition ?

 

Je rejoins cependant Batniji lorsqu’il déclare que « Bien que la Palestine soit un thème politique, elle est aussi un sujet humain, tragique ». Mais je doute dès qu’il ajoute : « Même lorsque le thème est politique, il ne faut pas écrire de manière politique. J’ai toujours mis un point d’honneur à ce que l’on ne me perçoive pas exclusivement sous le prisme politique de l’artiste “porte-parole” de la Palestine ».

 

L’intention de Batniji, ce signataire de la pétition s’opposant à la définition de l’antisémitisme par l’IHRA [l’Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste] et défenseur déclaré du BDS [Boycott, Désinvestissement et Sanctions est une campagne qui vise au boycott d'Israël] est louable, mais la ficelle est un peu grosse. D’autant qu’il est également membre de l’association Artists for Palestine UK, qui se réjouit du boycott du Festival de danse de Sidney, au prétexte que la performance de la Tel Aviv’s Dance company a bénéficié du soutien de l’ambassade d’Israel. Deux poids, une même démesure.

 

Pourtant, Batniji nous dit que ses origines ne lui rendent pas la vie si facile : « En France, exposer un artiste palestinien revient à prendre parti pour la cause » (La cause, ça ne vous rappelle pas l’Italie ?). « Je me souviens (…) du scandale médiatique suscité par la réaction du Crif à l’exposition “Foyer Fantôme” de la photographe palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume ! ».

 

Eh bien, si un photographe venait à exposer des clichés de Marc Dutroux dans une école, comment réagirait-on ? L’exposition en question présentait notamment 68 clichés montrant comment sont honorés à Naplouse les terroristes ; particulièrement ceux qui se sont illustrées dans des attentats suicides, morts durant le conflit.

 

Mais à l’époque, la réaction de la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a au moins été d’exiger qu’une mise en garde soit affichée à l’entrée du Jeu de Paume. Le catalogue de Taysir Batniji, 304 pages grand format, encre argentée sur la couverture, soutenu par le Préfet de la Région IDF (il ne faut pas y voir ici les initiales de Israel Defense Forces) et le département du Val de Marne, ne bénéficie d’aucun avertissement.

 

Le catalogue redonne ensuite la parole au co-commissaire Julien Blanpied : « L’élection de Donald Trump a attisé les braises brûlantes du conflit. En 2019, le blocus aérien, terrestre et maritime imposé illégalement par Israël sur la bande de Gaza se poursuit ».

 

Il faut encore rappeler que ce texte provient d’un catalogue d’exposition officiel, pas d’une analyse géopolitique ni d’un spécialiste du droit international, et que l’auteur semble ignorer la participation de l’Egypte au blocus de Gaza, et ce qui l’a déclenché. Il connaît pourtant le nom de l’opération Plomb Durci, mais je pense qu’il est persuadé qu’elle a été déclenchée intentionnellement pour le plaisir de nuire. Nous savons qu’ils mentent, ils savent…

 

Je conclurai la série d’extraits par ce passage incroyable mais pourtant vrai du texte de Marie-Claire Caloz-Tschopp, et on ne s’étonnera dès lors plus d’en entendre de semblables dans les radios nationales : « Un peuple, les Juifs, au nom de l’émancipation moderne, a été privé d’appartenance politique en Europe et, dans des circonstances historiques données, soumis à une extermination de masse et il tente à son tour de rayer de la carte un autre peuple ».

 

En 60 ans de politique en France, on est passé du « Je vous ai compris » à « Je vous emmerde », et la synthèse des deux se résume désormais à « Ce peuple d’élus fiers et dominateurs, je les emmerde ».

 

Les juifs tentent à leur tour de rayer de la carte un autre peuple. Ali Khamenei, sors de ce corps ! Si ce n’est pas un appel au meurtre émis dans un musée visité par des enfants… Au moins, quand on accusait les Juifs de déicide, était-on réconforté par l’idée qu’il existait aussi des athées et des agnostiques avec qui on pouvait parler cuisine et cinéma. Quel tour de force d’avoir ainsi réussi à concentrer sur les seuls Juifs tout le tort fait aux Palestiniens, jusqu’à en effacer le mal fait aux Palestiniens par leurs propres dirigeants, ceux élus autant que ceux qui ont pris le pouvoir par la force, sans même parler des pays qui leur font subir un apartheid bien réel…

 

Pour en revenir aux auteurs du catalogue, à ce niveau, et vu que ces gens sont tous plutôt agréables, cultivés et de bonne composition, même si l’on peut discuter de leurs choix esthétiques, je ne vois qu’une possibilité : ils sont convaincus de ce qu’ils disent. Julien Blanpied n’est pas un salaud (on le sent trépigner d’une rage non feinte quand il met le doigt sur « l’occupation et la barbarie »). Ils sont convaincus, et comment ne le seraient-ils pas, puisqu’on les y encourage. La seule lecture des compte rendus de l’exposition dans la presse donne à Blanpied un blanc-seing.

 

Le Monde, 24/3/21 : « Ce n’est jamais un travail militant, il n’y a là aucune violence visible, sinon celle subie en silence. Ce n’est en fait que la vie toute simple, trop rarement chantée dans ces territoires meurtris. Comme sont meurtries les maisons détruites par les bombes israéliennes et présentées sous forme tristement ironique dans un agencement évoquant la vitrine d’une agence immobilière ».

 

A ce compte-là, et à traiter la façon dont ils sont morts, les Frères Kouachi ont aussi été meurtris.

 

« Dans la série des Watchtowers, images à la Becher des miradors de l’armée d’occupation, photographiés à la va-vite, clandestinement (en courant le risque d’être victime d’un sniper militaire) » (La série et les photos datent de 2008. Le terme d’armée d’occupation est donc parfaitement inadéquat).

http://www.taysirbatniji.com/fr/project/watchtowers-2008-2/

 

Aidez-moi à réfléchir, les amis. Que faire, que dire ? On peut dire « non » sans le dire, il suffit de ne pas faire. On peut ne pas être d’accord et ne rien dire. L’Institution et l’art ont toujours eu partie liée. Se déclarer, émettre son opposition aux opinions et au récit de l’Institution est un choix risqué.

 

A me « déclarer », je deviens un ennemi potentiel. Blacklisté, annulé, portes fermées aux marchés publics, et allez essayer de prouver pour quelles raisons.. Mais l’art, heureusement, reste le travail d’individus. Je vous aurais bien invité à aller visiter l’exposition, c’est dommage, elle ferme demain.

 

Bonne année artistique 2022 !